L'histoire des nations, à la lumière de nouvelles découvertes archéologiques ou autres, a parfois besoin d'être corrigée dans les manuels scolaires et les livres d'Histoire. Des manuscrits sur bambou découverts dans un tombeau Qin en 1975 ont remis en question la réputation de tyran impitoyable de l'Empereur Qin Shi Huang, dont Mao, provocateur, prétendait être l'héritier.
Créer des tempêtes artificielles pour se maintenir au sommet du pouvoir
Les hommes exceptionnels ont-ils besoin de circonstances exceptionnelles pour dévoiler leurs capacités hors du commun ? Certainement oui et c'est également vrai pour les personnes exceptionnelles dans la malveillance. Mao faisait partie de ces monstres de pouvoir sans scrupules.
Cependant les circonstances exceptionnelles font parfois cruellement défaut à ces personnes hors pair. S'ils se retrouvent dans des situations routinières, leurs ailes de géant les empêchent de marcher. Alors leur viennent des idées funestes de créer des tempêtes artificielles. Le vent soufflera de nouveau, leur permettra de s'envoler et de se maintenir encore au pouvoir.
Dans les régimes démocratiques, les hommes providentiels peuvent être remplacés quand les conjonctures se sont stabilisées et pacifiées. On pense à de Gaulle ou Churchill. Mais dans une dictature, à moins de recourir encore à des violences extrêmes, le peuple n'a généralement pas la possibilité de se débarrasser du « génie », et paie alors un lourd tribut à sa présence devenue indésirable.
Le peuple aspirait à la prospérité, mais Mao engendra volontairement trois immenses désastres
Au milieu du XXe siècle, après plusieurs révolutions et des décennies de guerres et de chaos, la nation chinoise se préparait enfin à profiter de la paix et de l'ordre nouvellement acquis. C'était l'ordre d'un pouvoir communiste sans partage et sans pitié, qui s'était imposé par la ruse et la force. Mais le peuple aspirait à reconstruire le pays, à prospérer économiquement, à renaître culturellement.
Pourtant Mao, le dictateur de la Chine, ne le voyait pas ainsi. Il employa ses grandes capacités de pouvoir malveillant pour engendrer volontairement trois grands désastres parmi bien d'autres: les Cent Fleurs, le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle.

Avec le lancement de la campagne des Cent Fleurs en mai 1956, Mao voulut rétablir son autorité qui était contestée. Il lança le slogan « Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent », invitant les intellectuels à exprimer leurs opinions sur le régime. Mais c'était un piège. En septembre 1956 son autorité fut encore plus affaiblie lors du VIIIe congrès du Parti communiste chinois.
Alors en février 1957, Mao incita plus fermement encore la population à critiquer le PCC afin que celui-ci corrige ses défauts. La parole se libéra enfin et les critiques fusèrent de toutes parts qui remettaient en cause la domination sans partage du PCC. En conséquence, celui-ci cessa d'être compréhensif et indulgent. Alors il entreprit contre les intellectuels une violente campagne de répression qu'il nomma « anti-droitière ».
Mao avait réussi à stigmatiser le PCC autant que l'élite intellectuelle chinoise, pourtant confiante et loyale dans sa démarche. Le piège s'était refermé et Mao avait raffermi son pouvoir.
L'effarante capacité de destruction de Mao et du PCC
Le Grand Bond en avant (1958-1962) fut une campagne économique et sociale lancée pour transformer rapidement la Chine rurale en puissance industrielle socialiste. Le dictateur voulait rattraper voire dépasser économiquement les pays occidentaux en quelques années seulement.
Cette folle initiative amena une collectivisation forcée des terres agricoles, la construction de millions de petits hauts fourneaux artisanaux, pour produire de l'acier dans les villages, souvent en fondant des outils et ustensiles domestiques. Des objectifs de production irréalistes étaient fixés.
L'acier produit dans ces conditions était généralement inutilisable. La désorganisation agricole qui s'ensuivit, associée à des conditions climatiques difficiles et à l'exportation de céréales malgré la pénurie, provoqua une des pires famines de l'histoire humaine, avec 30 à 55 millions de morts.

Mao utilisait souvent le principe de diviser pour mieux régner
La Révolution culturelle (1966-1976) fut à nouveau une campagne politique de Mao pour reprendre le contrôle du Parti communiste chinois et éliminer ses rivaux, après avoir perdu beaucoup d'influence suite à l'échec du Grand Bond en avant. Il appela la jeunesse chinoise à combattre les « quatre vieilleries » (vieilles idées, cultures, coutumes et habitudes) et à s'attaquer aux « éléments bourgeois et révisionnistes » qu'il percevait au sein même du Parti.
Des millions de jeunes s'organisèrent et devinrent Gardes rouges, encouragés à dénoncer, humilier et persécuter enseignants, intellectuels, cadres du Parti et quiconque jugé insuffisamment révolutionnaire. Le pays sombra dans un chaos généralisé, avec des dénonciations et humiliations publiques.
Il y eut en grand nombre de destructions de temples, d'œuvres d'art et de sites historiques. Des millions de personnes furent persécutées, emprisonnées, envoyées en camps de rééducation à la campagne, ou tuées.
Quand Mao osa se comparer à l'Empereur Qin Shi Huang
Selon l'écrivain Simon Leys (1935-2014), auteur du livre Ombres chinoises paru en 1974, « la Chine est le pays du monde où la culture politique est la plus intimement pétrie de conscience historique (les luttes brûlantes d’aujourd’hui s’y formulent en termes empruntés à des débats philosophiques vieux de quelque deux mille ans) ». Mao Zedong, par provocation et défi, aimait se revendiquer comme héritier politique du premier empereur unifiant la Chine, Qin Shi Huang, en 221 av. J.-C.
Ce fut en mai 1958, après l'épisode de la campagne anti-droitière contre les intellectuels, que Mao osa faire une comparaison avec l'autoritarisme de l'Empereur Qin Shi Huang : « Eh bien, qu’est-ce qu’il avait de si extraordinaire, Qin Shi Huang ? Il n’a exécuté que quatre cent soixante lettrés. Nous, nous en avons exécuté quarante-six mille ! C’est ce que j’ai répondu à certains démocrates : vous croyez nous injurier en nous traitant de Qin Shi Huang , mais vous faites erreur, nous avons cent fois dépassé Qin Shi Huang !

