Dans les quatre premières décennies de la Guerre de Cent Ans, un chevalier hors du commun, Bertrand du Guesclin, se mit au service du roi Charles V pour chasser les Anglais de leurs prétendues possessions dynastiques. À maintes reprises, par son courage au combat, son intelligence et sa loyauté envers ses hommes et envers le roi, par ses nombreux succès, il redonna espoir et persévérance à la royauté, aux chevaliers, aux troupes militaires et au peuple français dans ce conflit interminable.
Cette guerre de plus d'un siècle, de 1337 à 1453, entre les monarchies française et anglaise, fut une succession de coups de force, de conquêtes et de reprises territoriales, d'accalmies, de trêves, d'alliances et de conflits économiques. Les causes de la Guerre de Cent Ans furent avant tout dynastiques et territoriales.
Ce qui déclencha la Guerre de Cent Ans
La mort du dernier roi capétien en 1328, Charles IV le Bel, laissa le trône du roi de France vacant, car il n'avait pas d'héritier mâle. La loi salique, qui fut rédigée sous le règne de Clovis, excluait les femmes et leurs descendants de la succession au trône de France.
Philippe de Valois, futur Philippe VI, cousin de Charles IV, fut choisi par la noblesse française pour succéder au roi défunt. Cependant, Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle de France, revendiqua la couronne.

En conséquence, ne tenant pas compte de la loi salique qui s'appliquait au royaume de France, Édouard III se proclama roi de France en 1340. Néanmoins, le souverain reconnu par le peuple français était Philippe VI.
Depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1154, le duché de Guyenne, vaste territoire au sud-ouest du royaume de France était une possession des rois d'Angleterre. Les rois de France voulaient réintégrer ce territoire à la couronne tandis que les rois d'Angleterre voulaient le garder comme fief.
Les conflits locaux exacerbaient les tensions entre les deux royaumes. En 1337, Philippe VI reprit la Guyenne à Édouard III, arguant que ce dernier ne respectait pas ses obligations de vassal, notamment en soutenant des rebelles. Édouard III lui répondit en déclarant la guerre.
L'enfant mal-aimé s'imposa par son talent et sa bravoure dans un tournoi
Bertrand du Guesclin vint au monde dans une famille de la petite noblesse bretonne en 1320, dans la région de Dinan. Dans ses premières années, son physique défavorable, sa grosse tête ronde et sa couleur de peau particulièrement sombre, en firent un enfant mis à l'écart par son père, et rejeté même par sa famille.

Il fut finalement envoyé chez son oncle pour y recevoir une instruction en adéquation avec son statut de noble. Bertrand avait dix-sept ans quand à l'occasion du mariage de la nièce du duc de Bretagne, Jeanne de Penthièvre, et du neveu du roi de France, Charles de Blois, un grand tournoi de chevalerie fut organisé dans la ville de Rennes. Lui n'était pas autorisé à y participer.
Cependant, il contourna cette interdiction grâce à son cousin qui lui prêta son armure. Il réussit à vaincre une douzaine de chevaliers. Finalement, il se retrouva face à son père pour le combattre. Refusant de l'affronter, il baissa les armes et releva son casque pour dévoiler son identité.
Reconnaissant enfin sa grande capacité combative et sa bravoure, son père décida de le soutenir financièrement pour terminer sa formation de chevalier. Bertrand était maintenant l'honneur de la famille du Guesclin. Il adopta comme blason un aigle noir à deux têtes.

