Le célèbre proverbe chinois Quand l’eau est trop claire, il n’y a pas de poissons : qui scrute de trop près n’a pas de compagnons, provient du Da Dai Li Ji (Recueil des rites du Dai aîné), dans le chapitre Zi Zhang s’enquiert de l’accès à la fonction publique .Ce proverbe nous enseigne que l’examen excessif et la sévérité peuvent éloigner les gens.
Il nous rappelle de pratiquer la tolérance, de prendre en compte la situation d’autrui et de ne pas nous concentrer uniquement sur nos propres intérêts, gains et pertes personnels.
Quand l’eau est trop claire, il n’y a pas de poissons

Zi Zhang interrogea un jour Confucius sur les principes du service public. Sa réponse dépassait le cadre gouvernemental pour évoquer un principe plus général de la conduite humaine.
Les poissons hésitent à rester dans une eau parfaitement claire car ils s’y trouvent totalement exposés et deviennent des proies faciles. Cette image est donc plus qu’une simple observation du monde naturel : elle nous met également en garde contre la façon dont nous traitons les autres.
Dans la vie de tous les jours, une personne excessivement perspicace et critique peut mettre les autres mal à l’aise, au point qu’ils hésitent à la fréquenter. De même que les poissons évitent l’eau où ils sont complètement immergés, on a tendance à se tenir à distance de quelqu’un qui examine chaque défaut et calcule chaque gain et chaque perte.
Les paroles de Confucius nous rappellent de ne pas être trop calculateurs ni trop durs, mais de comprendre le principe traditionnel d’être « indulgent envers les autres et rigoureux envers soi-même ». Celui qui ne pense qu’à ses propres intérêts, qui évalue constamment les gains et les pertes et qui se soucie peu des autres risque de perdre ses véritables amis et soutiens.
La sagesse de savoir lâcher prise

La culture chinoise traditionnelle évoque également une forme de sagesse exprimée par l’expression nan de hu tu — la sagesse rare de paraître confus. Sa signification est étroitement liée à la leçon de l’eau claire et de l’examen excessif.
Cela ne signifie pas être véritablement confus ou inconscient. Il s’agit plutôt d’utiliser la sagesse pour gérer les difficultés et les conflits de la vie humaine : paraître ignorer chaque petite offense ou insister sur chaque point, tout en gardant une lucidité intérieure sur la situation.
Ceci reflète l’idée traditionnelle de da zhi ruo yu – la grande sagesse peut paraître insensée. Une personne véritablement sage n’a pas besoin de se disputer pour chaque détail. En abordant les autres avec tolérance et bienveillance, on peut résoudre les conflits et éviter les problèmes et les disputes inutiles.
Une histoire traditionnelle illustre ce principe

La légende raconte qu’autrefois, un vieux maître zen se promenait un soir près de son monastère lorsqu’il remarqua une chaise placée contre le mur. Il comprit aussitôt qu’un moine avait enfreint les règles du monastère en utilisant la chaise pour escalader le mur et s’échapper.
Le vieux maître ne dit rien. Il déplaça discrètement la chaise, s’approcha du mur et s’accroupit à sa place. Peu après, un jeune moine escalada à nouveau le mur. Dans l’obscurité, il monta sur le dos du maître, le prenant pour une chaise, et sauta dans la cour.
Ce n’est qu’une fois ses pieds au sol que le jeune moine réalisa qu’il avait marché non pas sur une chaise, mais sur son propre maître. Submergé par la peur et la honte, il resta muet.
Pourtant, le maître ne le réprimanda pas. Au contraire, il dit calmement : « Il est tard et la nuit est froide. Va te couvrir davantage. »
On peut imaginer ce que le jeune moine dut ressentir en entendant ces mots. Il ne fut ni puni ni humilié. Au contraire, le maître lui enseigna par une tolérance et une compassion silencieuses.
Dans les relations humaines et la gestion des affaires, la sagesse ne consiste pas à exiger une clarté absolue ou la perfection en toutes choses. Elle consiste plutôt à savoir faire preuve de discernement, de tolérance et à trouver le juste équilibre.
C’est là que réside la véritable sagesse.

Rédacteur Charlotte Clémence
Source : When Water Is Too Clear, There Are No Fish: An Ancient Chinese Lesson on Wisdom
www.nspirement.com
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