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Histoire. La duchesse de Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France

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La duchesse de Berry est peu connue en dehors des historiens ou des personnes qui s'intéressent particulièrement à cette période de l'Histoire de France. Toutefois, c'était une personnalité aimée et admirée pour sa générosité, son courage et son sens du devoir, dans la période de restauration de la monarchie, au XIXe siècle. Elle aurait joué un grand rôle dans l'histoire de la royauté si les évènements s'étaient déroulés selon sa volonté. 

Marie-Caroline de Bourbon-Siciles vint au monde en 1798 à Caserte, en Italie. Elle était la petite-fille de Marie-Caroline de Naples, reine de Naples. Cette reine était une sœur de la reine de France Marie-Antoinette, guillotinée en 1793, et elle avait une haine tenace envers la Révolution française.

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Marie-Caroline de Naples, reine de Naples était une sœur de la reine de France Marie-Antoinette, guillotinée en 1793. (Image : wikimédia / Jean-Étienne Liotard / Domaine public)

Naissance entre deux campagnes napoléoniennes et premier exil

La naissance de Marie-Caroline, future duchesse de Berry, eut lieu entre les deux Campagnes d'Italie où Napoléon Bonaparte s'imposa et consolida son pouvoir. A cause de la guerre déclarée par sa grand-mère à la République française, la famille dut s'exiler et put revenir définitivement à Caserte en 1815, à la chute du royaume des Murat (Caroline Murat était la sœur de Napoléon) à Naples. Marie-Caroline avait maintenant 17 ans.

Cet exil durant son enfance fut marquant pour la jeune Marie-Caroline. Elle vécut la mort de son oncle dans une traversée en bateau, entre autres événements troublants. Elle avait le sentiment que les choses étaient éphémères et que tout pouvait changer d'un jour à l'autre. Cependant elle comprenait que le courage pouvait aussi changer le cours des événements.

Sa grand-mère Marie-Caroline détestait Napoléon qui représentait à ses yeux la Révolution française et toute la violence qu'elle avait engendré. Mais elle était aussi admiratrice de son courage et de sa popularité. 

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Sa grand-mère la reine de Naples détestait Napoléon pour toute la violence qu'il engendrait, mais elle était aussi admiratrice de son courage et de sa popularité . (Image : wikimédia / Angelus / Domaine public)

La petite Marie-Caroline s'imprégnait de cette atmosphère de pouvoir et de volonté, qu'elle ressentait dans le caractère de sa grand-mère. Elle eut une éducation assez libre. Elle était curieuse intellectuellement et s'intéressait à beaucoup de domaines de connaissance différents. 

La recherche d'une épouse pour assurer la descendance royale en France

La restauration monarchique en France, à cette époque, souffrait d'un manque d'héritiers pour avoir la possibilité de perdurer longtemps. Louis XVIII n'avait pas de descendants. Son frère et héritier du trône, le comte d'Artois (futur Charles X) avait deux fils. Son premier fils n'avait pas non plus de descendance. 

Le duc de Berry, Charles-Ferdinand d'Artois, son deuxième fils, fut marié secrètement durant son exil en Angleterre. Il eut deux filles, mais son épouse n'étant pas de sang royal, le mariage fut annulé.

Dans l'entourage de la famille royale des Bourbons, on se mit en quête d'un bon parti pour le duc de Berry. On pensa, entre autres, à la fille du tsar de Russie. Finalement, le diplomate Talleyrand aurait suggéré comme future épouse Marie-Caroline de Bourbon-Siciles.

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Dans l'entourage de la famille royale des Bourbons, on se mit en quête d'un bon parti pour le duc de Berry. (Image : wikimédia / Jean-François Thuaire / Domaine public)

Marie-Caroline avait une forte personnalité, libre et plutôt insoumise, cependant elle avait un sens très développé de son devoir royal. Elle entretenait une bonne relation avec son père le duc de Calabre François 1er des Deux Siciles. Elle lui obéit quand il lui fit cette proposition.