La persévérence physique et la détermination du « dogue noir de Brocéliande »
De 1341 à 1364, eut lieu la guerre de Succession de Bretagne, suite à la mort sans descendance du duc de Bretagne Jean III. Sa nièce Jeanne de Penthièvre prétendit à la succession, soutenue par le roi de France. Mais le demi-frère du duc décédé, Jean de Montfort, revendiqua aussi ce pouvoir, et il obtint le soutien du roi d'Angleterre Édouard III.
Bertrand du Guesclin se mit au service de Jeanne Penthièvre. Avec quelques centaines d'hommes, il commença une guerre de harcèlement et d'usure contre les troupes de Montfort et des Anglais.
Il révolutionna l’art de la guerre en évitant les batailles frontales, car les Français y étaient souvent écrasés. Il privilégiait la guerre de mouvement, les sièges et les raids. Cette approche permettait de grignoter les positions anglaises sans risquer de défaites écrasantes.
Au siège du château de Grand-Fougeray, du Guesclin fut informé que le château avait commandé du bois auprès de ses alliés. Lui et quelques-uns de ses hommes se déguisèrent alors en bûcherons et passèrent la porte du château. Une fois à l'intérieur, ils l'envahirent et se rendirent maîtres des lieux.

« L’ensemble des nombreuses opérations menées par du Guesclin ont fait de ce dernier une légende pour le camp de Penthièvre et un cauchemar pour ses opposants. Ses embuscades dans l’est de la Bretagne font que les Anglais et Bretons ont fini par l’appeler le " Dogue noir de Brocéliande " », selon l'article Bertrand du Guesclin du site cesttoutunehistoire.e-monsite.com.
Au cours de cette guerre, du Guesclin obtint le titre de chevalier et adopta la devise, lui allant plutôt bien : « Le courage donne ce que la beauté refuse. » Il établit des liens à Melun en 1359, avec le roi de France Jean II le Bon, et avec son fils, le futur Charles VII, lequel était impressionné par ses exploits guerriers.
Malgré tous leurs efforts et leurs victoires, les troupes soutenant Jeanne de Penthièvre furent battues définitivement à la bataille d'Auray en 1364. Du Guesclin s'y retrouva prisonnier d'un chef de l'armée anglaise. Il fut libéré contre rançon. Jean de Montfort devint alors duc de Bretagne.

Bertrand du Guesclin mit à contribution les Grandes compagnies dans la guerre civile de Castille
Charles V fut intronisé roi de France en cette même année 1364. Bertrand du Guesclin se mit à son service et l'aida militairement à affirmer sa légitimité et affermir son pouvoir.
Le roi de France demanda au chevalier du Guesclin de débarrasser le royaume du fléau des Grandes compagnies. Elles étaient constituées de groupes de mercenaires, des troupes de soldats professionnels payés pour la durée d'un conflit ou d'une bataille. Ces troupes étaient sollicitées en renfort des armées royales en France comme en Angleterre.
Pendant les périodes de trêve ou après les batailles de la Guerre de Cent Ans, quand ils n'avaient plus de solde pour vivre, les mercenaires formaient des bandes armées et se rabattaient sur le pillage des campagnes et des petites villes. Ils n'hésitaient pas à capturer des notables ou des bourgeois pour profiter de leurs rançons.

La présence et le désœuvrement des Grandes compagnies dans les provinces prolongeaient les souffrances de la population civile bien au-delà des batailles et de la guerre elle-même. À la fin du XIVe siècle, certaines seraient incorporées définitivement à l'armée française pour participer à la reconquête des territoires sous domination anglaise.
Le chevalier du Guesclin persuada ces compagnies de mercenaires de participer à la première guerre civile de Castille en soutien à Henri de Trastamare qui disputait le trône de Castille à son frère Pierre le Cruel. Avec une armée de 30 000 mercenaires, en 1365, du Guesclin vint en aide à Trastamare, tandis que Pierre le Cruel fit appel à un corps expéditionnaire anglais, commandé par le Prince noir, fils aîné du roi d'Angleterre Édouard III.
Ce fut finalement en 1369, lors d'une nouvelle expédition en Espagne et après une bataille décisive, que Bertrand du Guesclin porta définitivement Henri de Trastamare sur le trône, devenant ainsi Henri II de Castille. Celui-ci récompensa le chevalier pour son soutien, en l'établissant duc de Molina.
Retour à une guerre de siège, d'embuscade et de harcèlement
Rentré en royaume de France, du Guesclin reçut du roi Charles V le titre de connétable de France. Il était alors le commandant en chef de toutes les armées du roi. Fort de ce pouvoir, il allait organiser la reconquête des territoires cédés aux Anglais au traité de Brétigny en 1360 et bouter nombre d'Anglais hors du continent.

