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Culture. William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales

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Ce peintre français académique et néoclassique fut célèbre et très apprécié au XIXe siècle. William-Adolphe Bouguereau était reconnu pour la virtuosité de sa technique et pour la beauté idéalisée de ses compositions souvent inspirées de la mythologie grecque et romaine ou de l'histoire chrétienne. Cependant au début du XXe siècle, pour différentes raisons mais non par manque de talent, il tomba dans l'oubli en France.

William-Adolphe Bouguereau suivit rigoureusement les règles de l'Académie des Beaux-Arts

Né en 1825 à La Rochelle, dans une famille modeste de commerçants en vins, le jeune William-Adolphe développa très tôt de bonnes aptitudes artistiques. Un oncle le soutint dans son inclination pour l'art et pendant ses études secondaires, il put suivre ses premiers cours de dessin. Plus tard, tout en travaillant dans l'entreprise familiale, il eut l'accord de son père pour suivre des cours aux Beaux-Arts de Bordeaux. 

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
La Vierge aux anges (1881). Bouguereau recherchait l'expression de la beauté idéale. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

Au cours de cette formation, il réalisa et vendit plus de trente portraits en quelques mois. Ces quelques ressources, épargnées grâce à ses portraits, et le soutien de son oncle bien-aimé, allaient l'aider à poursuivre une véritable carrière artistique. William-Adolphe quitta alors sa famille et l'entreprise de son père, pour s'installer à Paris, en 1846. À l'École des Beaux-Arts de la capitale, il fréquenta l'atelier de François-Édouard Picot, peintre néoclassique reconnu pour son enseignement de qualité. 

À 23 ans, William-Adolphe fut reçu à la seconde place du prix de Rome. Le premier prix permettait aux artistes de continuer leur formation en Italie. Le jeune Bouguereau voulait et devait réussir, souhaitant aussi satisfaire aux attentes de sa famille. «  Cela explique peut être (...) pourquoi il se plia aux règles imposées par l’Académie des Beaux-Arts afin de faire carrière. Malheur à ceux qui  percevaient les choses différemment et ne voulaient pas se plier à ces règles (comme les Impressionnistes par exemple) », mentionne l'article William Bouguereau, « l'inconnu », sur le site apprendre-a-dessiner.org.

Il remporta le premier prix en 1850 avec son œuvre Zénobie trouvée par les bergers sur les bords de l'Araxe. Il put alors partir en Italie et résider à la Villa Médicis. Il y étudia les chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne et y réalisa différents tableaux, dont Le corps de Sainte Cécile aux Catacombes, qui contribua à sa réputation. Quand il rentra à Paris, muni de sa formation prestigieuse et de son talent hors du commun, le succès ne se fit pas attendre.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
Tentation (1880). William-Adolphe avait cette capacité de saisir et transmettre l'« âme » de ses personnages. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

Bouguereau était habile dans le rendu des textures, des couleurs, de la lumière. Il avait une grande maîtrise de l'anatomie humaine. Il avait cette capacité de saisir et transmettre l'« âme » de ses personnages. Dans les années 1850-1870, William-Adolphe se consacra principalement à des œuvres inspirées de la mythologie gréco-romaine et du registre allégorique.

Par ailleurs, la remarquable conservation des tableaux de Bouguereau jusqu'à nos jours, témoigne d'une grande rigueur technique, de matériaux de qualité et de méthodes éprouvées transmises par l'enseignement académique.

Un peintre de la féminité, de l'enfance et de l'expressivité sentimentale

Bouguereau consacra une large partie de son œuvre à la représentation de la femme et de l'enfant. Il devint un des maîtres incontestés de ces thèmes au XIXe siècle. Cette prédilection s'enracinait d'abord dans sa fascination pour la beauté idéale et dans sa formation académique. Plus tard, elle puisa aussi dans ses épreuves personnelles.

Formé dans la tradition académique et influencé par les maîtres de la Renaissance, particulièrement par Raphaël, Bouguereau recherchait l'expression de la beauté idéale. Ces sujets correspondaient pleinement aux canons de la peinture académique qu'il défendait avec ferveur.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
Admiration maternelle (1869). Le thème de la maternité reflétait des valeurs universelles et intemporelles telles que l'innocence, la pureté, l'harmonie, le bonheur. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

Sa représentation de la féminité et de l'enfance révélait sa virtuosité technique dans le rendu de la peau et des chairs, des expressions subtiles et des émotions délicates. Elles permettaient au peintre de mettre en valeur l'amour maternel, l'amour fraternel, ou encore la tendresse. 

Beaucoup d'œuvres de Bouguereau évoquent la maternité. Ce thème reflétait des valeurs universelles et intemporelles telles que l'innocence, la pureté, l'harmonie, le bonheur. Certainement cherchait-il à révéler ce qui était le plus noble dans l'existence humaine ?

