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Histoire. Le sourire d’un ange dans l’enfer de Diên Biên Phu

FRANCE > Histoire

L'infirmière Geneviève de Galard devint célèbre par son engagement volontaire et intense à la bataille de Diên Biên Phu, pendant la guerre d'Indochine, où elle soigna les blessés jusqu’à la chute du camp. Elle fut surnommée «  l’ange de Diên Biên Phu » en raison des soins indispensables, de la bienveillance et du réconfort qu'elle sut apporter à des milliers de soldats blessés ou mourants. 

Elle était la seule infirmière présente sur le camp durant cette bataille très meurtrière. Elle fut admirée pour son courage et son dévouement.

Un rêve de petite fille qui devint réalité

Geneviève de Galard (1925-2024) grandit dans une famille parisienne catholique de militaires aisés. Petite, elle se déguisait déjà en infirmière et faisait des pansements à ses camarades de jeu. Ainsi attirée par les soins, plus grande, elle s'engagea dans des activités auprès des personnes handicapées. Elle obtint son diplôme d’État d’infirmière en 1950

Geneviève réussit le concours de convoyeuse de l'Armée de l’air en 1952. Elle demanda à être affectée en Indochine à partir de mai 1953, par volonté de soigner les blessés même dans des situations extrêmes. Elle fut rattachée à l’hôpital Lanessan de Hanoï et participa aux évacuations sanitaires aériennes.

Le sourire d'un ange dans l'enfer de Diên Biên Phu
L'infirmière réussit le concours de convoyeuse de l'Armée de l’air en 1952 et demanda à être affectée en Indochine à partir de mai 1953. (Image : wikimedia / Sam Silverman / CC0)

L'engagement de Geneviève de Galard sur le camp de Diên Biên Phu

En 1953-1954, Geneviève de Galard assura des évacuations de blessés depuis Pleiku, une ville du centre du Vietnam et, à partir de janvier 1954, depuis le camp retranché de Diên Biên Phu, au début surtout pour des malades, ensuite pour des combattants blessés.

Le matin du 28 mars 1954, son avion sanitaire devait se poser à Diên Biên Phu pour rapatrier les blessés de la veille. Vers six heures, l'avion atterrit tous feux éteints, mais le réservoir d'huile fut percé par un des pieux de clôture longeant la piste. Les mécaniciens s'affairèrent à réparer, mais vers dix heures trente, les rayons du soleil dissipèrent la brume de la mousson. Alors les soldats vietminh aperçurent l'avion et le bombardèrent. 

Touché par les tirs de mortier, l'avion fut dévoré par les flammes. Geneviève attendit la rotation du soir pour revenir avec des blessés à sa base, mais l'avion ne vint pas. Les rotations suivantes ne vinrent pas non plus. Par ailleurs, l'ennemi déclencha une grande offensive militaire. Sa puissance de feu se déchaîna sur la totalité du camp retranché.

La piste d'aviation fut rendue inutilisable par l’artillerie vietminh. Geneviève sut qu'elle ne pourrait plus rentrer à Hanoï avec des blessés.​ Elle devint alors la seule infirmière française présente dans la cuvette, travaillant au côté des chirurgiens militaires et des autres infirmiers dans des abris souterrains surpeuplés et insalubres.

Le sourire d'un ange dans l'enfer de Diên Biên Phu
La piste d'aviation fut rendue inutilisable par l’artillerie vietminh, le ravitaillement en matériel et nourriture ne pouvait plus qu'être largué par des avions venant de la base aérienne française de Haiphong. (Image : wikimedia / The Central Intelligence Agency / Domaine public)

Malgré l'hostilité initiale du personnel médical masculin, elle fut peu de temps après acceptée et appréciée pour son courage et son dévouement. L'infirmière de 29 ans soigna et accompagna pendant près de deux mois plus de 3000 soldats blessés. Tous les blessés souhaitaient qu'elle soit là dans les moments les plus éprouvants.

Le 29 avril 1954, sur le camp, le général de Castries la fit nommer chevalier de la Légion d'honneur et lui décerna la Croix de guerre. Il prononça cette citation : « A suscité l’admiration de tous par son courage tranquille et son dévouement souriant. D’une compétence professionnelle hors pair et d’un moral à toute épreuve, elle fut une auxiliaire précieuse pour les chirurgiens et contribua à sauver de nombreuses vies humaines. Restera pour les combattants de Diên Biên Phu la plus pure incarnation des vertus héroïques de l’infirmière française », extrait du média theatrum-belli.com, dans l'article In Memoriam – Geneviève de Galard Terraube, l'Ange de Diên Biên Phu.