Deux pouvoirs autoritaires aux fondements totalement opposés
L'écrivain affirme que cet empereur est connu à travers les âges pour son régime de terreur efficace et implacable. Selon lui, l'empereur et ses ministres appliquaient une philosophie légiste dans un but d'unification des peuples très divers du nouvel empire chinois.
La philosophie légiste apparut en Chine pendant la période des Royaumes combattants (475–221 av. J.-C.). Elle se distinguait par son approche pragmatique et autoritaire de l'organisation de la nation et de la société, centrée sur la loi comme outil principal de contrôle et de cohésion sociale.
La réputation déplorable de l'Empereur Qin Shi Huang depuis deux millénaires
Qin Shi Huang a une image de tyran qui lui colle à la peau depuis deux millénaires. En 1975, des manuscrits sur bambou de la dynastie Qin ont été découverts dans un tombeau de Shuihudi (dans le district de Yunmeng). Datant de 217 av. J.-C., ils contiennent des lois, des documents officiels et des manuels administratifs de la dynastie Qin. Ils ont sérieusement remis en question les connaissances acquises sur cette époque de l'Histoire de Chine.
Qin Shi Huang est souvent dépeint dans les manuels scolaires chinois comme un empereur autocratique asservissant son peuple. Parmi les récits les plus galvaudés figurent l'autodafé de livres et l'enterrement de lettrés vivants. Il s'agit en réalité de fictions attribuées à Qin Shi Huang par des érudits et des auteurs postérieurs.

L'autodafé des livres consista à la destruction par le feu de nombreux ouvrages confucéens, mais aussi des ouvrages de pratiques ésotériques, dans le but d'unifier de manière orthodoxe la pensée et la culture en Chine. En revanche, Qin Shi Huang a préservé intacts de nombreux textes qui concernaient la médecine et l'agriculture.
L'enterrement de lettrés vivants fut en réalité l'exécution de plus de quatre cents sorciers itinérants, mais Qin Shi Huang fut par la suite accusé à tort d'avoir tué plus de mille lettrés confucéens.
Un sens profond du bien commun dans les lois Qin
L'empereur fut aussi à l'initiative de nombreuses réalisations importantes pour unifier la Chine. C’est lui qui initia et fit construire la célèbre Grande Muraille pour se défendre d'invasions répétées et dévastatrices. Il conquit les six royaumes combattants et mit fin à cinq siècles de guerre et de chaos.
Qin Shi Huang établit un système impérial dont le modèle perdura pendant deux millénaires. Il abolit le système féodal et instaura des préfectures et des comtés. Il standardisa l'écriture et unifia les unités de mesure et la monnaie. Il normalisa les essieux des charrettes et les roues.
Il fit toute chose avec un sens profond du bien commun. Les manuscrits sur bambou de la dynastie Qin révélèrent clairement que les ouvriers étaient rémunérés généreusement pour la construction de la Grande Muraille. Même les criminels qui travaillaient sur le chantier recevaient un salaire décent, la loi Qin l'exigeait.

Son état d'esprit n'était pas celui d'un tyran comme voulaient le faire croire Mao et le PCC. Malgré l'abondance de révélations des manuscrits sur bambou de Shuihudi, sur cette période de la dynastie Qin, les manuels scolaires chinois ne sont toujours pas remis à jour. Le PCC ne s'est jamais préoccupé de vérité historique, il transforme plutôt l'Histoire chinoise à sa guise, pour qu'elle puisse s'adapter à sa pièce de théâtre idéologique.
Les racines de la culture traditionnelle chinoise
Mao lut des livres anciens quand il était jeune. Il fut le bibliothécaire de l'université de Pékin. Il connaissait la littérature traditionnelle chinoise. Pourtant, arrivé au pouvoir, pendant la Révolution culturelle, il fit détruire une grande partie de ces précieux livres qui avaient nourri sa jeunesse.
Son objectif était d'empêcher les Chinois d'accéder à leur propre culture et à leur propre histoire. Couper les racines culturelles détruisait le sens fondamental de leur vie.
Le PCC ne se soucie pas de transmettre la véritable Histoire des empereurs de la Chine malgré l'appui de preuves archéologiques indéniables. Alors qui pourrait croire qu'il est scrupuleux et honnête dans ce qu'il fait et transmet aujourd'hui ?
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