Une prison numérique pour les Tibétains

Le 10/06/2019
Pékin dépense plus de 500 dollars par personne au Tibet pour la sécurité et la surveillance. (Image : Capture d’écran/YouTube)
Pékin dépense plus de 500 dollars par personne au Tibet pour la sécurité et la surveillance. (Image : Capture d’écran/YouTube)

 

Dans le passé, des milliers de Tibétains ont émigré en Inde pour échapper aux sévices du régime communiste chinois qui occupait leurs terres. Mais, aujourd’hui, ces migrations ont en grande partie cessé, car Pékin a établi un vaste système haute technologie de surveillance qui enferme les Tibétains dans une prison numérique.

 

La prison numérique

Selon les estimations, environ 150 000 Tibétains vivent en exil. La plupart d’entre eux ont fait de l’Inde leur nouvelle patrie, tandis que certains se sont installés aux États-Unis, au Canada et en Europe. En 2007, l’Inde a accueilli près de 3 000 réfugiés tibétains. Dix ans plus tard, en 2017, ce nombre est tombé à seulement 80 personnes. Cela ne signifie pas que les conditions au Tibet se sont améliorées de manière remarquable. Bien au contraire, la diminution du nombre de réfugiés montre que la Chine a réussi à installer un vaste système de surveillance qui empêche les Tibétains de fuir.

Le Tibet est l’une des régions les plus sécurisées de Chine. Pékin y dépense plus de 500 dollars par personne pour la sécurité et la surveillance. C’est plus que ce que le régime dépense dans le Xinjiang pour garder sous contrôle les musulmans ouïghours. Plusieurs villes du Tibet sont aujourd’hui couvertes par des milliers de caméras de vidéosurveillance et de points de contrôle qui permettent aux autorités chinoises de suivre en permanence les personnes qui entrent et sortent de ces villes.

Récemment, plus de 21 000 fonctionnaires chinois ont été envoyés au Tibet, en plus des 12 000 agents de sécurité déjà présents dans la région. Dans les zones urbaines, il y a un poste de police tous les 200 ou 300 mètres. Les autorités ont également prélevé aux Tibétains des échantillons d’ADN. Ils sont probablement utilisés dans un système de suivi biométrique qui est en train d’être installé pour aider le régime à surveiller la population. La frontière tibétaine est maintenant constamment surveillée par des radars, des drones et des dispositifs de surveillance acoustique, ce qui rend presque impossible le passage des Tibétains au Népal ou en Inde.

Le régime a également mis en place au Tibet un système de surveillance automobile qui identifie les automobilistes et contrôle leurs données biométriques. « Si le nom du chauffeur ne correspond pas à celui qui devrait conduire la voiture, nous allons ramener la voiture, réprouver et éduquer celui qui a loué sa voiture à des tiers illégalement. Si les circonstances sont graves, nous demanderons même au chauffeur d’arrêter de conduire ou mettrons fin à son contrat », a expliqué Cui Shaoyou, directeur général adjoint d’une compagnie de transport.

Visite de l’ambassadeur américain

Après sa récente visite au Tibet, l’ambassadeur américain Terry Branstad a exprimé ses préoccupations concernant les droits des habitants de la région. Il a également critiqué la politique discriminatoire de la Chine qui restreint l’accès des étrangers à la Région autonome du Tibet. En particulier, l’ambassadeur a appelé les autorités chinoises à respecter les sentiments religieux des bouddhistes tibétains et à cesser de les persécuter.

« [M. Branstad] a exprimé ses préoccupations concernant l’ingérence du gouvernement chinois dans le droit des bouddhistes tibétains à la liberté d’organiser et de pratiquer leur religion… Il a encouragé le gouvernement chinois à engager, sans condition préalable, un dialogue de fond avec le dalaï-lama ou ses représentants afin de trouver un règlement de leurs différends », a annoncé l’ambassade des États-Unis.

Entretemps, la Chine a critiqué l’ambassadeur pour ses déclarations et l’a accusé d’avoir des préjugés. Comme Pékin restreint l’accès des journalistes étrangers au Tibet, l’année dernière, le Congrès américain a adopté une loi interdisant l’entrée aux États-Unis aux ressortissants chinois impliqués dans l’application de la politique anti-Tibet.