Depuis 1961, le succès constant de Sophie la girafe auprès des bébés français, appréciée aussi dans d'autres pays du monde, ne se dément pas. Cependant, la Répression des fraudes a ouvert une enquête pour pratiques commerciales trompeuses, car une part importante de la production viendrait maintenant de Chine alors que les emballages sont toujours étiquetés « Made in France ».
Un jouet français qui plaît aux familles et aux bébés
Cette petite girafe en caoutchouc naturel est pliée, triturée et mâchouillée par beaucoup de bébés dans les familles depuis plusieurs générations. Elle a souvent été le cadeau incontournable offert aux tout-jeunes enfants. D'une naissance à l'autre, l'intérêt pour cette petite vedette se transmet joyeusement.
Chaque année en France, l'entreprise qui les produit, Vulli, vend 700 à 800 000 exemplaires. Et c'est un total de 70 millions de petites girafes écoulées dans 85 pays du monde depuis 1961.
La production de ce jouet était totalement française, jusqu'en 1981 fabriquée à Asnières-sur-Oise, dans le Val-d'oise, elle a été déplacée ensuite à Rumilly en Haute-Savoie. Un autre site de production destiné à l'exportation à été construit en 2016 à Saint-Nabord dans les Vosges.

Un « Made in France » en décalage avec la réalité de la production ?
Vulli a toujours fait valoir au public français le « Made in France » de sa petite girafe et le côté artisanal de sa fabrication. Car les français sont généralement sensibles et attachés aux créations et à la production des entreprises en France.
Seulement voilà, début mai 2026, le journal d'investigation Médiapart révèle que depuis au moins 2013, « un grand nombre de Sophie la girafe sont produites dans des usines chinoises » et à partir de 2019, la production française serait devenue « infinitésimale, servant de vitrine pour dissimuler la réalité ».
Le dirigeant de l'entreprise Alain Thirion a assuré à l'AFP qu'il s'agissait d'une situation temporaire due à des difficultés dans la finalisation de l'usine Saint-Nabord. « Vulli fait fabriquer ses girafes nues en Chine » a-t-il expliqué, « Mais toutes les girafes sont terminées et surtout contrôlées une par une en France ».
Il a aussi reconnu que Sophie la girafe a été « pour partie » produite en Chine depuis une trentaine d'années. Cependant « cela n'a jamais été un mystère pour personne », a affirmé le dirigeant à l'AFP, « si on nous demandait, on le disait ». Mais les retards de production se sont accumulés en France depuis quelques années, et Vulli a du faire sous-traiter en Chine « la totalité » de certaines girafes, rapporte le média france3-regions.franceinfo.fr

La Répression des fraudes mène l'enquête
Toujours est-il que le jouet serait toujours estampillé « Made in France ». Le parquet d'Annecy a indiqué à l'AFP que l'usine de Rumilly en Haute-Savoie a fait l'objet « d'une perquisition dans le cadre de l'enquête pour tromperie »
Selon certains témoignages, l'usine de Rémilly ne fabriquerait, ni ne finirait plus Sophie la girafe, mais conditionnerait seulement le jouet dans les emballages. Elle servirait aussi comme « outil de démonstration » lors de visites extérieures, rapporte le journal en ligne lefigaro.fr.
La production de Sophie la girafe en Chine coûterait « quatre à cinq fois moins cher », selon Médiapart, permettant à l'entreprise Vulli de soutenir sa croissance. Le Figaro en ligne affirme que l'origine de fabrication est devenu un critère important de choix d'un produit pour les consommateurs : « cette stratégie pourrait désormais fragiliser la marque, dont l’image repose largement sur son ancrage français ».
Deux alertes sanitaires dans les années précédentes
Le jouet a été l'objet d'inquiétudes à deux reprises, au niveau sanitaire. En 2011, une étude sur ce jouet de l'UFC-Que Choisir avait souligné la libération potentielle dans la salive des bébés de « précurseurs de nitrosamines », des substances chimiques potentiellement cancérogènes.
En 2016, des moisissures découvertes par une mère de famille à l'intérieur du jouet avaient alarmé les parents. Ces moisissures étaient dues à de la salive de bébé entrée par le trou du sifflet. Mais finalement les risques sanitaires s'étaient avérés très limités et bénins.
Le « Made in France » : une démarche volontaire sous la responsabilité du fabricant
Mis à part certains produits alimentaires, l'affichage de la mention « Made in France » ou « Fabriqué en France » sur un produit est une démarche volontaire et facultative du fabricant. Cependant une mention de l'origine non justifiée peut entraîner des sanctions.

La Direction générale des Entreprises, un organisme du gouvernement français, précise que « pour qu'un produit puisse être " made in France " au sens de la réglementation, il faut qu'il soit entièrement obtenu en France (tous les composants sont issus de France et toutes les étapes de fabrication ont lieu en France) ; ou bien, s'il n'est pas entièrement obtenu en France, il faut qu'il ait subi en France sa dernière " transformation substantielle ". »
L'enquête de la Répression des fraudes (DGCCRF) dira si le « Made in France » de l'entreprise Vulli relève, oui ou non, d'une pratique commerciale trompeuse. Si oui, la sanction pénale encourue peut atteindre jusqu'à 10% du chiffre d'affaires.
Un retour en France souhaité par le dirigeant
Alain Thirion, le dirigeant de l'entreprise Vulli, affirme sa volonté d'un retour à une production « 100% en France », une fois les nouveaux procédés industriels opérationnels. On n'ose pas trop y croire, au regard de la différence des coûts de production entre la France et la Chine.
Cependant nous sommes dans une période où les économies sont plutôt instables et évoluent rapidement. Rapatrier dans notre pays la production des usines chinoises, serait certainement une première dans l'industrie de notre pays. Ce serait assurément très applaudi en France !
Collaboration Lu
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