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Histoire. La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris

FRANCE > Histoire

Cantatrice vedette à l'Opéra-comique, Nelly Martyl décida à trente ans de s'engager sur un théâtre beaucoup moins drôle, celui de la Première Guerre mondiale. Les soldats lui donnèrent le surnom de « fée de Verdun », car elle se consacra, sur ce célèbre lieu de bataille, à secourir les blessés en premières lignes et y donna aussi des récitals pour soutenir le moral des combattants.

Nelly Martyl (1884 – 1953) naquit dans une famille modeste. Un premier prix de chant au Conservatoire lui permit d'entrer à l'Opéra-comique à Paris. Rapidement, à peine âgée de vingt ans, chantant Bizet, Offenbach, elle fut appréciée du public et saluée par la presse. Elle épousa en 1909 l'artiste peintre et illustrateur Georges Scott. 

La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris
Nelly figurait souvent dans les magazines de mode et mena une vie mondaine à Paris. (Image : wikimedia / Jean Reutlinger / Domaine public)

Abandonner une brillante carrière et plonger dans l'enfer de la guerre  

Le couple mena une vie mondaine dans le Tout-Paris et Nelly figurait souvent dans les magazines de mode. Quand éclata la guerre en 1914, cette vie mondaine prit fin pour Nelly et Georges Scott. Nelly mit de côté sa carrière à l'Opéra-comique, se forma comme infirmière sous l'égide de la Croix-Rouge et s'engagea au service de santé de l'Armée. 

Elle s'employa « à l'évacuation et au soin des blessés graves, parfois jusqu'en première ligne, à Verdun, où on la surnomme "la fée de Verdun", au chemin des Dames et sur le front austro-italien », comme le rapporte l'article Nelly Martyl du site musee-armee.fr.

Le chemin des Dames fut le théâtre de plusieurs batailles très meurtrières de ce conflit. Deux fois gazée et trois fois blessée, elle se donnait totalement pour secourir les soldats et les soutenir moralement. Elle fut promue sergent et décorée de la Croix de guerre. 

La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris
L'infirmière s'employa à l'évacuation et au soin des blessés graves, parfois jusqu'en première ligne.(Image : wikimedia / Georges Scott / Domaine public)

En 1917, le Commandant en chef des armées Nivelle témoigna du comportement exemplaire de Nelly : « Elle a parcouru les cantonnements à la veille des attaques et parfois, comme à l’armée de Verdun, sous le bombardement élevant par ses chants patriotiques le courage des soldats qui l’acclamaient en donnant l’assaut. Comme infirmière, elle a prodigué ses soins dévoués aux blessés qu’elle est allée parfois chercher jusque dans les premières lignes…. ». 

À nouveau chanteuse, dans un théâtre de campagne, offrant de la bonne humeur aux soldats

Son époux Georges Scott parcourait le front et les cantonnements lui aussi, pendant cette guerre, mais pour une autre raison. Il était correspondant pour le journal l'Illustration et il fut connu pour ses dessins de la Grande Guerre 14-18. Il fut officiellement nommé peintre des Armées à partir de 1916.

La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris
Son époux Georges Scott était correspondant pour le journal l'Illustration et il fut connu pour ses dessins de la Grande Guerre 14-18. (Image : wikimedia / Agence Rol / Domaine public)

Dans l'été 1916, il créa et supervisa le montage d'un Théâtre du Front, une scène couverte aux décors patriotiques avec coulisse, démontable et transportable par camion. Nelly se produisait fréquemment sur les planches de ce théâtre itinérant, chantant un répertoire classique et patriotique aux soldats français.  

« Sa présence et sa voix ont pour effet de remonter le moral des combattants qui oublient, durant un instant, la guerre et ses horreurs. La cantatrice est tellement appréciée, que le général Passaga justifie les succès militaires de ses hommes grâce à la voix de la chanteuse… », précise l'article Nelly Martyl sur le site memorial-verdun.fr.

La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris
La cantatrice se produisait fréquemment sur les planches de ce théâtre itinérant, chantant un répertoire classique et patriotique aux soldats français. (Image : capture d'écran / memorial-verdun.fr )

Un écrivain historien se pique d'intérêt pour Nelly et témoigne des belles valeurs de sa vie oubliée

Philippe Nessmann, historien, auteur de nombreux ouvrages, notamment pour la jeunesse, s'est pris d'un vif intérêt pour Nelly Martyl. Il a écrit un livre sur sa vie exemplaire et pourtant méconnue. Il a fait beaucoup de recherches fructueuses sur son parcours, sa personnalité, malgré qu'elle n'ait rien écrit sur elle et qu'elle soit tombée dans l'oubli. 

