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Culture. Parvenir à la tranquillité intérieure, libéré des craintes et des désirs

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La tranquillité intérieure était une qualité essentielle pour parvenir à la sagesse chez beaucoup de philosophes de la Grèce antique et particulièrement chez les stoïciens, les épicuriens et les sceptiques. La tranquillité de l'âme s'acquérait grâce à une discipline visant à maîtriser ses émotions et éliminer ou réduire grandement toutes sortes de peurs et de désirs. Alors naissait une véritable sérénité et un bonheur durable.

Les philosophes grecs désignaient cette tranquillité d'esprit par le terme ataraxie, signifiant étymologiquement : absence d'agitation. Au Ve siècle av. J. -C., Démocrite fut le premier à introduire cette conception antique d'un bien-être mental.

Les stoïciens, les épicuriens et les sceptiques utilisèrent trois méthodes différentes, chacune d'elles originale et propre à leur communauté philosophique, pour parvenir à l'ataraxie. 

La tranquillité intérieure, dans la philosophie stoïcienne, exigeait de connaître ce qui dépendait de la volonté individuelle et ce qui n'en dépendait pas

Dans la philosophie stoïcienne, l'ataraxie mettait à contribution la vertu et la raison de l'être humain. Elle était le fruit d’un travail sur soi, d’une discipline mentale et d’une acceptation lucide de la réalité et du destin.

Selon les stoïciens, les manifestations de l'esprit sur lesquelles ils pouvaient agir, étaient les désirs, les peurs, les aversions, les jugements, la volonté. Par contre, ils ne pouvaient pas agir, ou alors seulement de façon très limitée, sur les événements extérieurs, sur la réputation, ou sur le corps physique.

Parvenir à la tranquillité intérieure, libéré des craintes et des désirs
Dans la philosophie stoïcienne, l'ataraxie était le fruit d’un travail sur soi, d’une discipline mentale et d’une acceptation lucide de la réalité et du destin. (Image : wikimédia / William Sonmans / Michael Burghers / Domaine public)

Les stoïciens ne considéraient pas les émotions comme des réactions à des situations extérieures mais comme la conséquence de perceptions intérieures sur lesquelles ils pouvaient avoir un contrôle. Cette distinction primordiale entre ce qu'ils pouvaient contrôler et ce qu'ils ne pouvaient pas, permettait d'atteindre la sérénité en posant le principe d'un ordre rationnel de l'univers et en cultivant le détachement aux événements du monde.

Tous les phénomènes, situations ou événements qui n'étaient pas de leur ressort devaient les laisser indifférents. Ils étaient le résultat d'un processus nécessaire de causes à effets, voulu par la Nature universelle.

La notion de bien ou de mal ne pouvait s'appliquer qu'à ce qui dépendait d'eux. Les actions qu'ils menaient pouvaient avoir une influence ou des conséquences sur des êtres ou des phénomènes qu'ils ne contrôlaient pas. Alors ces actions pour être bonnes devaient être faites dans un esprit de bienveillance et de justice envers l'humanité. 

Épictète, philosophe stoïcien du IIe siècle av. J.-C., donna un bon exemple de l'agitation et de la confusion des esprits à cause d'un sentiment général de crainte sur un phénomène inéluctable qui ne dépendait pas d'eux. 

Cet enseignement fut compilé par son disciple Arrien dans le Manuel d'Épictète : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leurs opinions sur les choses. Par exemple, la mort n’est rien de terrible, car Socrate aussi l’aurait trouvée terrible ; mais notre opinion sur la mort, qui nous la fait regarder comme terrible, voilà ce qui est terrible. »   

Parvenir à la tranquillité intérieure, libéré des craintes et des désirs
Les enseignements du philosophe furent compilés par son disciple Arrien dans le Manuel d'Épictète. (Image : wikimédia / Christoffel Schweytzer / Domaine public)

L'ataraxie épicurienne conduisait à une absence de douleur et à un plaisir physique et mental

La tranquillité de l'âme est un concept primordial dans la philosophie d'Épicure, philosophe grec du IVe et IIIe siècle av. J.-C.. Épicure fonda son école de philosophie à Athènes au fronton de laquelle était inscrit : « Hôte, ici tu seras heureux : le souverain bien y est le plaisir ». Mais ce n'était pas un lieu de débauche. C'était une école de plaisir et de paix de l'âme par la tempérance et l'ascétisme.

