Bailu, la Rosée blanche, est l’une des vingt-quatre périodes solaires du calendrier chinois. Chaque année, elle tombe aux alentours du 7 septembre du calendrier occidental et marque un tournant vers l’automne : les températures commencent à baisser, le temps se rafraîchit, et le matin, la rosée apparaît sur l’herbe et les plantes.
Bailu, la Rosée blanche : l’origine du nom
Le Recueil explicatif des soixante-douze périodes du calendrier des activités mensuelles (Yueling qishi’er hou jijie) indique : « L’automne appartient à l’élément Métal, dont la couleur est le blanc, l’énergie yin s’intensifie progressivement, et la rosée se condense, devenant blanche. » Cette phrase explique à la fois l’origine du nom de Bailu et la transformation du yin et du yang à cette saison.
Sur le plan physique, cette rosée se forme lorsque la baisse de température entraîne la condensation de la vapeur d’eau sur le sol ou sur les objets proches du sol. La rosée du matin s’épaissit alors progressivement et se condense en une couche de gouttelettes blanches, d’où le nom de la Rosée blanche.
Bailu marque donc concrètement le passage à un temps plus frais. À cette période, on ressent nettement que la chaleur de l’été est passée et que l’automne frais est arrivé. En effet, si la température diurne peut encore atteindre une trentaine de degrés, elle redescend, après la tombée de la nuit, à une vingtaine de degrés, soit un écart de plus de dix degrés entre le jour et la nuit.
Les calendriers anciens associent à Bailu trois signes observés dans la nature au fil de ses quinze jours : les oies sauvages entament leur migration vers le sud, les hirondelles repartent à leur tour, et les autres oiseaux commencent à faire des provisions de nourriture pour l’hiver.

Selon un dicton agricole chinois : « Une rosée abondante à Bailu annonce une bonne récolte de riz tardif à l’arrivée de Qiufen (l’équinoxe d’automne). Cela signifie que si la rosée est présente autour de Bailu, le riz tardif connaîtra une bonne récolte.
Recueillir la rosée, la plus raffinée des coutumes de Bailu
Après l’atmosphèreétouffantede l’été, l’air s’adoucit et la lumière de l’automne se fait plus limpide. À Bailu, l’écart entre les températures du jour et de la nuit se creuse : le refroidissement nocturne entraîne la condensation de la vapeur d’eau, qui recouvre au matin l’herbe et les feuilles de gouttelettes aussi limpides que du jade. Les Chinois anciens pensaient que cette rosée concentrait l’énergie du soleil, de la lune et des étoiles. Ils en ont donc fait la coutume de la recueillir tôt le matin.

Dans la Chine ancienne, à une époque où l’environnement n’était pas encore pollué par l’industrie, cette eau occupait une place particulière dans les textes anciens : le Compendium de matière médicale (Bencao gangmu) la décrit comme douce et tempérée, capable d’apaiser la sécheresse et de nourrir les organes.
Dans le roman Le Rêve dans le pavillon rouge, publié au XVIIIᵉ siècle, l’héroïne Xue Baochai prend d’ailleurs une préparation à base de cette rosée, la « pilule au parfum froid », pour calmer une toux chronique dont elle souffre depuis l’enfance. On lui prêtait aussi une qualité rare : contrairement à une rosée ordinaire, elle se conservait plusieurs mois sans se troubler ni s’altérer, d’où l’habitude, dans la Chine ancienne, de la recueillir pour préparer thé et remèdes au fil des saisons.
Cette pratique fut même, un temps, un rite de cour. Sous la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220), l’empereur Wu, qui régna de 141 à 87 av. J.-C., fit ériger dans son palais une plateforme de bronze surmontée d’un « immortel recueillant la rosée », afin de boire chaque matin la rosée d’automne mêlée de poudre de jade, dans l’espoir de prolonger sa vie. Cet usage impérial se répandit ensuite dans le peuple.
Sous les dynasties Wei et Jin (220-420), les lettrés appréciaient quant à eux de diluer leur encre avec cette eau, jugeant sa pureté propice à la clarté d’esprit. L’expression « la rosée d’automne qui nourrit le pinceau » en garde le souvenir. On retrouve enfin cette rosée dans un ancien rite d’adieu. En écho au vers du Classique des vers (Shijing), « les roseaux sont drus et verts, la rosée blanche devient givre », amis et proches qui se séparaient s’offraient autrefois une fiole de cette rosée. Le geste symbolisait un cœur limpide et un vœu de paix pour les années à venir.

