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Histoire. Michel de Montaigne, le génie littéraire qui inspire encore écrivains, philosophes et dirigeants

FRANCE > Histoire

Michel de Montaigne a créé un genre littéraire, l’essai. Il a posé les fondements d’un mouvement : l’humanisme. Il a attiré les monarques fascinés par ses talents de négociateur. Son style inimitable est criant de modernité. Quel homme se cache derrière ce génie de la littérature française ?

Naissance et formation de haut niveau

Michel Eyquem de Montaigne est né à Saint-Michel de Montaigne le 28 février 1533. En réalité, le nom à l’époque se prononçait « montagne ». Montaigne explique à ce propos : « ma maison est juchée sur un tertre comme dit son nom ». Son arrière-grand père d’origine bordelaise s’était enrichi après avoir acquis les terres nobles de la Montagne, situées aux confins de l’actuel Périgord et du Bordelais. Sa mère, Antoinette Lopez de Villanova vient d’une riche famille juive espagnole. 

Le père de Montaigne Pierre Eyquem, un éminent magistrat, entend donner à son fils un enseignement soigné. Plongé en immersion totale de la langue latine, Montaigne apprend dès l’âge de six ans la langue de Virgile. Un précepteur venu d’Allemagne s’adresse au jeune Montaigne uniquement en latin, la langue de l’élite européenne. Les domestiques eux-mêmes doivent s’adresser à l’enfant dans cette langue : l’immersion devait être totale. En conséquence Montaigne parvint à parler parfaitement le latin.

Michel de Montaigne et Étienne de La Boétie : une amitié légendaire

C’est au collège de Guyenne à Bordeaux que Montaigne étudie pour entreprendre des études de droit qui le conduisent à la magistrature. Il devient conseiller à Périgueux en 1556 puis à Bordeaux en 1557. Il rencontre un autre magistrat, poète et écrivain de trois ans son aîné, Étienne de La Boétie. Les deux hommes se lient d’amitié pour former les amis les plus célèbres de la littérature française. Les deux noms Montaigne et La Boétie sont étroitement liés. « Dans l’amitié dont je parle, les âmes s’unissent et se confondent de façon si complète qu’elles effacent et font disparaître la couture qui les a jointes. » commentera plus tard Montaigne. Quand il aura à expliquer cette profonde amitié, il s’exprimera ainsi :

« Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. » Partageant les idées humanistes de son aîné, Montaigne resta longtemps dévasté par la disparition prématurée de ce dernier emporté par la maladie le 18 août 1563. La Boétie n’avait que 32 ans.

Michel de Montaigne, le génie littéraire qui inspire encore écrivains, philosophes et dirigeants
Montaigne rencontre un autre magistrat, poète et écrivain de trois ans son aîné, Étienne de La Boétie. (Image : wikimedia / Tommy-Boy, CC BY-SA 4.0)

À la mort de son père, des années plus tard, Michel de Montaigne hérite de ses titres et de ses terres. Il vend sa charge de magistrat pour se retirer dans le château familial. Il décide de se consacrer à l’écriture. Il entame son œuvre majeure, Les Essaisauxquels il consacrera plus de trente ans de son existence. Son immense « librairie » personnelle lui sera d’un grand secours. La première édition des Essaisregroupant deux livres date de 1580.

Une œuvre unique, originale et fondatrice : Les Essais

Les guerres de religion font rage en France. Survient la terrible nuit de la Saint-Barthélémy, où sont massacrés nombre de protestants français, la nuit du 23 au 24 août 1572. C’est au cours de cette même année 1572 que Michel de Montaigne entame l’œuvre de sa vie, devenue une œuvre universelle, empreinte d’un certain modernisme. On y retrouve la méthode socratique du questionnement axée sur la connaissance de soi et la remise en question permanente. Le « que sais-je ? » remplace le « connais-toi toi-même ». Ainsi, vous l’aurez compris, Michel de Montaigne est à l’origine de ces petits fascicules au format si populaire, appelés les « que sais-je » ? Montaigne fait appel à l’introspection pour mettre à jour la complexité de l’être humain, utilisant ses propres expériences sans verser dans le narcissisme cependant. Il avoue : 

« Je suis moi-même la matière de mon livre ».

Les sujets favoris de Montaigne sont les suivants : la tolérance et la modération, l’éducation, l’humanisme et la liberté.

Tolérance et modération

Face à la violence et l’extrême, Montaigne prône la tolérance et la modération.

« Une extrême justice est souvent une injure. Il est dans la tolérance un degré qui confine à l’injure. » En d’autres termes, Montaigne rappelle que l’excès nuit en toutes choses.

Éducation novatrice

Nous l’avons évoqué plus haut, dès son plus jeune âge, Montaigne a bénéficié de méthodes éducatives particulièrement novatrices et efficaces. Dans ses Essais, l’écrivain du XVIe siècle emploie des formules de choc qui sont passées à la postérité telles que :

« Mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine ».

Humanisme et liberté

D’après la définition du dictionnaire de l’Académie française, l’humanisme est un « mouvement d’idées qui se développa en Europe aux XVe et XVIe siècles, et qui prônait la redécouverte de la pensée antique et l’examen critique des textes grecs et latins. » Pour Michel de Montaigne, plus simplement, l’humanisme est un mouvement qui place l’humain au centre de nos réflexions dans l’intérêt d’autrui. Il le considérait comme une voie de liberté pour l’homme. « La vraie liberté, c’est de pouvoir toute chose sur soi. »

Michel de Montaigne, le génie littéraire qui inspire encore écrivains, philosophes et dirigeants
À la mort de son père, des années plus tard, Michel de Montaigne hérite de ses titres et de ses terres. Il vend sa charge de magistrat pour se retirer dans le château familial. (Image : wikimedia / Henry SALOMÉ, CC BY-SA 4.0)

Une vie publique exemplaire

Montaigne ne s’est pas contenté de se retirer dans son château pour se consacrer à la littérature. Il a mené une vie publique intense : il occupe le poste de maire de Bordeaux pendant cinq ans, de 1580 à 1585. Ses talents de négociateur ont attiré l’attention du roi de France Henri II qui en fait un gentilhomme élevé au grade de chevalier de l’ordre de Saint-Michel en 1573. 

Il décide de voyager à travers l’Europe pour soigner sa maladie, la gravelle et aussi pour observer le monde. Il s’éteint le 15 septembre 1592, vaincu par la maladie mais sa flamme continue d’éclairer les consciences du monde moderne.

Collaborateur Evelyne Boilève

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