Contrairement aux grandes batailles qu'il avait menées en Castille, il reprit en partie les méthodes guerrières qui avaient fait leurs preuves durant la guerre de succession de Bretagne. Cette guerre de siège, d'embuscade et de harcèlement était adaptée dans des circonstances où il s'agissait de reprendre des châteaux dispersés qui contrôlaient des routes et des carrefours.
Les petits groupes d'hommes étaient insaisissables. Ils entretenaient l'insécurité chez l'ennemi et le décourageaient peu à peu. Cette stratégie s'avérait efficace. Du Guesclin parvint à reprendre la Normandie, la Saintonge, le Poitou et la Guyenne. Le roi le fit seigneur de Pontorson en 1373, en récompense de ses loyaux services.
En 1380, les Grandes compagnies sévissaient encore en Auvergne et dans le sud du Massif central. Charles V envoya du Guesclin et son armée pour mater ces brigands retranchés dans la ville de Châteauneuf-de-Randon, en Gévaudan. Après plusieurs assauts dévastateurs, la ville tenue par les mercenaires fut sur le point de se rendre.
La mort naturelle de Bertrand du Guesclin
Cependant, le chevalier du Guesclin fut pris d'une forte fièvre, peut-être due à la consommation excessive de l'eau trop froide d'une source. Il mourut en peu de temps. Le jour de son décès, le gouverneur vint, en hommage, déposer sur son cercueil les clés de la ville.

Apprenant la mort de son commandant des armées, Charles V demanda qu'il soit ramené à Paris et enterré à la basilique royale de Saint-Denis. Fait remarquable et probablement très rare, à cause de conditions de transport très défavorables et d'une chaleur torride, le corps de Bertrand du Guesclin dut être divisé à quatre reprises au cours du voyage funéraire: entrailles, chair, cœur et ossements furent inhumés séparément.
Ainsi les viscères furent inhumés au Puy en Velay, dans l'église du couvent des Dominicains. Quelques jours plus tard, les chairs furent inhumées à Montferrand, au couvent des Cordeliers. Puis le squelette fut enterré dans la basilique royale de Saint-Denis, selon le désir de Charles V, au pied de son propre tombeau qu'il s'était déjà fait préparer !
Seul le cœur de Bertrand du Guesclin parvint en Bretagne, à Dinan, où il avait souhaité par testament que son corps repose. Son cœur fut d'abord déposé sous une dalle d'une chapelle du couvent des Jacobins puis fut transféré dans l'église Saint-Sauveur de Dinan.
Bertrand du Guesclin et Jeanne d'Arc, deux héros complémentaires dans la Guerre de Cent Ans
Bertrand du Guesclin et Jeanne d'Arc avaient tous les deux un courage et une détermination immenses. Tous les deux étaient humbles dans leur cœur, mais sans peur, loyaux et résilients dans leurs accomplissements.

Du Guesclin, au XIVe siècle, incarna la reconquête et la reconstruction méthodique de la France après les cuisantes défaites françaises du début de la guerre, en s'appuyant sur la discipline militaire et la loyauté envers le roi. Il montra aux Français comment résister et toujours durer. Par son exemple, il prouvait qu'on pouvait encore repousser les assaillants en dehors de leurs territoires conquis.
Jeanne d'Arc, au XVe siècle, personnifia un élan mystique et populaire qui toucha le cœur des Français. Malgré sa jeunesse et son statut social, elle renversa le cours de la guerre grâce à sa foi et à son charisme. Elle donna l'impulsion nécessaire au roi et au peuple français pour véritablement mettre fin à cette guerre démesurée.
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