Une communication passionnée mais un mari volage

La demande en mariage se fit par correspondance, dans le respect des codes officiels. « Elle accepte totalement ce mariage et elle semble en être sincèrement heureuse », souligne Marine Baron, auteur du livre La duchesse de Berry dans un entretien avec Christophe Dickès du média Storiavoce. Il s'ensuivit une correspondance entre les deux futurs époux qui fut tendre, parfois passionnée.

Mariés, ils partageaient en commun une charité, une générosité envers les autres, qui les rapprochait. Néanmoins, le duc de Berry était un homme volage, et Marie-Caroline en souffrait. Elle eut la chance de se lier d'amitié avec l'écuyer de son mari, le comte de Mesnard. Il y avait une sincère complicité entre eux.

Le comte de Mesnard était un homme déjà dans la cinquantaine, pas très beau, mais qui avait de la prestance et était très cultivé en littérature, en peinture ou en histoire. La duchesse de Berry était charmée par cet homme. Lui-même avait un grand respect pour la duchesse et une admiration pour ses nombreuses qualités. 

La duchesse de Berry largement aimée et admirée en France

La duchesse de Berry bénéficia d'un accueil très chaleureux en France. Elle était aimée du peuple français et elle le ressentait. En revanche, elle avait l'énorme pression de donner un héritier royal aux Bourbons. Dans les premières années de son mariage, elle donna naissance à une fille, puis à un garçon qui mourut peu après l'accouchement. 

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
La duchesse de Berry bénéficia d'un accueil très chaleureux en France. Elle était aimée du peuple français et elle le ressentait. (Image : wikimédia / Robert Lefèvre / Domaine public)

La jeune duchesse n'appréciait pas beaucoup les réceptions officielles et les dîners aux Tuileries avec le roi. Il y avait des protocoles imposants, longs et ennuyeux. Toutefois elle aimait se retrouver dans son château de Rosny que lui offrit son mari. Elle s'intéressait à la culture et à la science de façon générale. Elle était passionnée par les arts décoratifs. En outre, elle fut un mentor pour des artistes de différents domaines des arts et elle lança la carrière de plusieurs de ces artistes. 

La popularité de la duchesse venait surtout de sa charité qui était reconnue par tous. Tous les témoignages concordaient. « C'est une femme qui se préoccupe vraiment des pauvres. Et ce n'est pas quelque chose d'artificiel pour se montrer. Elle dépense entre un tiers et un quart de ses revenus annuels pour aider les gens qui sont dans le besoin », indique sa biographe Marine Baron. Cette popularité pourrait-elle lui servir de levier politique plus tard ?

Une grande part de son rôle pour la royauté accompli in extremis

Le 13 février 1920, à la sortie d'un opéra, le duc de Berry fut poignardé en pleine rue. L'assassin, rattrapé rapidement, était Pierre Louvel, un ouvrier en sellerie, ancien garde impérial et fervent bonapartiste. Il avoua n'avoir eu aucune inimitié personnelle envers sa victime, et avoir agi seul pour détruire la lignée des Bourbons, les qualifiant de traîtres.

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Le 13 février 1920, à la sortie d'un opéra, le duc de Berry fut poignardé en pleine rue. (Image : wikimédia / Unknown artist / Domaine public)

Peut-être y eut-il des commanditaires de ce meurtre. Certaines hypothèses furent avancées. Telles que la volonté de la maison d'Orléans (branche cadette des Bourbons) de se débarrasser de la branche aînée, qui avait la priorité dans l'accès au trône. Mais il n'y eut jamais aucune preuve. Toutefois, les méandres de l'Histoire sont surprenants, et durant sa longue nuit d'agonie, le duc de Berry annonça que son épouse était enceinte. 

