À l’heure où le patrimoine est honoré et commémoré pourquoi ne pas se plonger dans l’histoire de la Bibliothèque nationale de France, garant privilégié du patrimoine ? Souvent qualifiée de cathédrale ou temple du savoir, cette véritable institution a de quoi captiver du haut de ses 700 ans.

Les fondements de la Bibliothèque nationale de France : naissance royale et dépôt légal
Le roi Charles V, dit le Sage (1338-1380), souverain érudit passionné par les livres avait constitué une librairie remarquable : près de 1000 manuscrits reliés ont navigué du Palais de la Cité au Louvre. L’Histoire considère cette bibliothèque royale comme l’ancêtre de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Cependant, la bibliothèque initiale perd en volume à la mort de Charles VI, successeur de Charles V.
C’est à partir de Louis XI que le nombre de livres augmente et se transmet de roi en roi.
François 1er pour sa part est à l’origine d’une étape capitale, le dépôt légal. Selon l’ordonnance du 28 décembre 1537, un exemplaire de tout document imprimé devait être déposé à la Bibliothèque du roi. Le texte de loi se présente comme suit :
« Nous avons délibéré de faire retirer, mettre et assembler en notre librairie toutes les œuvres dignes d’être vues qui ont été et seront faites, compilées, amplifiées, corrigées et amendées de notre temps, pour avoir recours auxdits livres si de fortune ils étaient ci-après perdus de la mémoire des hommes ou aucunement immués ou variés de leur vraie et première publication. »
Une telle mesure, rappelons-le, restée en vigueur jusqu’à nos jours s’étend et se répand au fil du temps. Le dépôt légal va plus tard s’étendre aux estampes et à la musique imprimée également.
XVIIe et XVIIIe siècles : expansion et évolution
Les bases fondamentales de la bibliothèque d’essenceroyale sont posées pour l’avenir : « tout collecter et tout conserver ». C’est sous le ministère de Colbert à partir de 1666 que cette institution prend de l’importance. Pour le célèbre ministre c’était une façon d’accroître le prestige de Louis XIV. En 1721, la Bibliothèque du roi s’installe à Paris sur le site Richelieu considéré comme « le berceau historique de la Bibliothèque nationale de France ». Le nombre de manuscrits, de livres imprimés et de collections se multiplie. La bibliothèque du roi de France ne tarde pas à devenir la première d’Europe.
À la fin du XVIIIe siècle, la Révolution française va contribuer à une expansion croissante. Il faut de prime abord noter la suppression du dépôt légal en juillet 1790. Il est rétabli trois ans plus tard. Par ailleurs la Bibliothèque royale est rebaptisée Bibliothèque nationale. Contre toute attente, les fonds s’accroissent de façon significative : l’arrivée massive de documents saisis et confisqués en ces temps mouvementés joue en faveur du gouvernement révolutionnaire.
En particulier les collections du clergé, et ceux de Louis XVI, de Marie-Antoinette, et de Madame Élisabeth constituent un apport appréciable. Les conquêtes napoléoniennes ont également enrichi les acquis d’ordre national, compte tenu des confiscations opérées en Belgique, d’Allemagne et aux Pays-Bas par exemple.
Le XIXe siècle ou l’ère de la modernisation
L’afflux des saisies en question a rendu plus crucial encore le problème de l’espace trop exigu au sein de la bibliothèque. L’écrivain, historien et archéologue Prosper Mérimée ayant participé à une commission sur la gestion des lieux avait exprimé la nécessité de « porter la lumière sur cette noire caverne ». Il s’agit de l’une de ses formules les plus célèbres dans ce registre.
L’empereur Napoléon III, alerté, confie à l’architecte Henri Labrouste la réfection des bâtiments. La paternité de la salle de lecture nommée « salle Labrouste » revient ainsi à ce dernier.
Ce chef-d’œuvre architectural comprend un plafond orné de coupoles vitrées en leur centre. Un tel principe répondait à la nécessité d’un éclairage propice à la lecture et sans danger pour les matériaux envisagés. Des observateurs disaient qu’un tel procédé incitait le visiteur à la contemplation ou la méditation.

La période contemporaine : des projets ambitieux
Le problème du manque d’espace prend de l’ampleur au XXe siècle. La modernisation impose l’arrivée de nouveaux supports audiovisuels notamment. Une deuxième salle conçue par le successeur de l’architecte Labrouste ouvre ses portes en décembre 1936, la salle Ovale. Ouverte au public, elle peut contenir jusqu’à 20 000 volumes.
Le 14 juillet 1988, le président de la République François Mitterrand a annoncé la construction et l’aménagement d’une bibliothèque « la plus grande et la plus moderne du monde. » Ce serait un établissement d’« un genre nouveau ». Le 30 mars 1995, le président Mitterrand inaugurait la Bibliothèque nationale de France basée dans le treizième arrondissement de Paris. L’architecture symbolique représente des tours de 79 mètres semblables à des livres ouverts.
L’écrivain Julien Green a dit : « Une bibliothèque, c’est le carrefour de tous les rêves de l’humanité. » Au XXIe siècle la Bibliothèque nationale de France poursuit sa mission initiale : conserver, collecter et diffuser le patrimoine. Sa mission se déploie dans le temps et dans l’espace sur divers sites, Richelieu, François Mitterrand, l’Arsenal, la bibliothèque-musée de l’Opéra.
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