Tout au long de sa carrière militaire, il porta très haut les qualités de courage, de loyauté, de droiture et de générosité. Le chevalier Bayard est resté, dans la mémoire collective française, une incarnation de l'idéal chevaleresque médiéval. Son surnom de « chevalier sans peur et sans reproche » lui fut donné de son vivant et il a persisté jusqu'à aujourd'hui.
Pierre Terrail était seigneur du château de Bayard dans l'Isère. Il fut l'un de ces personnages historiques dont l'existence exemplaire fit naître une légende qui traversa les siècles.
Un milieu familial et un parcours d'apprentissage militaire dans le respect des valeurs chevaleresques
Les Terrail étaient des nobles dauphinois. Depuis cinq générations, cette famille avait vu périr quatre de ses membres dans la Guerre de Cent Ans. Le père de Pierre, lui-même, était un grand blessé de guerre. Bien que nobles, les Terrail n'étaient pas riches et ne menaient pas grand train de vie. Leur « château » était en réalité une simple maison-forte avec une tour, et la famille ne possédait que sept hectares de terres.
Pierre Terrail, futur chevalier de Bayard, naquit vers 1475, et vécut son enfance au sein d'une famille nombreuse. À 11 ans, il eut la chance, grâce à son oncle maternel, évêque de Grenoble, de commencer de modestes études à l'école cathédrale de cette ville.
La mère de Pierre était très pieuse. Elle venait d'une famille qui avait déjà « offert » au monde chrétien un cardinal et plusieurs évêques. Elle éleva donc Pierre dans la foi chrétienne. La religion et la foi en Dieu furent des composantes essentielles de la personnalité du futur chevalier.

Quand il eut 13 ans, il put obtenir, grâce à l'oncle maternel, une place de page (serviteur) à la cour du Duc de Savoie. Celui-ci fut séduit par sa nature allègre et son adresse à manier un cheval.
Son service à la cour du Duc de Savoie lui permit d'apprendre les arts de la chevalerie, et de faire un apprentissage des armes à Turin. Le roi de France Charles VIII, remarqua un jour Pierre Terrail et fut émerveillé par le sang-froid et la grâce du jeune chevalier. Le jeune homme put terminer ses études militaires à la cour de France. À 17 ans, envoyé par le roi, il rejoignit en qualité d'homme d'armes la Compagnie du comte de Ligny.
Dans cette compagnie dès 1493, il eut l'occasion de faire connaître sa bravoure et son agilité dans le maniement des armes. Il prit part aux nombreux affrontements de la guerre d'Italie, sous Charles VIII. Il se distingua rapidement par son talent à l'épée, son sens du devoir et son comportement exemplaire sur les champs de bataille.
Les guerres de la France contre l'Italie et le Saint-Empire romain germanique avaient des causes dynastiques et stratégiques. C'était aussi un affrontement des puissances rivales françaises et germaniques dans un but d'hégémonie sur l'Europe. En 1494, Charles VIII entreprit de faire valoir ses droits sur Naples, ses successeurs Louis XII et François Ier continuèrent les guerres d'Italie en revendiquant aussi le Milanais. Bayard se mit successivement au service de ces trois rois.
La difficile conquête de territoires en Italie
À la bataille de Fornoue en 1495, alors qu'il n'était encore qu'un simple homme d'armes, Pierre Terrail captura un étendard ennemi qu'il rapporta à son roi. Pour cet acte de bravoure exceptionnel, il fut adoubé chevalier sur le champ de bataille.
Quand son père mourut en 1496, Pierre prit le titre de seigneur de Bayard. Il fut dès lors appelé Chevalier Bayard.
Il ne reculait pas devant le danger et était toujours au premier rang des combats. Il refusait de fuir même dans les situations les plus périlleuses. Sa bravoure devint légendaire. Son courage n'était pas une simple témérité, mais s'enracinait dans sa foi en Dieu. Il considérait sa vie comme étant entre les mains de la Providence divine, et affrontait ainsi les dangers sans crainte excessive.

