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Histoire. L’histoire de l’Armée de Beiyang (1/2)

CHINE ANCIENNE > Histoire

Seigneurs de la guerre de Beiyang : qui étaient-ils vraiment ?

En 1912, un enfant de six ans est contraint de renoncer au trône de Chine. Il s’appelait Puyi (1906 - 1967). L’histoire retiendra son nom en tant que dernier empereur. Mais l’armée qui a scellé son destin n’avait pas été créée pour le renverser : elle avait été fondée, quelques années plus tôt, pour sauver sa dynastie. Cette armée, c’est l’Armée de Beiyang. Née d’une défaite militaire, elle allait devenir la force la plus puissante de Chine au point de faire et défaire des empereurs, des présidents, et finalement le pays lui-même.

L’Armée de Beiyang : une armée née de la défaite

Tout commence en 1895. La Chine impériale, dirigée par la dynastie Qing, vient d’essuyer une lourde défaite face au Japon. L’empereur Guangxu (1871 - 1908), encore sous la tutelle de sa tante l’impératrice douairière Cixi (1835 - 1908), charge un fonctionnaire de former une armée moderne près de Tianjin, le port du Nord du pays. Un général ambitieux, Yuan Shikai (1857 - 1916), en prend rapidement le commandement et la réorganise sur le modèle allemand. C’est la Nouvelle Armée, qui est l’ancêtre de l’Armée de Beiyang.

Cinq ans plus tard, la Chine du Nord s’embrase : c’est la Révolte des Boxers (1900), un mouvement xénophobe qui s’en prend aux étrangers, avec le soutien tacite de l’impératrice douairière Cixi. Une coalition de huit puissances étrangères intervient, occupe Pékin, et impose à la Chine une humiliante indemnité de guerre. Pour redresser le pays, Cixi lance alors des réformes et Yuan Shikai en profite pour agrandir ses troupes. En 1905, l’Armée de Beiyang compte six divisions. Elle est devenue la force militaire la plus moderne d’un empire à bout de souffle.

L’histoire de l’Armée de Beiyang
L’Armée de Beiyang. (Image : wikimedia / 遼東半島 / Domaine public)

Un général qui a mis fin à l’empire Qing par négociation pacifique

En 1911 éclate la Révolution Xinhai, qui vise à renverser la dynastie mandchoue. Les troupes de Beiyang ont été envoyées à Wuhan pour réprimer les forces insurgées menées par la Nouvelle Armée du Hubei, sympathisante des révolutionnaires. Mais l’homme qui commande l’Armée de Beiyang, Yuan Shikai, comprend vite où se trouve son intérêt : plutôt que de sauver la dynastie qui l’a fait général, il négocie sa fin, passant par une transition de pouvoir pacifique

Le jeune Puyi abdique, et Yuan Shikai, porté au pouvoir par la même armée censée protéger le trône, succède d’abord à Sun Yat-sen (1866 - 1925), Chef de file et figure principale de la Révolution de 1911, pour devenir le deuxième président provisoire de la nouvelle République de Chine, puis président officiel.

En 1917, un épisode presque comique vient rappeler que rien n’est jamais définitivement réglé en Chine : le général Zhang Xun (1854 - 1923), resté fidèle à l’ancien régime, marche sur Pékin et remet Puyi sur le trône. La restauration ne dure qu’une dizaine de jours avant d’être stoppée par un autre général de Beiyang, Duan Qirui (1865 - 1936), et le jeune empereur Puyi abdique une seconde fois : cette fois pour de bon, bien qu’autorisé à continuer de résider dans la Cité interdite.

Cette même année, le gouvernement de Pékin déclare la guerre à l’Allemagne et rejoint les Alliés dans la Première Guerre mondiale. La Chine n’envoie pas de troupes combattantes, mais des dizaines de milliers de travailleurs chinois partent soutenir l’effort de guerre en Europe.

Une armée sans chef après le décès de Yuan Shikai, un pays morcelé

Quand Yuan Shikai meurt en 1916, il laisse une armée surpuissante, mais aucun successeur capable de la tenir. L’Armée de Beiyang se fragmente alors en trois cliques régionales rivales, qui vont désormais se disputer le contrôle du gouvernement de Pékin.

  • La clique de l’Anhui, à l’Est, dirigée par Duan Qirui — celui-là même qui avait stoppé la restauration de Puyi en 1917.
  • La clique du Zhili, qui contrôle la région de Pékin et Tianjin, d’abord dirigée par Feng Guozhang (1859 - 1919), puis par ses successeurs Cao Kun (1862 - 1938) et Wu Peifu (1874 - 1939).
  • La clique du Fengtian, basée en Mandchourie, tout au Nord-Est, dirigée par le seigneur de guerre Zhang Zuolin (1875 - 1928).
L’histoire de l’Armée de Beiyang
Carte des seigneurs de la guerre chinois en 1925. (Image : wikimedia / Rowanwindwhistler, CC0)

Deux autres régions échappent largement à cette lutte à trois : le Shanxi, dans le Nord, tenu d’une main ferme par le général Yan Xishan (1883 - 1960), et le Sichuan, dans le Sud-Ouest, où plusieurs chefs militaires locaux, dont Liu Wenhui (1895 - 1976), conservent une large autonomie.

