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France. Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences ?

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Lors de ses vœux pour 2026, le président de la République, Emmanuel Macron, a affirmé qu’il irait au bout de son mandat. Pourtant, de nombreuses personnalités appellent à sa démission, que souhaite d’ailleurs une large majorité de français. Qui sont les présidents de la République qui ont renoncé au pouvoir au cours de l’histoire française ? Avec quelles conséquences ?

Les demandes de destitution (LFI) ou de démission d’Emmanuel Macron (Edouard Philippe, le RN et certains élus LR) se sont multipliées depuis la dissolution de juin 2024. Dans l’histoire de notre République, aucun président n’a été destitué par le Parlement. 

En revanche, neuf présidents de la République ont démissionné : Adolphe Thiers en 1873, Mac-Mahon en 1879, Jules Grevy en 1887, Jean Casimir-Perier en 1895, Paul Deschanel en 1920, Alexandre Millerand en 1924, Albert Lebrun en 1940, René Coty en 1959 et Charles de Gaulle en 1969. Les crises politiques qui ont présidé à ces décisions irrémédiables posent la question de la stabilité du régime lorsque la tête de l’exécutif tombe : la Ve république survivrait-elle à la démission d’Emmanuel Macron ?

Adolphe Thiers écarté par les monarchistes

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
C’est dans un climat tendu que les relations entre Adolphe Thiers et l’Assemblée nationale se dégradent au printemps 1873. Une crise politique s’ouvre le 24 mai, lorsque le duc de Broglie prend la tête de la fronde monarchiste : le président Thiers, désavoué, renonce à présider. (Image : wikimedia / Nadar / Domaine public)

Adolphe Thiers (1797 - 1877) est élu président de la République par les parlementaires le 31 août 1871, comme le veulent les institutions de la IIIe République. Sans constitution, Thiers est chargé de négocier la paix avec l’ennemi allemand (la guerre franco-prussienne vient de se terminer) afin qu’il quitte le territoire. Mais l’Assemblée, élue en février 1871, est majoritairement monarchiste : elle veut tout faire pour éviter l’installation d’un régime républicain. 

C’est dans un climat tendu que les relations entre Adolphe Thiers et l’Assemblée nationale se dégradent au printemps 1873. Une crise politique s’ouvre le 24 mai, lorsque le duc de Broglie prend la tête de la fronde monarchiste : Thiers, désavoué, renonce à présider. Même si la décision lui appartient, le président Thiers a donc été poussé vers la sortie et le vote parlementaire s’apparenterait à une destitution officieuse.

Cette crise de jeunesse du nouveau régime installe une vraie culture de régime parlementaire dans lequel le législatif a le dernier mot sur le pouvoir exécutif. La conséquence est l’affaiblissement de la fonction présidentielle, propre à « inaugurer les chrysanthèmes ».

Jules Grévy et le scandale des médailles

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
Jules Grévy (1807 - 1891) est le seul des présidents en fonction qui est contraint de démissionner, le 2 décembre 1887. (Image : wikimedia / Léon Bonnat / Domaine public)

Jules Grévy (1807 - 1891) est le seul des présidents en fonction qui est contraint de démissionner, le 2 décembre 1887. Son gendre, Daniel Wilson est à la tête d’un trafic lucratif de médailles républicaines et notamment celle de la Légion d’honneur. La police et la presse d’opposition s’emparent du scandale qu’exploitent alors Georges Clemenceau et Jules Ferry contre Jules Grévy.

Jean-Casimir Périer, Paul Deschanel et Alexandre Millerand : renoncer pour l’honneur

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
En 1895, Jean-Casimir Périer (1855 - 1907) rédige une lettre de renoncement pour des raisons politiques et personnelles : il évoque la faiblesse institutionnelle du chef de l’État, isolé dans son palais, sans réels pouvoirs de décisions. (Image : wikimedia / Nadar / Domaine public)

Deux chefs de l’État renoncent volontairement (démission) à leurs fonctions alors que rien, dans le contexte, ne l’exigeait.

En 1895, Jean-Casimir Périer (1855 - 1907) rédige une lettre de renoncement pour des raisons politiques et personnelles : il évoque la faiblesse institutionnelle du chef de l’État, isolé dans son palais, sans réels pouvoirs de décisions. Il reproche au gouvernement de ne pas assez le consulter en matière de politique étrangère et de défense. Il critique surtout l’attitude de Charles Dupuy, son président du conseil, avec qui la mésentente est bien réelle. Son malaise est aussi lié au contexte de l’Affaire Dreyfus avec un climat politique tendu et de profondes divisions de la société française. Il écrit dans sa lettre de démission : « Je refuse d’être une ombre, une potiche inutile ».

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
En 1920, Paul Deschanel (1847 - 1922) est malade et ne peut continuer son mandat alors qu’il venait d’être élu président six mois plus tôt. (Image : wikimedia / AnonymousUnknown author / Domaine public)

En 1920, Paul Deschanel (1847 - 1922) est malade et ne peut continuer son mandat alors qu’il venait d’être élu président six mois plus tôt : sa dégringolade du train en pleine nuit marque sa faiblesse physique et donc institutionnelle. Ne pouvant plus être crédible, il démissionne.

