Vivre, guidés par nos besoins primaires, par des contraintes ou des loisirs de toutes sortes, mais aussi par les sentiments et les émotions, telle est généralement la vie en société dans le monde actuel. Tout cela peut remplir plus ou moins agréablement ou douloureusement notre vie entière. Toutefois, le philosophe Épictète enseignait à prendre avec détachement toutes ces choses de notre condition humaine et terrestre, et à nous tourner délibérément vers Dieu et vers notre « bienheureuse parenté divine ».
Le stoïcien Épictète (50 – 130 ap. J.-C.), né en Turquie, fut vendu comme esclave à Rome. Son propriétaire, Épaphrodite, lui-même esclave affranchi de Néron, lui permit d'assister aux conférences d'un maître stoïcien Musonius Rufus. Épictète obtint sa liberté après la mort de Néron et fonda une école de philosophie stoïcienne à Nicopolis en Grèce.
Il vécut dans un dénuement volontaire et fut stoïque dans sa vie autant que dans ses discours. Il en ressort ainsi un côté très pratique de sa philosophie. Cependant il ne laissa aucun écrit. Heureusement un de ses disciples, Arrien recueillit ses enseignements, qui furent regroupés dans Les Entretiens. Un autre livre d'Épictète, le Manuel est une sorte de résumé succinct et pratique de sa doctrine philosophique.

Dieu et notre bienheureuse parenté divine
Selon Épictète, deux choses ont été associées en nous à la naissance. L'une est le corps physique, dont beaucoup de fonctions et d'organes essentiels ressemblent à ceux d'animaux mammifères. L'autre est la faculté de raisonnement et de jugement, que nous aurions en commun avec les divinités.
Des découvertes scientifiques récentes ont néanmoins démontré que les animaux et même les plantes avaient probablement la faculté de penser, de discerner et de s'émouvoir. Cependant, nous avons probablement une conscience de l'évolution du monde, la conscience du bien et du mal, et pour certains le sens de l'éveil spirituel, que les animaux n'ont pas.
Bien que notre corps de chair, dans ses structures superficielles, ressemble à celui de certains animaux, il est possible qu'il ait, à certains niveaux d'énergie, des capacités extraordinaires. Il existe de nombreux documents et témoignages sur des aptitudes surnaturelles de saints et de saintes dans notre histoire en France ou en Europe, ou sur des aptitudes hors du commun de grands sages en Inde ou en Chine. La bilocation, la lévitation, la vision à distance, la connaissance des vies passées, les guérisons inexplicables par la science, en sont des exemples marquants.

Épictète pose cette constatation : « une partie d’entre nous se tournent vers cette funeste parenté de mort, très peu vers cette bienheureuse parenté divine ». Il affirme que celui qui a en lui cette pensée de parenté divine n'aura pas d'opinion dévalorisante de lui-même et gardera une spiritualité active. À l'opposé, celui qui n'a conscience que de sa parenté animale, pourrait devenir peu à peu comme un animal.
La vertu : le désir du bien et l'évitement du mal
Le philosophe stoïcien enseignait aussi à ces disciples à ne désirer que le bien. Combler ce désir, c'est aller vers la tranquillité et le bonheur. Le pendant de ce noble désir, c'est l'évitement du mal, mais ce désir et cet évitement ne peuvent s'effectuer que « dans des choses qui relèvent de son libre arbitre ».
La vertu, qui est le désir et la réalisation du bien, peut s'inscrire dans un processus de progrès sur le chemin du divin. Que peut nous apporter la vertu ? Elle nous donne la tranquillité de l'âme. Pourtant le progrès de la vertu n'est pas de connaître de plus en plus de traités philosophiques stoïciens ou autres.
Le progrès de notre vertu s'établit dans la réalité qui dépend de nous, qui relève de notre libre arbitre. Dans cette réalité, le fait « de désirer les choses ou de les fuir, de manière à ne pas les manquer ou à ne pas y tomber », indique le degré de notre vertu. Mais trembler ou se plaindre, quand on cherche à éviter certaines tentations, n'est peut-être pas l'indication d'un réel progrès ?

Comment obtenir un réel développement de la vertu ? Selon le philosophe Épictète, c'est en se consacrant sérieusement à « l’éducation et au perfectionnement de sa faculté de juger et de vouloir », pour l'accorder à notre nature et lui donner l'élévation, l'indépendance, l'honnêteté et la réserve dont elle a besoin pour être juste.
Celui qui, tout au long de la journée, quelles que soient les circonstances, appliquent ces principes, celui-ci fait alors réellement progresser sa vertu. En revanche, ce n'est pas le cas de celui qui s'attache aux connaissances des livres sans les appliquer avec sérieux et constance dans sa vie. Pire encore est l'attitude de celui qui désire ou évite « les choses qui ne dépendent pas de lui », qui ne relèvent pas de son libre arbitre, comme le destin, la richesse ou le pouvoir.
La Providence de Dieu et l'accomplissement de l'homme
La Providence provient de la sagesse de Dieu. La Providence pourvoit à toute chose nécessaire à la création et aux créatures de Dieu.
Épictète affirme qu'on approuve aisément les bienfaits de la Providence « si l'on a en soi ces deux choses : la capacité de comprendre ce qui arrive à chacun, et un cœur reconnaissant ». Si l'on a pas ces deux aptitudes, on ne pourra pas apprécier les bienfaits de la Providence et éprouver de la gratitude.

Comment les êtres et toutes les créations de cet univers avec leurs agencements et leurs liens si complexes et merveilleux, pourraient-ils être l'œuvre fortuite du hasard ? demande au fond Épictète. De plus, il soutient que Dieu a créé l'homme pour le contempler ainsi que ses œuvres, « non seulement pour les contempler, mais-encore pour les expliquer ».
Et l'homme, dans cet accomplissement total de lui-même, ne peut s'arrêter que là où s'arrête la nature humaine elle-même : dans la contemplation, l’intelligence, et l’accord de notre conduite avec la nature générale. « Avisez donc à ne pas mourir sans avoir vu tout cela », avertit le stoïcien.
L'homme n'a-t-il pas reçu les moyens de braver tous les événements ? N'a-t-il pas reçu l'élévation de l'âme, le courage, la patience ? Qui pourrait l'agacer, le troubler et le mettre en colère ? Va-t-il employer sa force pour s'accomplir face aux épreuves, ou va-t-il pleurer et gémir sur les événements ?
Dieu n'a pas seulement donné ces forces pour supporter tous les événements sans se laisser briser. Il les a, en outre, données libres, indépendantes, à la complète disposition de l'être humain, sans se réserver à lui-même le pouvoir de les entraver ou de leur faire obstacle.

Cependant beaucoup restent assis là à pleurer et à gémir, sans reconnaître le bienfaiteur qui leur a fait ces dons. D' autres se laissent aller par manque de cœur à des reproches contre Dieu. « Et cependant, pour atteindre à l’élévation de l’âme et au courage, je puis te montrer quelles ressources et quels moyens tu as », confie avec bienveillance le philosophe Épictète.
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