Quelques mois après l'assassinat, la duchesse de Berry donna naissance à un fils, Henri, « l'enfant du miracle ». Preuve de sa force de caractère, elle accoucha seule, personne ne put venir l'aider à ce moment-là. Elle tint le bébé dans ses bras relié encore au cordon ombilical, montrant ainsi aux personnes qui arrivaient enfin, qu'elle était bien la mère.

Les 21 coups de canon furent tirés pour saluer la naissance d'un héritier royal. Ce furent alors des réjouissances dans tout le pays. Même Victor Hugo écrivit un poème à cette occasion. Tous les espoirs renaissaient chez les Bourbons.

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Quelques mois après l'assassinat, la duchesse de Berry donna naissance à un fils, Henri, « l'enfant du miracle ». (Image : wikimédia / Claude-Marie Dubufe / Domaine public)

L'exil des Bourbons de France et le pouvoir monarchique des Orléans

Mais en 1830, les Bourbons furent chassés du pouvoir en France par la révolution des Trois Glorieuses. La duchesse de Berry, voyant Charles X en grande difficulté, tenta de le convaincre de bien vouloir abdiquer, afin de mettre son jeune fils Henri sur le trône et qu'elle devienne régente jusqu'à sa majorité. Il refusa. 

Ce fut alors un nouvel exil pour les Bourbons, en Écosse puis en Angleterre. Elle décida alors d'agir, de ne pas se résoudre à cet exil. Elle avait gardé son sens du devoir envers ce qu'elle pensait le meilleur pour la nation. Bien-sûr, elle n'agissait pas pour elle-même. Elle devait tenter de mettre son fils sur le trône de France.

La duchesse de Berry savait, par l'exemple de sa grand-mère qui fut reine de Naples, que certaines femmes pouvaient aussi avoir un grand rôle politique. En outre, elle avait autour d'elle des légitimistes soutenant les Bourbons, qui lui faisaient confiance. Eux pensaient qu'une femme pouvait réussir là où des hommes avaient échoué.

Elle revint donc en France en 1832 et débarqua près de Marseille. Elle savait qu'elle était populaire et soutenue par de nombreuses personnes. Pourtant il y avait certainement un manque de préparation et de renseignement en amont de son action. Échouant à prendre le contrôle de la mairie de Marseille, elle décida de rejoindre la Vendée

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Elle revint donc en France en 1832, sachant qu'elle était populaire et soutenue par de nombreuses personnes. (Image : wikimédia / Delaunois & Boblet / Domaine public)

Louis-Philippe 1er avait été proclamé « roi des Français » en août 1930 après la révolution de Juillet et l'abdication de Charles X. Il était un représentant des orléanistes, branche cadette des Bourbons. Il s'était politiquement organisé pour durer longtemps. Son réseau d'espion bien infiltré sur le territoire français propagea de fausses informations et réussit à piéger la duchesse de Berry.

Un manque flagrant d'adhésion en France, une mise en cause des mœurs de la duchesse

La duchesse de Berry et ses partisans légitimistes attendaient des milliers et des milliers de personnes, et ce ne furent finalement que quelques centaines qui vinrent. Hommes et femmes furent, à leur arrivée en Vendée, abattus par les troupes orléanistes. Il est certain que la duchesse du Berry avait agi avec trop de passion et de naïveté, manquant de lucidité et de pragmatisme et mal conseillée par ses compagnons.

Certains chefs vendéens furent fidèles à sa cause et moururent pour elle. « Peut-être a-t-elle sous-estimé aussi les traumatismes qu'ont pu constituer les massacres des vendéens pendant la Terreur, qui sont absolument épouvantables, où des femmes et des enfants sont tués dans des mares de sang, noyés avec parfois des mises en scène sadique », explique l'auteur Marine Baron. Les vendéens durent rechigner, pour beaucoup, à prendre le risque de se faire massacrer une nouvelle fois.