Le plaisir épicurien n'était pas la recherche effrénée de sensations, mais l'absence de souffrance physique et mentale. Les épicuriens atteignaient cet état en éliminant les craintes inutiles, particulièrement deux craintes récurrentes à cette époque. 

D'abord la peur des dieux : Épicure affirmait que les dieux n'intervenaient pas dans les affaires humaines et il fallait les considérer comme des être lointains et indifférents. Ensuite concernant la crainte de la mort, dans sa Lettre à Ménécée, il faisait écho à Épictète, avec un point de vue différent, très simple : « Quand nous sommes, la mort n’est pas, et quand la mort est, nous ne sommes plus ».  

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Épicure affirmait que les dieux n'intervenaient pas dans les affaires humaines et il fallait les considérer comme des être lointains et indifférents. (Image : wikimédia / Agostino Scilla / CC BY-SA 4.0)

Une autre source importante de perturbation de l'ataraxie était constituée des désirs non naturels et vains : la richesse, la gloire, le pouvoir. On pourrait y ajouter aujourd'hui, la consommation effrénée de toutes sortes de marchandises ou de services, ce qui n'existait pas dans la Grèce antique. Épicure opposait ces désirs non naturels aux désirs naturels nécessaires et non nécessaires.

Les désirs non-naturels sont particulièrement instables dans l'esprit des hommes. Ce sont des chimères construites par l'imagination, et une logique d'appropriation et de consommation.  Ces désirs ne peuvent apporter finalement qu'insatiabilité, déception et agitation de l'esprit, des perturbations qui empêchent la tranquillité intérieure et le plaisir du bien-être psychologique.

Épicure prônait, pour atteindre la tranquillité intérieure, de vivre sobrement et de cultiver l'amitié qu'il considérait comme un plaisir stable. 

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Épicure prônait, pour atteindre la tranquillité intérieure, de vivre sobrement et de cultiver l'amitié. (Image : wikimédia / Jamie Heath / CC BY-SA 3.0)

Les philosophes sceptiques trouvaient une tranquillité de l'âme dans l'abstention de tout jugement

Pyrrhon d'Élis, au IVe et IIIe siècle av. J.-C., fondateur du scepticisme, considérait que toute abstention de jugement sur les choses de ce monde conduisait à l'ataraxie. L'historien Diogène Laërce rapporta un avis philosophique de Pyrrhon : « Les choses sont également indifférentes, sans stabilité, indiscernables. C’est pourquoi ni nos sensations ni nos opinions ne nous disent la vérité ou le mensonge. » 

Dans le siècle suivant, Sextus Empiricus, figure majeure du scepticisme, désigna la tranquillité intérieure comme le but ultime du sceptique. Il parlait ainsi de la philosophie des sceptiques : « Le scepticisme est la faculté de mettre face à face les choses qui apparaissent aussi bien que celles qui sont pensées, de quelque manière que ce soit, capacité par laquelle, du fait de la force égale qu'il y a dans les objets et les raisonnements opposés, nous arriverons d'abord à la suspension de l'assentiment, et après cela à la tranquillité. » 

Leur méthode se résumait à trois étapes. D'abord constater que pour toute affirmation, en parole ou en pensée, un argument opposé pouvait être avancé. Ensuite s'abstenir de tout jugement et refuser de trancher entre des thèses opposées. En conséquence, en cessant de chercher à connaître la vérité absolue, l'esprit se libérait des doutes, des angoisses, des passions, etc.

Parvenir à la tranquillité intérieure, libéré des craintes et des désirs
Pyrrhon d'Élis, fondateur de l'École d'Athènes du Scepticisme, considérait que toute abstention de jugement sur les choses de ce monde conduisait à l'ataraxie. (Image : wikimédia / Raphael / Domaine public)

Les moyens pour atteindre l'abstention de jugement dans l'esprit des sceptiques pouvaient être obtenus à partir de différentes catégories de choses, d'êtres, de concepts, et autres. Sextus Empiricus en utilisait une dizaine, tels que la diversité des animaux, la différence entre les hommes, la comparaison entre des instruments, des circonstances, des distances, des lieux, etc. 

La recherche de la tranquillité et de la paix de l'esprit est plus que nécessaire dans notre monde actuel matérialiste, surinformé et souvent stressant. Ces trois méthodes pour trouver la tranquillité intérieure,  venues de grands philosophes de la Grèce antique, peuvent nous inspirer encore aujourd'hui.

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