Bayard s'illustra sur un pont du fleuve Garigliano en 1503 où il résista seul face à une troupe de soldats espagnols. Il couvrit ainsi la retraite de ses compatriotes. « Le pont, fort étroit, imposait aux Espagnols de se présenter un à un devant Bayard, resté seul à l’arrière-garde. La vaillance, l’adresse et l’endurance de Bayard firent merveille », rapporte le site histoiredumonde.net dans l'article Pierre Terrail de Bayard.
Malgré plusieurs blessures, il réussit à tenir ses adversaires en échec, jusqu'à l'arrivée de renfort. Son action avait permis aux troupes françaises de se regrouper et d'éviter une déroute.
Un cœur bienveillant et généreux, un profond engagement chevaleresque
Nombre de ceux qui cotoyèrent le chevalier Bayard, témoignèrent de sa dévotion sincère. Ce n'était pas, comme pour beaucoup, une simple conformité sociale. C'était une foi vécue au quotidien. Bayard pratiquait régulièrement la prière et assistait à la messe. Avant chaque bataille, il se confessait et communiait, considérant que le combat à venir pouvait être le dernier.
Lors de cette même bataille de Garigliano, ayant capturé un groupe de soldats, le chevalier Bayard les traita avec bienveillance et les libéra avec leurs armes. Cet acte reflétait son profond engagement chevaleresque, considérant ses ennemis avec respect, malgré les coutumes de l'époque où la clémence était rare.
Le chevalier était également juste et généreux envers les populations locales lors de ses campagnes. « Il payait souvent de sa propre poche pour les dommages causés par ses troupes. » indique Christophe de Guibert dans l'article Le chevalier Bayard, un héros pour aujourd'hui ? sur le site magazine-louis.com.

Le désintéressement du chevalier Bayard envers les biens matériels et l'argent s'inscrivait dans une perspective chrétienne de détachement des biens terrestres. Il préférait être pauvre mais honorable plutôt que de s'enrichir par des moyens qu'il jugeait contraires à l'éthique chrétienne.
Duel entre le chevalier Bayard et Alonzo de Soto Mayor
Ce duel est resté dans l'imaginaire collectif comme un des événements les plus révélateurs des valeurs de la chevalerie médiévale. Dom Alonzo, officier espagnol de haut rang, avait été fait prisonnier par le chevalier Bayard, lors d'une bataille. Il fut traité avec beaucoup d'égards et de générosité, Bayard allant même jusqu'à ne retenir Dom Alonzo que par sa seule parole donnée de ne pas s'enfuir.
Pourtant un jour cette confiance fut trahie mais Bayard, réussissant à rattraper le fugitif, lui infligea comme punition une brève incarcération. Quand finalement il fut libéré et revint près des siens, laissant libre cours à sa blessure d'amour-propre, il se plaignit de maltraitance pendant son emprisonnement chez Bayard.

Apprenant les médisances de Dom Alonzo et soucieux de laver son honneur de chevalier, Bayard lui demanda des excuses publiques. Dom Alonzo ne voulut pas revenir sur ce qu'il avait dit, alors le chevalier le défia en duel pour réfuter toute allégation de conduite indigne. L'Espagnol accepta le duel. Il en fixa d'ailleurs les modalités pour se mettre en position avantageuse. Bayard accepta sans sourciller toutes les conditions d'Alonzo de Soto Mayor, affirmant « Lorsqu’on a une juste cause, peu importe la position dans le combat », selon l'article Histoire de Pierre du Terrail, dit le chevalier Bayard, sans peur et sans reproche de M. Guyard de Berville.
Les deux hommes s'affrontèrent à cheval sous les regards de leurs armées respectives. Bayard fut habile et vaillant. Grâce à sa force, sa maîtrise et sa dextérité, après plusieurs vigoureuses passes d'armes, il fit tomber son adversaire. Bayard mit pied à terre pour continuer le combat et par une feinte subtile réussit à transpercer une pièce de l'armure de l'Espagnol. Grièvement blessé, celui-ci s'engagea dans un corps-à-corps désespéré, mais Bayard, plus vif et précis, le poignarda mortellement entre le nez et l’œil gauche. L’Espagnol s’effondra, tué sur le coup.
Plus que l'audace et la maîtrise du combat, c'est la noblesse d'âme du chevalier Bayard qui interpella les esprits. Il regretta sincèrement d'avoir ôté la vie à un homme de valeur, il avait souhaité laver l'offense sans effusion de sang. Il se jeta à genoux, rendant grâce à Dieu dans une attitude chevaleresque où se révélait sa vertu intérieure.

La montée en grade due au mérite du chevalier Bayard et son adoubement de François Ier
Au début de l'été 1509, Bayard fut élevé militairement au rang de capitaine. Cette nomination était exceptionnelle, car ce rang était habituellement réservé à la haute noblesse. Il ne l'obtenait donc pas par son rang social, mais par son mérite militaire, sa bravoure et la reconnaissance unanime de ses compagnons d'armes et du roi.
Cependant, au terme de nombreuses confrontations, victoires et défaites et de nombreux faits d'armes exceptionnels, l'ambition militaire de la France en Italie, souvent glorieuse jusque-là, déclina peu à peu. Le chevalier Bayard, affaibli par ses nombreuses blessures et ses années de combat, se retira quelques temps auprès de son oncle maternel, l'évêque de Grenoble.
Quand François Ier devint roi en 1515, le chevalier reprit son service dans l'armée française et multiplia les exploits militaires. Au soir de la victoire de Marignan en septembre 1515, au sud de Milan, de nombreux jeunes nobles furent armés chevaliers par leur capitaine. Sur sa propre demande insistante, François Ier lui-même fut adoubé par Bayard, ce qui révélait le prestige moral dont le chevalier bénéficiait aux yeux du roi et de tous, non sans raison.