La duchesse du Berry tenta de lancer une offensive contre les orléanistes, mais ce fut un échec total. Elle se réfugia chez des amis à Nantes où elle fut finalement capturée. Elle fut emprisonnée à la citadelle de Blaye. 

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Certains chefs vendéens furent fidèles à sa cause et moururent pour elle. Mais beaucoup durent rechigner à prendre le risque de se faire massacrer une nouvelle fois. (Image : wikimédia / Paul-Émile Boutigny / Domaine public)

On découvrit alors qu'elle était enceinte. C'était un cadeau pour Louis-Philippe 1er et les orléanistes, qui étaient embarrassés de ce conflit ouvert entre cousins monarchistes et ne savaient quelle suite donner à cette arrestation. Si c'était un enfant conçu hors-mariage, à cette époque pour une femme, c'était le déshonneur total. 

Elle semblait discréditée à jamais, c'était pour elle une mort sociale et politique assurée. Le roi pouvait donc la libérer et la chasser hors de France. Cependant, la duchesse de Berry sut se défendre, car elle prouva qu'elle s'était remariée secrètement à Rome avec le comte Hector Lucchesi-Palli, le 14 décembre 1831. Les archives du mariage l'attestaient.

Le soutien de l'écrivain Chateaubriand et de son second mari

Malgré tout, il restait encore des doutes sur la paternité de l'enfant. Le régime orléaniste continua à suggérer des liaisons coupables pour salir la duchesse de Berry aux yeux du peuple français. Mais l'écrivain Chateaubriand s'évertua à la défendre jusqu'au bout, intelligemment, en pointant la mesquinerie du roi Louis-Philippe Ier.

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France

Selon Chateaubriand, que la duchesse de Berry ait péché de cette façon, cela restait à prouver. Et surtout, même si c'était le cas, était-ce une raison pour la faire accoucher publiquement, pour la jeter en pâture devant tous les français ? Qu'étaient devenues les valeurs chrétiennes de tolérance et de pardon du roi Louis-Philippe ?

En juin 1833, la duchesse fut libérée, expulsée de France et rejoignit Palerme en Sicile. Son mari Hector Lucchesi-Palli et l'écrivain Chateaubriand continuèrent à la défendre pendant plusieurs années, et peu à peu, réussir à la réhabiliter dans l'opinion publique. Chateaubriand allait lui permettre de revoir ses enfants du comte de Berry, qu'elle ne pouvait plus rencontrer suite au scandale entretenu en France par les orléanistes.

Dans les années suivantes, elle s'installa en Autriche avec son second mari. Elle eut quatre autres enfants avec lui. Elle acheta en 1837 le château de Brunnsee où elle vécut jusqu'à la fin de sa vie. Beaucoup d'amis et beaucoup de légitimistes vinrent lui rendre visite. Elle fut dans sa vieillesse entourée de ses petits-enfants et finalement elle eut une vie en exil riche socialement et plutôt heureuse.

La duchessede Berry, une personnalité attachante de la famille royale en France
Finalement elle eut une vie en exil riche socialement et plutôt heureuse. (Image : wikimédia / Unknown author / CC BY-SA 4.0)

Une certaine fascination envers la duchesse de Berry

« Cette femme qui incarne l'ordre ancien, la tradition, le parti le plus réactionnaire, a une liberté que n'avaient pas du tout eu les femmes qui avaient voulu prendre part à la révolution et à qui on n'avait laissé aucune place », affirme Marine Baron. Qu'on adhère ou non à sa cause, on ne peut pas non plus nier son courage, car elle était prête à mourir pour la mission qu'elle s'était fixée. Ce sont sans doute ces aspects qui la rendent fascinante. 

Selon Marine Baron, on découvre dans sa correspondance que la duchesse de Berry était très attachée à sa famille et avait une grande fidélité aux personnes qui l'avaient soutenue. La mission qu'elle se fixa, était portée et guidée par une grande foi en Dieu. 

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