Le contexte de la bataille de Dien Bien Phu et l'enjeu des guerres au Vietnam

La guerre d'Indochine avait commencé en 1946 lorsqu'après l'occupation japonaise, la France tenta de reprendre le contrôle de ses colonies du sud-est asiatique, face au Vietminh du leader communiste Hô Chi Minh qui avait proclamé l'indépendance. D'abord guerre de décolonisation, le conflit prit une autre dimension à partir de 1949-1950 : la victoire du Parti communiste en Chine permit au Vietminh d'obtenir un soutien militaire massif du PCC. Cependant les États-Unis, au nom de la lutte contre le communisme, finançaient l'effort de guerre français. 

La bataille de Diên Biên Phu du 12 mars au 7 mai 1954 fut un affrontement décisif qui mit fin à la guerre d'Indochine et à l'occupation française dans cette région. Une garnison française d'environ 15 000 hommes prit le contrôle d'une cuvette isolée de 7 km sur 18, au nord-ouest du Vietnam, près de la frontière laotienne. L'objectif des forces françaises était, à partir de cette base, de détruire les forces armées du Vietminh (Front pour l'indépendance créé par le Parti communiste indochinois) du général Giap.

Le sourire d'un ange dans l'enfer de Diên Biên Phu
La bataille de Diên Biên Phu du 12 mars au 7 mai 1974 fut un affrontement décisif qui mit fin à la guerre d'Indochine et à l'occupation française dans cette région. (Image : wikimedia / BrunoLC / CCO)

À Diên Biên Phu, l'état-major français sous-estimait gravement la capacité militaire du Vietminh à déployer une artillerie lourde dans le terrain montagneux tout autour. La garnison se retrouva progressivement encerclée par cent mille soldats communistes vietminh, équipés de deux cent canons chinois. Rapidement, le camp français fut privé de piste d'aviation praticable et de tout autre accès. 

Après 57 jours de combats acharnés sous des bombardements incessants, le camp retranché tombait le 7 mai 1954. Sur les quelque 11 000 soldats français faits prisonniers, seuls 3300 survécurent aux déplacements et longues marches forcées, aux tortures, au manque de nourriture et de soins, etc. Ils furent libérés en septembre 1954.

Cette défaite majeure de l'armée française amena à la signature des accords de Genève en juillet 1954, qui mirent fin à la présence coloniale française et divisèrent le pays, pendant quelques années, en Nord-Vietnam contrôlé par le Vietminh communiste, et Sud-Vietnam encore libéral.

Le sourire d'un ange dans l'enfer de Diên Biên Phu
Sur les quelque 11 000 soldats français faits prisonniers à Diên Biên Phu, seuls 3300 survécurent aux déplacements et longues marches forcées, aux tortures, au manque de nourriture et de soins, etc. (Image : wikimedia / Stringer, AFP / Domaine public)

La bataille de Diên Biên Phu marqua une transition dans la guerre au Vietnam. Un an après cette bataille, des hostilités reprirent progressivement et débouchèrent sur une guerre entre le Sud-Vietnam, appuyé par les États-Unis, et le Nord-Vietnam, soutenu par la Chine et l'URSS. 

Les soldats américains prirent la place des français dans le bourbier vietnamien et furent confrontés à des guerillas intenses au cœur de la jungle. Cette seconde phase qui dura jusqu'à la chute de Saïgon en 1975, fit plusieurs millions de victimes et vit la réunification du pays sous le régime communiste du Nord.   

L'efficacité des soins et l'empathie d'une infirmière résiliente

 « Seule au milieu de tous ces hommes, Geneviève enjambe les suppliciés dans la pénombre. Les soldats aux membres déchiquetés sont entassés tant bien que mal à l’entrée du boyau servant d’accès à la salle d’opération. Ils sont à découvert, baignent dans leur sang. La chaleur est insoutenable, l’odeur écœurante », écrit Marie-Laure Buisson dans l'article Geneviève de Galard : « Je n'ai fait que mon devoir », sur le site defense.gouv.fr.  

Le camp était maintenant isolé du reste du monde. Le médecin-commandant Grauwin cachait son désespoir, car il aurait fallu dix fois plus de personnel. Le centre de soins était installé dans un abri sous-terrain, sous deux mètres de terre. Un couloir étroit desservait une salle d'opération, une salle de réanimation, une salle radio et un dortoir avec des lits superposés en métal. La chaleur dépassait les 50 degrés.