Les scènes de genre, telles que mères et enfants dans leur monde familier, paysannes et scènes pastorales, étaient très appréciées du public. Les toiles de William-Adolphe, aux personnages et environnements idéalisés, se vendaient très bien en Europe et aux États-Unis. Ce peintre, bien ancré dans ses convictions artistiques, passionné mais pragmatique, était aussi à l'écoute de ce que son public désirait.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
La Sainte Famille. Vierge à l'Enfant avec Jean-Baptiste (1863). Le peintre, profondément croyant et fervent catholique, trouva une source de réconfort dans ses œuvres d'inspiration religieuse. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

Le goût de l'essentiel, une profonde authenticité émotionnelle, et le sens du divin magnifièrent ses tableaux

Entre 1866 et 1877, cette prédilection à peindre et idéaliser la féminité et l'enfance prit une autre dimension, très personnelle et tragique. Il se maria en 1866 avec son élève et modèle Marie-Nelly Monchablon, ils avaient déjà trois enfants, hors mariage. En quelques années, il perd sa fille de 4 ans Jeanne, son fils de 16 ans Georges-William, puis son épouse Marie-Nelly et leur dernier-né William-Maurice, tous deux atteints de tuberculose. 

Son immense chagrin lui fit peindre, dès lors, ses plus belles œuvres d'inspiration religieuse. Le peintre, profondément croyant et fervent catholique, y trouva une source de réconfort. Ces drames transformèrent, de manière subtile et profonde, sa représentation de la maternité et de l'enfance, apportant une grande authenticité émotionnelle, née de son âpre souffrance de père et de veuf.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
Le premier deuil (1888). En quelques années, le peintre perdit son épouse et trois de ses enfants. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

Bouleversé au plus profond de lui-même, orientant son cœur vers ce qui restait essentiel, l'inspiration de Bouguereau se sublima dans des œuvres empreintes de ferveur et de sacré. « … le peintre éprouve le sentiment d’être le plus à même de dépeindre la douleur de la Vierge face à la perte de son unique fils, et espère trouver dans ces thématiques religieuses l’apaisement qu’il convoite », écrit Margot Lecocq dans l'article Peindre le sacré : William Bouguereau, un « Fra Angelico laïque » ?, sur le site coupefileart.com.

Il exposa aux Salons d'art de Paris de 1875, 1876 et 1877 des tableaux d'inspiration religieuse admirés et devenus célèbres : La Sainte Famille, puis une fascinante Pietà, et l'année suivante la Vierge consolatrice.

Le peintre considérait son œuvre comme une sorte de vénération de Dieu et de sa création la plus précieuse : l'humanité. Cette conception transparaissait dans le soin méticuleux qu'il apportait à ses tableaux, prenant autant de temps qu'il était nécessaire à sa parfaite exécution et finition. 

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
Pietà (1876). l'inspiration de Bouguereau se sublima dans des œuvres empreintes de ferveur et de sacré. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

William-Adolphe Bouguereau face à l'impressionnisme et aux nouveaux courants de la peinture moderne 

Bouguereau était un peintre passionné par son art, il ne pouvait s'arrêter de peindre. Il acheva de peindre plus de 800 tableaux dont certains de grande taille. Comme d'autres peintres avant lui, il suivit un parcours long et laborieux pour acquérir les compétences nécessaires à la réalisation d'une peinture académique de premier ordre. Le but de l'enseignement académique était de doter les artistes des compétences essentielles à une représentation convaincante de leurs visions imaginaires.

Il se méfiait des réformes de l'enseignement artistique, et il écrivit un jour : « La théorie n'a pas sa place dans la formation initiale d'un artiste. Ce sont l'œil et la main qu'il faut exercer durant les années formatrices de la jeunesse. Il est toujours possible d'acquérir plus tard les connaissances accessoires nécessaires à la réalisation d'une œuvre d'art, mais jamais – et je tiens à le souligner – jamais la volonté, la persévérance et la ténacité d'un homme mûr ne pourront compenser une pratique insuffisante », extrait de l'article Bouguereau au travail  de Mark Walker sur le site artrenewal.org.

Vers les années 1860, sont apparues des innovations artistiques et principalement l'impressionnisme, qui n'intéressaient que quelques connaisseurs et se heurtait à une grande incompréhension du public, à cette époque. Bouguereau se plaça résolument en défenseur de l'académisme, dans l'esprit de garder un savoir-faire merveilleux, éprouvé et irremplaçable.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
Une âme au ciel (1878). William-Adolphe peignit ce tableau après la mort de son épouse Marie-Nelly et de leur dernier fils. (Image : wikimedia / Mossot / CC BY-SA 4.0)

En tant que professeur de l'Académie des Beaux-Arts, ayant chaque année, avec d'autres peintres au sein d'un jury, le pouvoir de refuser des toiles au Salon artistique de Paris, Bouguereau se fit des ennemis. Le Salon officiel était quasiment la seule façon de se faire connaître et d'obtenir une clientèle et des commandes publiques. La contestation s'intensifia chez les impressionnistes face à la sévérité du jury.