Pendant ce temps, dans le Sud du pays, à Canton, un homme trace une voie complètement différente : Sun Yat-sen, figure de la révolution de 1911 : il établit un gouvernement rival, hors du jeu des cliques de Beiyang. La Chine se retrouve coupée en deux : un Nord aux mains de généraux rivaux, un Sud qui rêve de réunification sous une autre bannière.

En 1924, un nouveau coup de théâtre : au cours d’une guerre entre les cliques du Zhili et du Fengtian, le général Feng Yuxiang retourne ses armes et organise un coup d’État à Pékin. Le président Cao Kun est renversé, et Puyi, qui vivait toujours dans la Cité interdite, en est définitivement expulsé. Zhang Zuolin, chef de la clique du Fengtian, prend alors le contrôle du gouvernement de Pékin.

La fin d’une époque, dans un train qui explose

À partir de 1926, un nouvel homme fort entre en scène : Tchang Kaï-chek (1887 - 1975). Il avait repris la tête du parti nationaliste après la mort de Sun Yat-sen. Il lance l’Expédition du Nord, une campagne militaire destinée à réunifier la Chine sous un gouvernement central. Les uns après les autres, les généraux du Nord sont défaits ou se rallient à lui.

En 1928, Zhang Zuolin, dernier grand maître de Pékin, quitte la capitale pour se replier en Mandchourie. Sur le chemin du retour, son train explose — piégé par l’armée japonaise, qui occupe alors la région. Zhang Zuolin meurt dans l’attentat. Quelques mois plus tard, son fils annonce le ralliement de la Mandchourie au gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek.

L’histoire de l’Armée de Beiyang
Le général Zhang Zuolin vers 1928. (Image : wikimedia / 張作霖罕見家族照:女兒漂亮兒子帥 / Domaine public)

C’est la fin du gouvernement de Beiyang, et la fin de l’histoire de cette armée qui, en un peu plus de trente ans, avait renversé un empire, porté un président au pouvoir, brièvement restauré un trône, puis plongé la Chine dans une décennie de guerres entre seigneurs de la guerre, avant de disparaître, faute de successeur, dans les décombres d’un train mandchou.

Les différents personnages dans cette série d’article :

Yuan Shikai : le général qui a fondé l’Armée de Beiyang, fait abdiquer Puyi, puis est devenu président Il meurt en 1916.
Puyi : le dernier empereur de Chine, contraint d’abdiquer à six ans en 1912, brièvement remis sur le trône en 1917, puis expulsé de la Cité interdite en 1924.
Duan Qirui : chef de la clique de l’Anhui, a stoppé la restauration de Puyi en 1917 ; plus tard, s’agenouille devant les victimes d’une répression et renonce à la viande jusqu’à sa mort.
Cao Kun : chef de la clique du Zhili, devenu président en 1923 par corruption électorale ; refuse pourtant, en 1937, de diriger un gouvernement fantoche pour le Japon.
Wu Peifu : général de la clique du Zhili, surnommé le « général confucéen » ; refuse l’aide japonaise, meurt sans fortune, et méprise les écrivains modernes comme Lu Xun.
Zhang Zuolin : chef de la clique du Fengtian, maître de la Mandchourie et de Pékin ; refuse de céder au Japon et meurt dans l’attentat de son train, en 1928.

Zhang Xueliang : fils de Zhang Zuolin, lui succède en Mandchourie et rallie la région au gouvernement nationaliste en 1928.
Feng Yuxiang : général qui organise le coup d’État de 1924 contre Cao Kun ; admirateur du savoir, malgré son propre manque d’instruction.
Yan Xishan : gouverneur du Shanxi pendant trente-huit ans, en a fait une province modèle.
Liu Wenhui : chef militaire du Sichuan, devenu gouverneur du Xikang, investit dans l’éducation locale.
Chen Jiongming : général du Sud, défait par les nationalistes, refuse l’argent japonais et meurt pauvre à Hong Kong.
Sun Chuanfang : contrôle cinq provinces du Sud-Est, réduit les impôts au profit de la population.
Sun Yat-sen : fondateur du parti nationaliste, établit un gouvernement rival à Canton.
Tchang Kaï-chek : successeur de Sun Yat-sen à la tête du parti nationaliste, réunifie la Chine du Nord par l’expédition du Nord (1926-1928).
Cai Yuanpei : recteur de l’université de Pékin, défend la liberté intellectuelle face aux seigneurs de la guerre.

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