Ces derniers temps, une exposition à Paris présente, panneau après panneau, la Cité interdite chinoise face aux grandes évolutions de la civilisation occidentale à la même époque. De la construction de la Cité interdite en 1406 jusqu’aux Jeux olympiques de Paris en 1924, voici comment la Cité interdite et l’Occident ont souvent avancé au même moment de l’Histoire, sans le savoir.
La dynastie Ming construit un nouveau palais à Pékin, un roi de France perd la raison

En 1406, l’empereur Yongle (règne de 1402 à 1424), troisième empereur de la dynastie Ming (1368-1644), a décidé de construire un nouveau palais à Pékin : la Cité interdite. Le chantier a duré quatorze ans et a demandé le travail de centaines de milliers d’ouvriers. En 1420, le palais est terminé. Il comptait environ 980 bâtiments, entourés de hauts murs et d’une large douve. Il allait rester, pendant cinq siècles, le cœur du pouvoir chinois.
Au même moment, le royaume de France traversait une grave crise. Le 5 août 1392, le roi Charles VI (1368-1422), de la dynastie des Valois, a soudainement perdu la raison en pleine forêt, près du Mans. Cette crise est revenue plusieurs fois durant sa vie et a plongé le royaume dans une guerre entre deux camps rivaux, les Armagnacs et les Bourguignons. Vingt-trois ans plus tard, le 25 octobre 1415, en pleine guerre de Cent Ans, les chevaliers français ont subi une terrible défaite à Azincourt face aux archers du roi anglais Henri V (1386-1422), de la maison de Lancastre. Des milliers de soldats sont morts en une seule journée.
Pékin devient capitale, Jeanne d’Arc meurt à Rouen
En 1421, l’empereur Yongle a officiellement installé sa capitale à Pékin, dans la toute nouvelle Cité interdite. Le palais allait rester le centre du pouvoir chinois pendant plus de cinq siècles, sous les dynasties Ming puis Qing (1644-1912).
En France, une jeune fille de dix-neuf ans nommée Jeanne d’Arc (1412-1431), qui avait aidé à sauver le royaume pendant la guerre de Cent Ans, a été jugée par un tribunal favorable aux Anglais et brûlée à Rouen le 30 mai 1431. Elle sera déclarée sainte presque cinq cents ans plus tard, en 1920.
Un missionnaire arrive en Chine, l’Italie perd son génie
En 1557, un incendie a détruit les trois grandes salles de cérémonie de la Cité interdite. Elles ont été reconstruites d’ici 1561, dans la même forme, encore visible aujourd’hui. Vingt et un ans plus tard, en 1582, un missionnaire italien nommé Matteo Ricci est arrivé en Chine, à Macao. Il lui a fallu près de vingt ans pour atteindre Pékin, où il a fini par gagner la confiance de la cour impériale.

En France, le roi François Ier (1494-1547), lui aussi de la dynastie des Valois, avait fait construire le château de Chambord. François Ier est mort en 1547, sans avoir vu le château entièrement achevé. Il n’y avait pourtant passé qu’un peu plus de deux mois en tout.
Dix-sept ans plus tard, en 1564, l’Italie perdait l’un des plus grands artistes de son histoire : Michel-Ange (1475-1564) est mort à Rome, à quatre-vingt-huit ans.

La dynastie Ming s’effondre, l’Europe se réinvente
En 1644, la dynastie Ming s’est effondrée. Le dernier empereur Ming s’est suicidé pendant que des rebelles envahissaient Pékin. Peu après, un général chinois a laissé passer les troupes mandchoues à travers la Grande Muraille plutôt que de se rallier aux rebelles. Les Mandchous ont pris la ville et fondé la nouvelle dynastie Qing, qui allait régner sur la Chine pendant deux siècles et demi.
La même période a vu la fin d’une longue guerre en Europe : la guerre de Trente Ans. Les traités de Westphalie, signés en 1648, ont posé les bases du système moderne des États en Europe, où chaque pays devient pleinement souverain sur son territoire.
Qianlong renonce au trône en Chine, Paris prend la Bastille
En 1796, l’empereur Qianlong (1711-1799), de la dynastie Qing (1644-1912), qui régnait depuis soixante ans, a choisi d’abdiquer en faveur de son fils Jiaqing (1760-1820). Il ne voulait pas régner plus longtemps que son grand-père Kangxi, qui avait régné soixante et un ans.

