Sun Yat-sen avait noué une alliance avec Moscou pour sauver la République de Chine, convaincu de pouvoir en garder le contrôle. Mais cette alliance entre Sun Yat-sen et Moscou allait progressivement lui échapper, jusqu’à conduire, des décennies plus tard, à la chute de la République sur le continent.
Sun Yat-sen refuse le marxisme et encadre les communistes
Malgré cette alliance avec Moscou, Sun Yat-sen n’abandonne à aucun moment son projet républicain. Il pense pouvoir se servir de l’aide soviétique tout en gardant fermement la main sur la révolution. C’est précisément cette conviction qui allait se révéler être son erreur la plus lourde de conséquences.
Sun Yat-sen ne considère pas les Trois Principes du peuple comme une étape vers le marxisme. Au contraire, après le rapprochement avec Moscou, il entreprend de les expliquer systématiquement.
Dans ses conférences sur les Trois Principes du peuple, il distingue clairement son « principe du bien-être du peuple » du communisme marxiste. Pour lui, l’objectif d’une société plus juste ne nécessite ni la dictature du prolétariat ni la lutte des classes. Il critique notamment les théories marxistes du matérialisme, de la plus-value et de la lutte des classes.
Sa formule résume sa position : il est possible, selon lui, de s’inspirer de certaines idées de Marx, mais il ne faut pas adopter ses méthodes. La révolution chinoise doit rester une révolution nationale et démocratique, et non devenir une révolution communiste.
Cette distinction apparaît également dans son refus de transformer la question agraire en révolution sociale. Sun veut résoudre le problème de la terre par la réforme et par le principe « d’égalisation des droits sur la terre », notamment à travers la régulation de la valeur foncière, plutôt que par la confiscation générale des terres et leur redistribution révolutionnaire.
Il refuse ainsi les demandes des conseillers soviétiques et des communistes chinois qui souhaitent transformer la révolution nationale en mobilisation révolutionnaire des ouvriers et des paysans.
Sur le plan institutionnel, son objectif reste également clair : établir une République. Le programme du Kuomintang affirme le principe des libertés publiques, notamment les libertés de réunion, d’association, de parole, de publication et de religion, ainsi que l’objectif d’abolir les privilèges étrangers et de restaurer la souveraineté de la Chine.
Le rapprochement avec Moscou ne signifie donc pas, dans les intentions de Sun, l’abandon de la République au profit d’un État soviétique.
Il impose aussi des limites à la présence des membres communistes au sein du Kuomintang. Sun insiste auprès des représentants soviétiques sur le fait que les communistes qui adhèrent au Kuomintang doivent respecter sa discipline et ne doivent pas utiliser leur présence pour combattre ouvertement le parti de l’intérieur. Si les communistes refusent cette règle, Sun se réserve le droit de les exclure.
L’erreur d’appréciation de Sun Yat-sen
Le problème est que Sun sous-estime considérablement la force politique de son nouvel allié.
À ses yeux, le Kuomintang est un vieux parti révolutionnaire, doté d’une longue histoire, d’une forte légitimité et d’une influence considérable. Le Parti communiste chinois, fondé en 1921, ne compte encore qu’un nombre limité de membres. Sun ne voit donc pas immédiatement en lui une menace capable de concurrencer le Kuomintang.
Mais le véritable rapport de forces ne se situe pas seulement entre le Kuomintang et les quelques centaines de membres du Parti communiste chinois. Derrière ces derniers se trouve Moscou, avec ses ressources, son expérience organisationnelle et son réseau international.
C’est l’une des principales erreurs de Sun Yat-sen : il pense pouvoir contrôler une organisation beaucoup plus petite que la sienne, sans mesurer suffisamment l’influence de la puissance étrangère qui la soutient.
Une autre erreur consiste à accorder trop d’importance à l’aide soviétique immédiate et pas assez aux objectifs politiques de Moscou. Lorsque Tchang Kaï-chek revient de son voyage en Russie et rapporte des informations inquiétantes sur le fonctionnement réel du régime soviétique et sur les critiques formulées contre Sun Yat-sen et le Kuomintang, Sun ne leur accorde pas toute l’importance qu’elles méritent.
Il espère encore que Moscou restera un partenaire utile dans sa guerre contre les seigneurs de la guerre.

Or, les objectifs soviétiques sont plus ambitieux. Les représentants de l’Internationale communiste ne cherchent pas seulement à aider le Kuomintang. Ils veulent aussi renforcer la gauche du parti, attirer les ouvriers et les paysans vers elle et, à terme, modifier le rapport de forces à l’intérieur du mouvement nationaliste.
La mort de Sun Yat-sen profite au Parti communiste chinois
Sun Yat-sen ne vivra toutefois pas assez longtemps pour voir jusqu’où cette stratégie pouvait aller. Il meurt en mars 1925, à peine plus d’un an après la réorganisation du Kuomintang et l’ouverture de celui-ci aux communistes.