Traditions culinaires et régionales de Bailu
Les traditions présentées ici viennent principalement du Sud-Est de la Chine, le long du fleuve Yangtsé et de la région dite du Jiangnan, littéralement « au sud du fleuve Yangtsé », qui regroupe notamment les provinces du Fujian, du Zhejiang et du Jiangsu.
À Fuzhou, dans le Fujian, un dicton veut qu’« à Bailu, il faut absolument manger des longanes ». La croyance populaire prête à un seul fruit consommé ce jour-là autant de vertus fortifiantes qu’un poulet entier, une manière, un brin exagérée, de vanter les qualités toniques du longane.
À Wenzhou, dans la province du Zhejiang, au nord du Fujian, et plus particulièrement dans les zones rurales de Cangnan et de Pingyang, les habitants récoltent ce jour-là les « dix » ou « trois ingrédients blancs » pour mijoter un poulet à peau noire et plumes blanches, ou un canard, réputé, selon la médecine traditionnelle chinoise, fortifiant et bénéfique contre les rhumatismes. On y mange aussi traditionnellement de la patate douce, censée prévenir l’acidité gastrique pour le reste de l’année.
Plus au nord encore, dans le Jiangsu, à Nankin, l’ancienne capitale de sept dynasties non loin de Shanghai, les habitants apprécient particulièrement le thé de Bailu. Un dicton local résume l’idée : « thé de printemps amer, thé d’été âpre, pour bien boire, patiente jusqu’à Bailu. »

Ayant traversé la chaleur de l’été, les feuilles récoltées à cette période donneraient un thé plus rond et plus parfumé que celui des autres saisons. On y fabrique aussi traditionnellement, à la maison, un vin de riz à base de riz gluant et de sorgho, légèrement sucré. Sur les rives voisines du lac Tai, à la frontière du Jiangsu et du Zhejiang, Bailu est enfin le jour où les pêcheurs rendent hommage à Yu le Grand, dans l’espoir d’une bonne pêche à l’ouverture de la saison.
Comment prendre soin de sa santé à la période de Bailu ?
Selon un dicton traditionnel, la chaleur qui persiste encore à Chushu, la période solaire précédente dont le nom signifie « fin de la chaleur », oblige à se laver chaque jour. Mais dix-huit jours plus tard, à Bailu, mieux vaut ne plus se dénuder le torse, sous peine de prendre froid.
Selon la médecine traditionnelle chinoise, il faut aussi prévenir l’apparition de maladies nasales, d’asthme et d’affections bronchiques à la période de Bailu. Les personnes dont le terrain allergique favorise ces troubles sont invitées à la prudence dans leur alimentation : il est recommandé de limiter, voire d’éviter, la consommation de poissons, crevettes et fruits de mer, d’aliments crus ou froids, de grillades, de plats en sauce, de légumes marinés, ainsi que d’aliments épicés, acides, salés ou gras.
À la période de Bailu, il faut aussi se prémunir, selon la médecine traditionnelle chinoise, contre la « sécheresse d’automne ». Cette énergie pathogène sèche, en affectant l’organisme, tend à épuiser les liquides organiques, ce qui peut se traduire par une bouche sèche, des lèvres gercées, un nez sec, une gorge sèche, des selles dures ou une peau qui craquelle.
Il existe de nombreuses façons de prévenir cette sécheresse automnale : on peut par exemple consommer davantage d’aliments riches en vitamines, ou recourir à certaines plantes de la pharmacopée chinoise qui dégagent les poumons, dissolvent les mucosités, nourrissent le yin et tonifient le qi, comme le ginseng ou l’adénophore, réputées efficaces pour soulager la sécheresse d’automne.
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