Soucieux du sort des gens du Dauphiné
Parallèlement à sa carrière militaire active, le chevalier Bayard fut nommé Lieutenant général du Dauphiné par le roi. Pendant neuf ans jusqu'à sa mort, il se distingua dans sa province par son dévouement et ses compétences d'administrateur. Il dut lutter fermement contre la peste, la famine, les inondations. Il prit des mesures pour mieux gérer ces fléaux. Il dut aussi lutter contre les pillards qui profitaient sans scrupules des calamités et contre les spéculateurs qui opprimaient le peuple dans les mêmes circonstances.
« En effet, Bayard s'était fortement impliqué dans l'aide aux déshérités, aux malades, aux pestiférés et même aux prisonniers, exigeant que tous soient correctement traités et nourris. Il n'hésitait pas à couvrir les frais de cette assistance en payant de sa poche. A propos de son action humanitaire, nombre d'historiens font remarquer que Bayard n'a pas été beaucoup aidé par son cousin l'évêque, bien moins compatissant que lui à la misère humaine », révèle l'article Histoire du chevalier Bayard sur le site lechevalierbayard.free.fr.
Une histoire d'amour
Dans un contexte de guerres, d'invasions et de conquêtes où les soldats se livraient parfois aux pillages et aux viols, Bayard se distinguait par sa chasteté et son respect des femmes. Il était d'ailleurs intransigeant sur ces questions avec les hommes qu'il commandait.
Le chevalier Bayard ne se maria jamais mais il eut une histoire d'amour. Lorsqu'il était page à la cour du duc de Savoie, il fit la connaissance d'une demoiselle originaire du Milanais. Le départ de Bayard pour servir le Roi de France et les déplacements du duc de Savoie les séparèrent.

Cependant, ils continuèrent d'entretenir une relation par correspondance. La jeune femme se maria finalement avec un grand seigneur, un homme puissant et fortuné, empêchant alors toute possibilité de mariage avec Bayard. Néanmoins, ils furent heureux de se retrouver bien des années plus tard et un lien d'amitié entre eux persista jusqu'à la fin de leur vie.
Leur liaison, hors mariage, avait donné naissance à une fille, Jeanne Terrail. Malgré la religion et les conventions sociales de l'époque, Jeanne fut totalement acceptée au sein de la famille Bayard. Son père assuma ses responsabilités et lui fit donner une excellente éducation. Elle gagna l'estime de son entourage et on la considérait comme une nièce légitime du chevalier.
Cette reconnaissance sincère envers Jeanne soulignait aussi le profond respect de la famille Bayard envers son chevalier.
La mort au combat du chevalier Bayard, lucide et exemplaire.
En 1523, François Ier et son armée royale préparèrent la reconquête du Milanais. Le roi rappela à ses côtés l'intrépide et habile chevalier Bayard.
Malheureusement, le 30 avril 1524, au petit village de Rovasenda près de Milan, lors d'une retraite de l'armée française, Bayard, à l'arrière-garde, fut assailli par des cavaliers ennemis et reçut une pierre d'arquebuse au flanc droit qui lui brisa la colonne vertébrale.
Blessé à mort, il ordonna à ses compagnons d'armes de le quitter pour ne pas être pris. Tombant de cheval, l'armée ennemie le fit prisonnier. Il fut déposé au pied d'un arbre. Les chefs ennemis vinrent près de lui et lui manifestèrent de la compassion.
Le connétable de Bourbon, qui s'était retourné contre le roi de France et s'était mis au service de l'empereur Charles Quint, vint aussi devant le chevalier Bayard. Il lui aurait dit : « Ah! Monsieur de Bayard, que j'ai grand-pitié de vous voir en cet état, vous qui fûtes si vertueux chevalier ! » À quoi le chevalier mourant aurait répondu : « Monsieur, il n'est besoin de pitié pour moi, car je meure en homme de bien ; mais j'ai pitié de vous, car vous servez contre votre prince et votre patrie ! »

Ces dernières paroles du chevalier Bayard résumaient bien sa vie de droiture et de loyauté et en même temps son altruisme et sa préoccupation du salut des autres. Sa mort, publique et édifiante, fut parfois décrite comme une sorte de « passion » chevaleresque : adossé à l’arbre, il exhorta la noblesse de France à la piété et à la fidélité. Puis il demanda qu'on lui apporte un crucifix et il le serra contre son cœur. Il se confessa, reçut les derniers sacrements et pria jusqu'à son dernier souffle.
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