Sept ans plus tôt, le 14 juillet 1789, le peuple de Paris avait pris d’assaut la prison de la Bastille, symbole de l’autorité royale. Cet événement marque le début de la Révolution française. Quinze ans plus tard, le 2 décembre 1804, Napoléon Bonaparte (1769-1821) s’est fait couronner empereur des Français à Notre-Dame de Paris, fondant sa propre dynastie, celle des Bonaparte.

Un palais d’été est pillé en Chine, la tour Eiffel s’élève à Paris
En 1860, pendant la deuxième guerre de l’Opium, des troupes françaises et britanniques ont envahi le palais d’été de Pékin, le Yuanmingyuan. Elles l’ont pillé puis incendié.
L’écrivain français Victor Hugo (1802-1885) a dénoncé cette destruction l’année suivante, dans sa Lettre au capitaine Butler, où il écrit : « deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. »

En 1889, Paris a inauguré la tour Eiffel, la plus haute tour du monde à l’époque.

Pékin est assiégée, Paris ouvre son métro
En 1900, un mouvement chinois appelé les Boxers s’est révolté contre la présence étrangère en Chine. Des troupes venues de huit pays différents ont alors envahi Pékin et pillé une partie de la Cité interdite.

Douze ans plus tard, le 12 février 1912, le dernier empereur de la dynastie Qing, Puyi (1906-1967), encore enfant, a dû abdiquer, mettant fin à plus de deux mille ans d’empire.
La même année 1900, Paris ouvrait sa première ligne de métro.
Le 28 juin 1914, l’assassinat d’un archiduc autrichien à Sarajevo déclenchait la Première Guerre mondiale. En août 1917, le gouvernement de Pékin de la République de Chine et la première Assemblée nationale de la République de Chine ont adopté la « résolution de déclaration de guerre à l’Allemagne », dans l’espoir de récupérer les droits et concessions allemands dans le Shandong. La République de Chine a envoyé des travailleurs chinois, dits « Célestes », en Europe occidentale pour travailler sur les routes, les voies ferrées, dans les mines, les terres agricoles, les forêts, les usines d’armement, les dépôts de munitions et les casernes.

Le palais impérial devient musée en Chine, la flamme olympique se rallume à Paris
En 1924, un général chinois a expulsé Puyi de la Cité interdite. L’ancien palais impérial est devenu un musée ouvert à tous, le Musée du Palais, l’année suivante.

En août 1945, la deuxième guerre civile qui opposait à nouveau le Parti communiste chinois, qui tentait de s’emparer du pouvoir, au Kuomintang, qui venait de vaincre les envahisseurs japonais, a replongé le pays dans l’instabilité.
C’est ainsi que six institutions, dont le Musée national du Palais de Pékin, ont décidé, le 10 novembre 1948, de s’installer à Taïwan. Après plusieurs restructurations et changements de nom, elles sont finalement devenues l’actuel Musée national du Palais à Taipei.
La même année, Paris a accueilli pour la deuxième fois les Jeux olympiques d’été. Ces Jeux ont innové sur plusieurs points : premier village olympique, nouvelle devise sportive Citius Altius Fortius, première cérémonie de clôture avec trois drapeaux. La France a terminé troisième au classement des médailles.

La Cité interdite et l’Occident, un dialogue de six siècles
De la naissance de la Cité interdite en 1406 aux Jeux olympiques de Paris en 1924, la Chine et l’Occident ont traversé, chacun à leur manière, les mêmes grandes étapes de l’Histoire : la construction d’un empire, des guerres, des révolutions, puis la naissance de musées et de nouvelles fêtes du sport. Sans le savoir, la Cité interdite et l’Occident n’ont cessé de se répondre, comme deux histoires parallèles qui ont avancé, six siècles durant, au même rythme.
Informations pratiques :
Exposition : La Cité Interdite : Six siècles de mystères
Lieu : La Cité de l’Histoire, sous la Grande Arche, 1 parvis de La Défense, 92800 Puteaux
Dates : du 1er juillet au 13 septembre 2026
Reportage Jade Li
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