Les impressionnistes créèrent alors leurs propres expositions indépendantes à partir de 1874, puis ils fondèrent le Salon des Indépendants en 1884, fonctionnant sans jury ni récompenses. Cependant, ils gardèrent une rancune tenace envers William-Adolphe Bouguereau.

Certains intellectuels prirent le parti des impressionnistes et s'opposèrent à l'académisme. Émile Zola considéra les toiles de Bouguereau comme «  le triomphe de la propreté en peinture, des tableaux unis comme une glace, dans lesquels les dames peuvent se coiffer ». Octave Mirbeau suggéra un nouveau lieu pour la peinture académique : « Pourquoi n’exposerions-nous pas dans les égouts ? […] On pourrait bien y accrocher du Bouguereau, ce semble », extrait de l'article William Bouguereau de Patrick Aulnas sur le site rivagedeboheme.fr.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
Famille indigente (1865). Le peintre considérait son œuvre comme une sorte de vénération de Dieu et de sa création la plus précieuse : l'humanité. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

La vanité de l'innovation constante et l'appauvrissement de l'art

Peu à peu, malgré leur popularité auprès du public, les peintres les plus célèbres de l'Académie se retrouvèrent mis à l'écart par un groupe de jeunes peintres avant-gardistes, soutenus par des écrivains, des journalistes et quelques mécènes influents. Beaucoup de ses détracteurs calomnièrent Bouguereau et répandirent les rumeurs les plus diffamatoires. On l'accusa aussi d'avarice.

Pourtant, Bouguereau organisa tout au long de sa vie des ventes caritatives au profit de collègues nécessiteux.  « De plus, avant d'en devenir président, il donnait généreusement une journée par semaine comme bénévole administratif à la fondation caritative Baron Taylor. Comme il ignorait les critiques et ne se vantait jamais, les accusations purent s'enraciner sans être démenties. Son altruisme demeura ainsi inconnu du grand public », peut-on lire dans l'article Biographie de William Bouguereau de Damien Bartoli du site artrenewal.org.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
Soif (1886). Le but de l'enseignement académique était de doter les artistes des compétences essentielles à une représentation convaincante de leurs visions imaginaires. (Image : wikimedia / William Bouguereau / Domaine public)

L'art pictural occidental, jusqu'ici axé sur la représentation, devint, à la fin du XIXe siècle un art de la perception : c'était la subjectivité de l'artiste qui était valorisée désormais sur la toile. Tout fut permis alors, il n'y avait plus de normes ou de règles à respecter. Il était difficile de reconnaître les artistes disposant encore de quelques techniques picturales. L'esprit artistique des peintres en vue au XXe siècle se tourna vers l'originalité, l'innovation constante, l'avant-gardisme.

Les techniques de l'impressionnisme étaient bien différentes de celles enseignées à l'Académie. Aux Beaux-Arts, les élèves devaient se concentrer sur le dessin, l'anatomie et la géométrie durant des années avant d'utiliser la couleur. Quand enfin ils apprenaient à peindre, les mélanges de couleurs se faisaient sur la palette et les touches de pinceau de l'œuvre achevée devaient être invisibles.

À l'opposé, les impressionnistes se focalisaient sur les couleurs et la technique dite du mélange optique : des couleurs pures juxtaposées par des petits coups de pinceau qui restaient visibles, le tableau terminé. C'était l'œil du spectateur qui recomposait la couleur voulue par le peintre.

William-Adolphe Bouguereau, peintre de la beauté sublimée, virtuose des techniques picturales
William-Adolphe Bouguereau organisa tout au long de sa vie des ventes caritatives au profit de collègues nécessiteux. (Image : wikimedia / Photographe inconnu / Domaine public)

Bouguereau sortit de l'oubli en France après une exposition organisée au Petit Palais à Paris en 1984. Le public put à nouveau voir ses œuvres et les apprécier. Car les collectionneurs américains, qui avaient favorisé son travail et son succès, recherchèrent constamment ses toiles après son décès en 1905 et emmenèrent beaucoup de ses œuvres aux États-Unis. Les plus célèbres furent heureusement conservées au musée d'Orsay à Paris. 

De manière intemporelle, William-Adolphe Bouguereau, grâce à ses œuvres sublimes, riches de son savoir-faire, de ses épreuves et de sa maturité d'artiste accompli, offre encore aux visiteurs de son univers pictural, une inspiration de beauté et d'authenticité.

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