Avez-vous déjà ressenti une puissante prémonition de quelque chose avant que cela ne se produise ? Abraham Lincoln a rêvé de sa mort trois jours avant son assassinat. Pendant la Seconde Guerre mondiale, à la veille du bombardement de Londres par Hitler, d'innombrables chats domestiques ont commencé à se comporter étrangement, certains faisant les cent pas avec un certain stress, d'autres tirant sur les vêtements de leurs maîtres pour les entraîner dehors. Pour beaucoup, de tels phénomènes semblent surnaturels. Pourtant, la science a un nom pour cela : le sixième sens.
Le sixième sens analysé
En psychologie et en neurosciences, ce sixième sens est appelé perception extrasensorielle (PES). Contrairement à la vue, à l'ouïe, à l'odorat, au goût ou au toucher, il semble exploiter un canal de conscience différent, qui recueille des informations au-delà des sens ordinaires et peut parfois entrevoir l'avenir.
Des recherches suggèrent que ce don n'est pas un simple fantasme, mais qu'il est profondément lié au système de prédiction naturel du cerveau. Les scientifiques ont découvert que le cortex cingulaire antérieur (CCA), situé dans la partie supérieure du lobe préfrontal, se situe le long du septum entre les hémisphères gauche et droit.

Le cerveau émotionnel
Le CCA est lié à votre cerveau émotionnel et plus précisément au système limbique, responsable des émotions, de la mémoire et de la prise de décision. C'est cette partie du cerveau qui émet des signaux d'alerte avant même que vous ne reconnaissiez consciemment un danger, permettant ainsi à votre sixième sens de détecter les risques ou les menaces à l'avance.
Une façon de décrire cette capacité est un modèle appelé « codage prédictif », proposé par Rajesh PN Rao et Dana H. Ballard. L'idée est issue de l'informatique. Cette théorie suggère que le cerveau ne traite pas tous les détails de la réalité. Au contraire, son système visuel s'appuie sur la mémoire et l'expérience pour prévoir, deviner ou prédire ce qui va se passer.
Les régions supérieures du cerveau envoient des estimations de ce que nous voyons aux régions inférieures, qui renvoient ensuite les différences entre ces estimations et la réalité. En actualisant les prédictions uniquement lorsque la réalité nous surprend, nous économisons une quantité significative de ressources de traitement (énergie).
En créant un modèle informatique utilisant ce concept, Rao et Ballard ont pu montrer que le modèle « développait » des caractéristiques cérébrales lorsqu'on lui présentait des images naturelles. Certains « neurones » agissaient comme de véritables neurones cérébraux, réagissant aux contours ou aux changements de forme. Cela suggère que certains effets visuels, jusqu'alors considérés comme résultant uniquement d'une entrée directe, pourraient être influencés par la rétroaction d'autres zones cérébrales, facilitant ainsi un traitement plus efficace des images par le cerveau.
Par exemple, lorsque vous entrez dans une pièce familière, votre cerveau « complète » automatiquement l'éclairage, les meubles et les murs. Si tout correspond à vos attentes, vous le remarquez à peine. Mais si un chat apparaît soudainement sur la table, votre cerveau le signale instantanément comme « inattendu » et votre attention s'aiguise.
Le mécanisme prédictif du cerveau
Le neuroscientifique Andreas J. Keller et son équipe de recherche de l'Université de Californie à San Francisco ont trouvé des preuves frappantes de ce mécanisme prédictif. Lors d'expériences sur des souris, ils ont découvert que les neurones du cortex visuel recevaient non seulement des informations sensorielles directes, mais aussi des signaux provenant de régions cérébrales supérieures. Des messages non pas sur ce qui est, mais sur ce qui devrait être.
Ce double système permet au cerveau de détecter les anomalies, de combler les lacunes et d'anticiper les changements. Cette capacité de simulation interne est à la base de l'anticipation des changements externes par le cerveau. Grâce à des techniques telles que l'imagerie calcique à deux photons, le marquage génétique et l'optogénétique, les scientifiques ont pu suivre et contrôler avec précision l'activité de neurones spécifiques chez la souris.
Le cerveau simule le futur
L'équipe de recherche a prouvé que le feedback provient bien d'une région visuelle supérieure plutôt que directement des yeux. Cette avancée dans la théorie du codage prédictif a démontré que le cerveau possède déjà un mécanisme intégré qui, par essence, simule en permanence et silencieusement le futur, ce qui nous ramène au concept du sixième sens. Lorsque le cerveau détecte de subtils changements dans l'environnement, des signaux qui ne correspondent pas tout à fait à nos attentes, cela peut se manifester sous la forme d'un malaise soudain, d'une impulsion intérieure ou d'une puissante intuition.

Un don de l’humanité
Le rêve de Lincoln, le comportement étrange des chats et les avertissements soudains que vous ressentez parfois au quotidien pourraient tous provenir de ce mécanisme caché. Autrement dit, votre esprit tisse constamment des liens entre mémoire, perception et modèles internes pour calculer la suite. La plupart du temps, cela se déroule discrètement, sous votre conscience. Parfois, le résultat se manifeste sous la forme d'une intuition si forte qu'elle vous pousse à agir. Votre cerveau est naturellement doté d'un mécanisme intégré pour anticiper les risques et les possibilités, qui pourrait être à l'origine de ce que nous appelons le sixième sens.
Chacun de nous est peut-être né avec un sixième sens, un don naturel pour percevoir l'avenir, bien qu'il soit souvent caché au plus profond de notre subconscient. Grâce aux progrès de la science, nous apprendrons peut-être un jour à éveiller cette perception intérieure et la capacité d'entrevoir l'avenir ne relèvera plus du mythe ni du mystère, mais sera considérée comme la pierre angulaire de la vie humaine.
Rédacteur Marlène Deloumeaux
Source : Hidden Signals of the Subconscious: Humanity’s Mysterious Sixth Sense
www.nspirement.com
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