Elle n'eut pas d'enfants qui auraient pu maintenir la mémoire de sa vie hors du commun. Heureusement, elle garda beaucoup d'archives de ses carrières de chanteuse et d'infirmière. Sa sœur, elle aussi cantatrice d'opéra, hérita de ces archives et les transmit aux bonnes personnes, sauvant ainsi en grande partie la mémoire de Nelly.

La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris
Heureusement, Nelly garda beaucoup d'archives de ses carrières de chanteuse et d'infirmière, sa sœur en hérita et les transmit aux bonnes personnes. (Image : wikimedia / Agence Rol / Domaine public)

Dans un podcast Passeurs d'histoires du site le-souvenir-français.fr, il s'interroge sur les raisons de son engagement dans la Grande Guerre, alors qu'elle menait jusque-là une brillante carrière de chanteuse. Il y eut un drame : elle perdit son père, puis peu après sa mère, alors qu'elle n'avait que dix-huit ans. Elle eut la chance de rencontrer Léopold Bellan, humaniste philanthrope, qui l'aida à intégrer le Conservatoire, passer les concours et devenir cantatrice.

Nessmann pense qu'elle fut reconnaissante de ce que la France lui avait donné : elle alla à l'école publique, au Conservatoire, puis à l'Opéra-comique, Léopold Bellan l'aida. Donc elle reçut : quand elle eut besoin d'être aidée, la France était là, les personnes étaient aussi là pour l'aider. « Lorsque la France a eu besoin des Français, elle a dit : je serai là, je veux être là ! » imagine l'écrivain.

Un engagement demandant beaucoup de courage et d'abnégation

Beaucoup de femmes s'engagèrent au début de la guerre pour secourir les soldats blessés, mais beaucoup aussi renoncèrent. « Amputer un bras, s'occuper de la gangrène d'un blessé, c'est extrêmement dur. Elle, elle a été jusqu'au bout, elle a fait les quatre années de conflit en tant qu'infirmière », souligne Paul Nessmann. Le courage et l'entrain de Nelly Martyl furent reconnus dès le début de la guerre. Tous les gradés qui la côtoyèrent pouvaient en témoigner. 

La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris
Le courage et l'entrain de Nelly Martyl pour prendre soin des soldats furent reconnus dès le début de la guerre. (Image : wikimedia / Georges Scott / Domaine public)

À Verdun, son double rôle d'infirmière (comme anesthésiste, assistante de chirurgien, soins post-opératoires et autres tâches de toutes sortes) et de chanteuse était exigeant, difficile à tenir. Mais elle avait un grand cœur et beaucoup d'énergie. Le soir elle chantait, dans le théâtre de campagne créé par son mari, pour tous les soldats qui le voulaient, les divertissant de la guerre et leur remontant le moral. 

Philippe Nessmann confie : « durant toute la guerre, elle a eu ce double rôle : soigner les corps des blessés et soigner les cœurs par ses chansons ». Cette femme qui avait été une diva admirée, posant dans les magazines de mode en vêtement de fourrure, avait renoncé à tout, pour soigner les soldats et leur apporter du réconfort.  

La cantatrice Nelly Martyl renonça à sa brillante carrière pour soigner les soldats blessés et meurtris
Son attrait pour l'action humanitaire resta bien ancré, et elle créa en 1929 la fondation Nelly Martyl pour venir en aide aux nécessiteux. (Image : wikimedia / Agence Rol / Domaine public)

Après la guerre, Nelly reprit sa carrière de cantatrice, mais ne retrouva jamais le succès d'avant-guerre. L'opéra-comique était passé de mode, le Tout-Paris préférait maintenant le music-hall. Elle donna alors des cours de chant.

Cependant, son attrait pour l'action humanitaire resta bien ancré en elle. Elle créa en 1929 la fondation Nelly Martyl pour venir en aide aux nécessiteux. Tous les gens du quartier qui n'avaient pas les moyens de payer un médecin, pouvaient venir se faire soigner gratuitement dans son dispensaire, rue de Belleville à Paris.

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