Le sourire d'un ange dans l'enfer de Diên Biên Phu
Le camp était maintenant isolé du reste du monde. Le médecin-commandant  cachait son désespoir, car il aurait fallu dix fois plus de personnel. (Image : wikimedia / Rundvald / CC BY-SA 4.0)

Dans tout ce fracas et ce tremblement sous les tirs d'obus, dans toute cette souffrance dans la chair et le cœur des hommes, Geneviève gardait une résilience mentale, physique et psychologique inébranlable, un moral d'acier. Elle bravait les bombardements, franchissait les tranchées et les barbelés, pour apporter des nouvelles, des médicaments, du tabac dans les abris du camp les plus éloignés.

Sur le champ de bataille, elle n'avait pas peur de mourir. Elle tenait sa foi de ses parents, tout comme la certitude que la mort n'était qu'un passage. « Dieu était présent, c'était une force », se souvint-elle lors d'une interview de Morgane Afif du média Aleteia. Geneviève accompagnait les mourants pour « sauver l'homme par tous les moyens » sans imaginer « abréger les souffrances » : soulager, toujours, mais tuer, jamais.

Au fil des jours, les blessés affluaient toujours plus. Geneviève allait de lit en lit, administrait des piqures, de la morphine, refaisait les pansements, caressait un front et mille autres choses pour maintenir les chances de survie et pour garder le plus possible d'humanité dans l'enfer de la guerre.

« Sa douceur rend supportables ces soins qui prennent des heures, et ces journées qui sont supplices. Par la grâce d’un sourire, d’une main posée sur un front, elle calme les angoisses, apaise les tourments et accompagne les mourants. Tous réclament sa présence », poursuit l'auteur Marie-Laure Buisson.

Le sourire d'un ange dans l'enfer de Diên Biên Phu
L'ancienne infirmière maintenait des liens étroits avec les vétérans de Diên Biên Phu et participait régulièrement à des commémorations. (Image : Capture d'écran / france3-regions.franceinfo.fr)

Les derniers soins aux blessés après la reddition et l'immense hommage du peuple de France et des États-Unis 

Le 7 mai 1954 au soir, le camp tomba aux mains des Vietminh. Les canons se turent. Geneviève de Galard fut faite prisonnière avec tout le personnel médical, cependant les autorités vietminh les autorisèrent à continuer les soins aux blessés. Elle fut heureuse de pouvoir maintenir un minimum de soins aux blessés, leur donnant ainsi plus de chance de guérir leurs blessures. 

Elle écrivit une lettre à Hô Chi Minh lui-même, pour le remercier du maintien des soins et lui demanda la libération de certains blessés, démarche humanitaire qui dépassait le cadre strictement militaire.

Lorsque les Vietminh commencèrent à mettre de côté du matériel pour leur propre usage, elle cacha des médicaments et des pansements sous son lit pour les réserver aux blessés les plus atteints. Le 24 mai, elle fut contrainte malgré elle de faire ses adieux aux derniers combattants soignés.

De retour en France, elle dut faire face à une immense popularité à laquelle elle ne s'attendait pas. Très humble et respectueuse de tous les soldats de Diên Biên Phu, de ceux qu'elle soigna, de ceux qu'elle vit mourir, elle refusa des sommes considérables proposées par des agences de presse pour l'exclusivité de son témoignage. Elle déclina également une proposition d'adaptation cinématographique.

Geneviève épousa en 1956 le colonel Jean de Heaulme. (Image : capture d'écran / fr.aleteia.org)

Elle se réfugia chez sa sœur en Bretagne pour répondre au courrier que lui adressaient les familles de ceux qui étaient restés en Indochine. Geneviève fut invitée aux États-Unis où elle fut acclamée par la foule à New-York. Le président Eisenhower la décora de la Médaille de la Liberté.

Elle épousa en 1956 le colonel Jean de Heaulme. Elle mit fin alors à sa carrière militaire mais continua toute sa vie à s'occuper de personnes handicapées, notamment au centre de rééducation des Invalides. Elle maintenait des liens étroits avec les vétérans de Diên Biên Phu et participait régulièrement à des commémorations.

Geneviève a quitté ce monde en 2024 et son époux en 2025, âgés respectivement de 99 et 102 ans. Toute sa vie, elle incarna l'humilité absolue, répondant toujours aux questions sur son héroïsme par ces mots simples : "Je n'ai fait que mon devoir."

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