L’église de la Madeleine trône majestueusement au cœur de la capitale parisienne dans le 8ème arrondissement. Le quartier porte son nom évocateur. Découvrons l’histoire d’un monument imposant, unique en son genre.
Une histoire invraisemblable
L’église de la Madeleine appelée également église de sainte Marie-Madeleine a connu divers rebondissements qui ont précédé l’emplacement actuel. Avant la situation présente, elle se trouvait dans un petit hameau nommé Ville l’Évêque à proximité de Paris mais à l’abri de l’animation parisienne. La petite église rurale s’accroît rapidement. Les années passent. Le hameau proche du faubourg Saint Honoré est jumelé avec la ville de Paris. Le projet vise la construction d’une église traditionnelle surmontée d’une croix et d’un dôme.
En 1764, le roi louis XV pose la première pierre en vue d’une construction monumentale. Entre temps, l’architecte missionné Contant d’Ivry meurt. Le chantier confié au jeune architecte Guillaume Martin Couture moins expérimenté traîne en longueur. Les dépenses engagées s’élèvent à des montants prodigieux.
Les péripéties d’une construction singulière
Puis vient l’heure de la Révolution en 1789, peu encline aux dépenses consacrées aux causes religieuses. Le projet est abandonné, et les lieux sont désaffectés jusqu’à ce que Napoléon Bonaparte à l’avènement du 1er Empire prenne une décision radicale validée par décret impérial en 1806 : l’édifice sera construit en tant que Temple de la Gloire. En témoigne la déclaration suivante : «Le Monument dont l’Empereur vous appelle aujourd’hui à tracer le projet sera le plus auguste, le plus imposant de tous ceux que sa vaste imagination a conçus et que son activité prodigieuse sait faire exécuter. C’est la récompense que le vainqueur des Rois et des Peuples, le fondateur des empires, décerne à son armée victorieuse sous ses ordres et par son génie. La postérité dira: il fit des héros et sut récompenser l’héroïsme. [...] À l’intérieur du monument, les noms de tous les combattants d’Ulm, d’Austerlitz et d’Iéna seront inscrits sur des tables de marbre, les noms des morts sur des tables d’or massif, les noms des départements avec le chiffre de leur contingent sur des tables d’argent. »
L’empereur accorde sa préférence à l’architecte Pierre-Alexandre Vignon qui aura à charge de conduire les travaux. Les réalisations antérieures sont entièrement démolies au profit d’une construction ayant la forme d’un temple grec.
L’église de la Madeleine retrouve sa vocation religieuse
Les nouveaux projets avancent rapidement mais suite à la débâcle financière et militaire, Napoléon 1er renonce à son projet de Temple de la Gloire et consent à rendre à la Madeleine sa vocation religieuse initiale. S’adressant à l’homme d’état français Jean-Pierre Bachasson de Montalivet après la campagne de Russie de 1812, il confie : «Que ferons-nous du Temple de la Gloire? (…) Nos grandes idées sur tout cela sont bien changées… C’est aux prêtres qu’il faut donner nos temples à garder: ils s’entendent mieux que nous à faire des cérémonies et à conserver un culte. Que le Temple de la Gloire soit désormais une Église: c’est le moyen d’achever et de conserver ce monument.»
Après 1814, la royauté est rétablie avec Louis XVIII puis Louis-Philippe. C’est sous le règne de ce dernier que s’achève en définitive la construction de l’église de la Madeleine en 1842. L’église est inaugurée par le roi des Français, Louis-Philippe qui cède l’église de la Madeleine à la ville de Paris. L’archevêque de Paris, Monseigneur Affre consacre l’édifice le 9 octobre 1845. Ainsi la construction de cette église à l’histoire rocambolesque aura pris 80 ans.


Une église atypique dédiée à Marie-Madeleine
Comme évoqué plus haut, l’église de la Madeleine fut consacrée au personnage biblique Marie-Madeleine, d’où le nom attribué à l’église en premier lieu, à savoir église Sainte Marie-Madeleine. Alors que l’église de la Madeleine ne comporte ni croix, ni clocher, elle ressemble plus à un temple grec qu’à une église traditionnelle. Cependant sous le fronton central, nous pouvons lire ces mots en latin : « D.O.M.SVB. INVOC.S.M.MAGDALENAE », ce qui veut dire : « au Dieu très bon et très grand sous l’invocation de Sainte Marie-Madeleine ».
Par ailleurs, à l’intérieur de l’édifice, le visiteur peut découvrir un grand nombre de sculptures. Certaines d’entre elles représentent Marie-Madeleine soit seule, soit entourée d’autres figures bibliques.
Selon les évangiles, Marie-Madeleine, figure féminine majeure mentionnée dans les Écritures est citée à plusieurs reprises. C’est la femme délivrée de sept démons : « sept démons étaient sortis d’elle » (Luc 8,1-3) rapporte l’évangile de Luc. Une fois guérie par le Christ, elle se mit à le suivre. Elle fait partie de ces femmes qui accompagnent Jésus au pied de la croix au calvaire : « Le sabbat terminé, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus » (Marc 16,1).
En outre, Marie-Madeleine est le premier témoin ayant vu Jésus ressuscité. Émue d’avoir reconnu le Seigneur, elle s’approche et Jésus lui dit alors : « Noli tangere », c’est-à-dire : « Ne me touche pas. » (Jean 20,17) cet épisode valut à Marie-Madeleine le nom de « apôtre des apôtres ».

Autres particularités architecturales
La Madeleine n’est vraiment pas une église comme les autres. Contrairement aux églises traditionnelles, elle n’est pas orientée vers l’est, vers Jérusalem mais vers la direction nord-sud. Avec ses allures de temple grec de style néoclassique, ses proportions gigantesques, son nombre impressionnant de statues, elle a de quoi intimider l’observateur. En dehors du fronton, pas moins de 28 statues représentant des saints ornent l’extérieur d’apparence plus austère.
De plus, le promeneur peut se sentir déconcerté par tant de gigantisme : 52 colonnes corinthiennes, 108 m de longueur, environ 43 m de largeur, 30 m de hauteur. Le nombre de tableaux bien plus faible que dans les paroisses classiques a lui aussi de quoi surprendre.
L’édifice à l’histoire surprenante devenu à la fois paroisse de l’Élysée et lieu de rassemblement privilégié participe de nos jours à la vie publique. L’église de la Madeleine a bénéficié de restaurations récentes. Celle qui ne ressemble à aucune autre église a encore de beaux jours devant elle.
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