Sa disparition change radicalement la situation.
Tant que Sun est vivant, son autorité personnelle permet encore de maintenir l’équilibre entre les différentes tendances du Kuomintang. Après sa mort, cet équilibre devient beaucoup plus fragile. Les communistes chinois disposent désormais d’une position institutionnelle à l’intérieur du Kuomintang, tandis que l’aide soviétique a contribué à renforcer l’organisation, la propagande et les structures militaires du mouvement.
C’est dans ce contexte que l’alliance conçue par Sun comme un moyen de renforcer la révolution nationale commence à produire un effet qu’il n’avait pas prévu : elle contribue finalement à transformer une alliance destinée à renforcer la révolution nationale en une lutte entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois pour en prendre la direction.
En 1926, l’Armée nationale révolutionnaire lance l’Expédition du Nord sous la direction de Tchang Kaï-chek. La campagne connaît des succès rapides et permet au mouvement nationaliste de prendre le contrôle d’une grande partie de la Chine. Elle repose sur une large coalition de forces militaires et politiques engagées contre les seigneurs de la guerre : militaires nationalistes, anciens soldats, forces locales et différentes tendances politiques.
Le Parti communiste chinois n’en dirige pas les opérations militaires, mais certains de ses membres y participent à titre individuel, notamment dans certaines unités de l’armée et dans le travail politique.
Mais au fur et à mesure que l’Expédition du Nord progresse, la coopération entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois devient de plus en plus conflictuelle. Les communistes cherchent à développer les mouvements ouvriers et paysans et à accroître leur influence dans les territoires conquis. Une partie du Kuomintang considère désormais que cette stratégie menace directement l’autorité du Kuomintang et l’objectif d’une révolution nationale contrôlée par celui-ci.
La rupture devient finalement inévitable en 1927. Le Kuomintang se divise, la coopération avec les communistes prend fin et la guerre civile entre les deux partis commence.
Le paradoxe historique est alors complet. Sun Yat-sen avait cherché à utiliser une alliance avec Moscou pour sauver et renforcer la République de Chine. Il accepte cette coopération limitée, convaincu de pouvoir garder le contrôle du Kuomintang et de conduire la révolution vers l’établissement d’une république démocratique.
Mais Sun Yat-sen commet aussi plusieurs erreurs de jugement. Elles permettent à Moscou et au Parti communiste chinois d’accroître progressivement leur influence au sein de la révolution et, à terme, d’en disputer la direction au Kuomintang.
La guerre contre le Japon a permis au PCC de s’emparer du pouvoir
Plusieurs décennies d’affrontement s’ensuivent. Le second conflit sino-japonais (1937-1945) vient toutefois bouleverser ce rapport de force : face à l’invasion japonaise, le Kuomintang cherche à établir une véritable trêve intérieure pour faire front commun contre l’ennemi.
Le Parti communiste chinois, qui n’a jamais renoncé à son objectif de prise du pouvoir absolu, se rallie formellement à cette union tout en l’instrumentalisant : à l’abri dans ses bases rurales, il se consacre moins à combattre l’occupant qu’à étendre son emprise territoriale et à multiplier ses effectifs armés. L’armée nationaliste, elle, engage l’essentiel de ses forces dans les combats les plus meurtriers contre le Japon et en ressort exsangue.

À la capitulation japonaise en 1945, le PCC dispose désormais des moyens militaires pour disputer par les armes le pouvoir au gouvernement légitime, précipitant le pays dans la guerre civile.
Sun Yat-sen meurt en 1925, convaincu d’avoir su utiliser Moscou sans en subir la domination. Il ne verra ni les véritables intentions de Moscou et du PCC, ni l’invasion japonaise qui, plus tard, épuisera le Kuomintang au profit du PCC. Le PCC s’emparera alors de la Chine que Sun Yat-sen avait consacré sa vie à unifier et à faire vivre en République ; le gouvernement de la République de Chine, héritier de l’État fondé par Sun Yat-sen, se repliera sur Taïwan. Il récupérera même, plus tard, la figure de Sun Yat-sen pour se légitimer.
Certains estiment toutefois que les hasards de l’histoire réservent parfois des surprises. Sun Yat-sen est un symbole dont le Parti communiste chinois ne parvient pas à se détacher. Le jour où les Chinois prendront pleinement conscience de la véritable nature du PCC, ils se tourneront vers la pensée authentique de Sun Yat-sen. À ce moment-là, les statues de Sun Yat-sen dressées à travers toute la Chine susciteront immanquablement un éveil profond.
Rédacteur Yi Ming
Source: www.epochtimes.com
Auteur : Xin Haonian
« Qui est la Nouvelle Chine », tome I, chapitre 3, section 3
La nature, les origines, les principes et les erreurs de la politique de Sun Yat-sen d’alliance avec la Russie et de tolérance envers les communistes
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