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
La Chambre des députés, hostile à Millerand, demande sa démission, qui aura lieu le 11 juin 1924. (Image : wikimedia / AnonymousUnknown author / Domaine public)

Le troisième renoncement est celui d’Alexandre Millerand (1859 - 1943), en juin 1924 : le président, jugé trop présent dans le jeu politique, reçoit des pressions importantes de la part des partis républicains modérés et ceux de la gauche. Le risque de dérive « présidentialiste » provoque la méfiance de la gauche qui gagne les législatives sous l’appellation du « Cartel des gauches ». Son refus de nommer le principal chef de cette alliance, Edouard Herriot, à la présidence du conseil est perçu comme un déni de démocratie. La Chambre des députés, hostile à Millerand, demande sa démission, qui aura lieu le 11 juin 1924.

Albert Lebrun et René Coty : l’avènement d’un nouveau régime

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
Albert Lebrun (1871 - 1950) est pris dans la tourmente de l’été 1940. Élu en 1932, il ne peut affronter la déflagration de l’invasion allemande et la défaite française reconnue lors de la signature de l’armistice par le Maréchal Pétain le 22 juin 1940. (Image : wikimedia / Agence de presse Meurisse / Domaine public)

Deux autres chefs de l’État quittent l’Elysée dans des circonstances exceptionnelles puisque leur départ marque un changement de régime.

Albert Lebrun (1871 - 1950) est pris dans la tourmente de l’été 1940. Élu en 1932, il ne peut affronter la déflagration de l’invasion allemande et la défaite française reconnue lors de la signature de l’armistice par le Maréchal Pétain le 22 juin 1940. Alors qu’une petite partie de la classe politique ne veut pas perdre le régime républicain, beaucoup se rangent à l’avis d’offrir le pouvoir au vainqueur de Verdun le 10 juillet 1940. Le vote des pleins pouvoirs à Pétain par la représentation parlementaire met fin aux fonctions présidentielles d’Albert Lebrun, laissant Pétain devenir chef de l’État français.

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
René Coty (1882 - 1962) connaît un sort similaire en 1958. Difficilement élu par le Parlement en 1953, la crise algérienne gangrène l’équilibre politique fragile, avec un point d’orgue en 1958. (Image : wikimedia / SyntaxTerror, CC0)

René Coty (1882 - 1962) connaît un sort similaire en 1958. Difficilement élu par le Parlement en 1953, il réussit à s’imposer comme un élément de stabilité dans la vie politique très tourmentée de la IVe République (23 gouvernements en douze ans). Mais la crise algérienne gangrène l’équilibre politique fragile, avec un point d’orgue en 1958 lorsque le Comité de salut public d’Alger appelle le général de Gaulle à la rescousse face aux nationalistes du FLN. 

Le 1er juin, le président Coty décide de nommer à la présidence du Conseil le « plus illustre des Français ». Alors que la nouvelle constitution s’écrit et que de Gaulle prépare la transition, Coty achève son mandat le 8 janvier 1959, laissant advenir le nouveau régime républicain et, à sa tête, le général, élu en décembre 1958.

Le général De Gaulle et le renoncement pour l’honneur

La démission du général de Gaulle, en avril 1969, laisse l’image d’un homme capable d’abandonner le pouvoir avec dignité. Après l’épisode de mai 68, de Gaulle, âgé de 79 ans, est affaibli physiquement et politiquement. Les jeunes jugent la société trop conservatrice et beaucoup constatent que le président ne comprend plus son pays. Le non cinglant (52,4 %) au référendum d’avril 1969 le conduit à démissionner le 28 avril. On retient l’image du général et de son épouse se promenant sur les plages d’Irlande, laissant à penser la profonde tristesse qui étreint le général, divorcé de son cher « vieux pays ».

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences
La démission du général de Gaulle, en avril 1969, laisse l’image d’un homme capable d’abandonner le pouvoir avec dignité. (Image : wikimedia / The image prefix (LC-USW3) at the Library of Congress image page matches that of pictures from the OWI collection (see prefix list here / Domaine public)

Le départ du Général ne remet pas cependant en cause le fonctionnement des institutions parce que sa succession était prévue, lui-même ayant accepté la candidature de son successeur à l’Elysée après sa démission en avril 1969 (même si les bons rapports entre les deux hommes avaient été brouillés par les évènements de mai 1968). 

Parmi de nombreux héritiers putatifs, plus près du Général (Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas), Pompidou s’impose comme le meilleur. Pierre Messmer en 2006 en témoigne : « En avril 1969, il lui écrit qu’il approuve sa candidature à l’Elysée et qu’il espère son succès ; en juin, il le félicite pour son élection. Cela suffit à trancher le débat, il me semble ».

Démissions des présidents de la République ? Un président qui dépasse (toujours) ses fonctions

La constitution de la Ve République fut conçue pour mettre un terme au « régime des partis », dénoncé par de le général de Gaulle. Les pouvoirs étendus du président en font la clé de voûte d’institutions stables et son « corps politique » ne peut défaillir sans mettre en péril le régime selon les politistes Marcel Morabito et Marlène Coulomb-Gully. Pourtant, les démissions présidentielles qui ont jalonné notre histoire n’ont pas toujours été des moments de fragilisation du régime. Ce sont surtout les conditions dans lesquelles cette décision est prise qui dictent l’intensité d’une éventuelle crise politique ou institutionnelle, nourrissant l’inquiétude d’une opinion publique qui n’apprécie guère de voir le chef de l’Etat vaciller.

Rédacteur Charlotte Clémence

Auteur : Thierry Truel : Docteur en histoire contemporaine, Université de Bordeau. Cet article est republié du site The Conversation, sous licence Creative Commons.

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