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Culture. La brillante marquise de Sévigné, reine de l’écriture et témoin privilégié de son temps 

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Elle a entretenu vingt-cinq années durant une correspondance flamboyante avec sa fille, brossant un tableau piquant de son époque. Vous aurez reconnu la brillante marquise de Sévigné ayant vu le jour il y a tout juste quatre cents ans. L’année 2026 est dédiée toute entière à cette illustre reine de l’écriture.

La brillante marquise de Sévigné, reine de l’écriture et témoin privilégié de son temps 
Marie de Rabutin-Chantal, la future marquise de Sévigné est née à l’hôtel de Coulanges situé au cœur de Paris. (Image : wikimedia / Bruno befreetv, CC BY-SA 3.0)

Une éducation de qualité au sein d’un milieu chaleureux

Marie de Rabutin-Chantal, la future marquise de Sévigné ou tout simplement Madame de Sévigné est née le 5 février 1626 à l’hôtel de Coulanges situé au cœur de Paris. Ayant perdu son père à l’âge de un an puis sa mère à l’âge de six ans elle fut élevée par des grands-parents et des oncles bienveillants et reçut une éducation très raffinée. En 1644, Marie de Rabutin épouse Henri de Sévigné, « un beau parti » issu de la vieille aristocratie bretonne. De leur union naîtront deux enfants, une fille et un garçon : Françoise, née en 1646 et Charles, né en 1648. Le mariage sera de courte durée : le marquis de Sévigné périt prématurément, frappé à mort au cours d’un duel.

Cependant, la brillante marquise de Sévigné alors âgée de 25 ans refuse de se remarier, préférant se consacrer à une vie mondaine et à l’éducation de ses enfants. Elle restera veuve jusqu’à sa mort survenue le 17 avril 1696 au château de Grignan.

La brillante marquise de Sévigné : une femme influente

La jeune et séduisante veuve s’inspire de sa présence assidue à la cour et dans les salons parisiens pour alimenter son abondante correspondance destinée à sa fille en particulier. Dans une lettre adressée à cette dernière, elle raconte l’épisode d’une soirée au théâtre marquée par la présence du roi Louis XIV :

« La mesure de l’approbation qu’on donne à cette pièce, c’est celle du goût et de l’attention. J’en fus charmée, et le maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au Roi combien il était content, et qu’il était auprès d’une dame qui était bien digne d’avoir vu Esther. Le Roi vint vers nos places, et après avoir tourné, il s’adressa à moi, et me dit : « Madame, je suis assuré que vous avez été contente ». Moi, sans m’étonner, je répondis : « Sire, je suis charmée. Ce que je sens est au-dessus des paroles. » 

La brillante marquise de Sévigné, reine de l’écriture et témoin privilégié de son temps 
Madame de Sévigné entreprend une impressionnante correspondance adressée à sa fille Françoise-Marguerite, comtesse de Grignan. (Image : wikimedia / Attributed to Pierre Mignard I / Domaine public)

Figure incontournable de la littérature française, épistolière de renom

Ainsi donc, la brillante marquise de Sévigné, s’exprimant dans une langue vivace et spontanée révèle une plume agile et souvent acérée. Elle acquiert le statut d’une épistolière de renom.

C’est à partir de l’âge de 45 ans que Madame de Sévigné entreprend cette impressionnante correspondance adressée à sa fille en particulier. Elle lui vouait un amour démesuré. L’éloignement de Françoise-Marguerite, comtesse de Grignan partie rejoindre son époux en Provence était pour elle une véritable torture. Il y avait aussi quelques lettres destinées à son cousin Roger de Bussy-Rabutin. Dans une lettre datée du 15 mars 1648 adressée à celui-ci, elle écrit : 

 « C’est vous cacher ma tendresse, mon cher cousin, le nature l’emporte sur la politique. J’avais envie de vous gronder depuis le commencement de ma lettre jusqu’à la fin mais je me fais trop de violence. Il me faut revenir à vous dire que Monsieur de Sévigné et moi nous vous aimons fort et nous parlons souvent du plaisir qu’il y a d’être avec vous ». Sur le site du magazine GEO, dans la rubrique Histoire, nous lisons :

« Parmi tous ces échanges épistolaires, ce sont les 620 lettres à sa fille qui restent sa plus grande œuvre. Quelque 28 lettres ont été publiées clandestinement en 1725 avant que la petite-fille de la marquise n’en publie officiellement 614 en 1734. Finalement, c’est un ensemble de 772 lettres qui a été publié en 1754 sous le nom de Lettres de Madame de Sévigné. Les passages livrant des informations trop intimes ou dont le style a été jugé trop médiocre ont été écartés de la publication ».

Nous pourrions citer également des lettres adressées à ses amies telles que Madame de La Fayette, femme de lettres connue pour son roman La Princesse de Clèves. Ces lettres ont un point commun, c’est qu’elles sont passées à la postérité et ont rendu célèbre leur auteur, Madame de Sévigné, devenue une référence en matière épistolaire.

Pourquoi les lettres de Madame de Sévigné ont-elles été publiées ?

Notons que les lettres de Madame de Sévigné n’étaient pas du tout destinées à être publiées. Si certaines missives relataient des faits publics relevant de la cour ou des faits historiques comme l’affaire Fouquet, la plupart des lettres de la marquise de Sévigné relevaient du privé, voire de l’intime. Pourquoi sa petite-fille comme indiqué plus haut a pris la décision de publier les lettres écrites par sa grand-mère décédée depuis 1696 ?

C’est que Pauline de Grignan a sans doute reconnu les qualités de la marquise : sa vivacité, son humour et son élégance ont l’art d’accrocher le lecteur. Quatre cent ans plus tard, nous savourons sa maîtrise de la langue, son talent de chroniqueuse. Nous aussi nous reconnaissons en elle une grande figure littéraire de son temps et un témoin privilégié du règne de Louis XIV. 

 Une personnalité complexe qui intrigue

En outre, au-delà de l’écrivain, nous voyons en Madame de Sévigné la femme et la mère en butte à ses relations contrastées avec sa fille. Mère intrusive ou mère aimante ? Isabelle Brocard, la réalisatrice du film sorti en février 2024 Madame de Sévigné met l’accent sur « la relation fusionnelle et dévastatrice » entre mère et fille. 

En revanche, dans l’entretien du 5 juillet 1982, à propos de son livre Madame de Sévigné ou la chance d’être femme, l’historien et biographe Robert Duchêne développe : « Ce qui peut- être est le plus original dans Madame de Sévigné, c’est d’abord qu’elle a reçu une éducation libérale qui lui a donné toute liberté de s’épanouir et de s’exprimer. La liberté du style de Madame de Sévigné, c’est une conséquence de cette première chance de n’avoir pas écrit selon des normes régulières. Une autre chance, ça a tout de même été cette histoire d’amour entre elle et sa fille. C’est l’essentiel de sa vie, l’essentiel de mon livre et pour ça, il fallait que ce soit une histoire qui se passe entre deux femmes. »

Au-delà des siècles, le style mordant de la brillante marquise de Sévigné, incontournable reine de l’écriture, ne peut guère laisser indifférent.

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