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Histoire. L’engagement admirable d’une femme chef de réseau dans la Résistance française

FRANCE > Histoire

Durant la Seconde Guerre mondiale, Marie-Madeleine Fourcade fut la chef d'un grand réseau de Résistance française, le réseau Alliance. Cette femme de la société bourgeoise et intellectuelle du Paris des années trente, indépendante, mère de deux enfants, allait devenir en peu de temps une meneuse déterminée, résiliente et cruciale de la Résistance, sous l'Occupation allemande.

Une jeune femme indépendante qui aimait intimement la France

Née Marie-Madeleine Bridou en 1909 à Marseille, elle eut une enfance itinérante. Sa famille suivait les différentes affectations professionnelles de son père, officier de marine. Elle eut une éducation catholique de qualité et poursuivit des études supérieures.

Mariée très jeune à un officier des Affaires indigènes au Maroc, Édouard Méric, le couple se sépara physiquement, et elle vécut dans les années 1930, de manière très indépendante à Paris, avec ses deux enfants. Elle divorça finalement de cet homme en 1947 et épousa peu après l'éditeur Hubert Fourcade dont elle eut trois enfants.

Journaliste et chroniqueuse de mode, sa vie prit un tournant décisif lorsqu'elle rencontra le brillant commandant Loustaunau-Lacau. Celui-ci appréciait ses qualités de rédaction et d'organisation et elle accepta sa proposition de devenir la secrétaire générale de son groupe de publications La Spirale.

L'engagement admirable d'une femme chef de réseau dans la Résistance française
La vie de Marie-Madeleine Fourcade prit un tournant décisif lorsqu'elle rencontra le brillant commandant Loustaunau-Lacau. (Image : wikimédia / Unknown author / Domaine public)

Quand la France s'inclina devant l'armée allemande et signa l'armistice en juin 1940, une puissante vague de patriotisme envahit Marie-Madeleine, et la poussa à agir. Elle ne put, malgré son souhait, rejoindre le Général de Gaulle à Londres, comme d'autres français le firent. Elle n'avait pas confiance, et ne se faisait pas d'illusions, quant au Maréchal Pétain.

De nombreux fonctionnaires patriotes prêts à rejoindre le réseau de résistance 

Cependant, elle rejoignit un groupe d'amis sous la houlette du commandant Loustaunau-Lacau, dans les sphères du Gouvernement de Vichy et de la puissante Légion française des combattants. Loustaunau-Lacau et ses amis décidèrent de créer un réseau de renseignement et de résistance au nazisme. Marie-Madeleine s'occupa, avec d'autres, de l'organisation du réseau et du recrutement des bonnes volontés. De nombreux fonctionnaires et officiers patriotes les rejoignirent.

La rupture avec Vichy ne tarda pas. En février 1941, le chef du Gouvernement, l'amiral Darlan renvoya Loustaunau-Lacau de la Légion française, le soupçonnant, à juste titre, d'œuvrer à l'encontre du régime de collaboration avec les allemands . L'évolution de la guerre permit à ce tout nouveau réseau de résistance, qui se nomma Alliance, de s'engager activement contre les forces nazies d'Hitler. 

Dans cette période du conflit, la guerre sous-marine tournait à l'avantage de l'armée allemande. Obtenir des renseignements sur le départ des sous-marins allemands dans les secteurs de Lorient et Brest était vital pour la marine britannique. Seuls des français pouvaient fournir ces renseignements. 

L'engagement admirable d'une femme chef de réseau dans la Résistance française
Dans cette période du conflit, la guerre sous-marine tournait à l'avantage de l'armée allemande.(Image : wikimédia / SMU Libraries Digital Collections / No restrictions)

Le réseau Alliance saisit alors l'occasion de s'impliquer concrètement dans le renseignement. Il se mit en relation avec les services secrets anglais et ouvrit ses yeux et ses oreilles en Bretagne et dans le nord-ouest sous occupation allemande. Les Allemands appelèrent par la suite ce réseau de résistance « l'Arche de Noé », car ses membres adoptèrent des noms d'animaux comme pseudonymes.

L'engagement du réseau Alliance dans le renseignement destiné aux Alliés

L'armée britannique allait désormais financer le réseau Alliance et le doter de postes-émetteurs pour que les renseignements soient rapides et efficaces. Malheureusement, le commandant Loustaunau-Lacau fut arrêté en mai 1941 et livré aux Allemands. Marie-Madeleine Fourcade lui succéda courageusement à la tête du réseau, plébiscitée par ses compagnons. Le commandant Loustanau-Lacau avait dit un jour de Marie-Madeleine, peu avant son arrestation : « Elle est le chef d'État-major, le pivot sans lequel rien ne peut tourner (…) ». 

Après quelques mois de coopération, les résultats dans le renseignement militaire entre Français et Anglais se montraient excellents. Quand enfin elle dévoilà sa véritable identité aux services secrets britanniques, la femme chef de réseau obtint de ceux-ci toute la reconnaissance qu'elle méritait. « Grande organisatrice, autoritaire, rigoureuse, entraîneuse d’hommes, hardie, elle a assez de souplesse d’esprit pour suivre les conseils des Britanniques de décentralisation du réseau en sous réseaux comme Sea Star ou les remarquables Druides de Georges Lamarque », affirme la biographe Michèle Cointet, dans son article Marie-Madeleine Fourcade, sur le site cheminsdememoire.gouv.fr.

L'engagement admirable d'une femme chef de réseau dans la Résistance française
Quand enfin elle dévoilà sa véritable identité aux services secrets britanniques, la femme chef de réseau obtint de ceux-ci toute la reconnaissance qu'elle méritait. (Image : Capture d'écran / YouTube)

Marie-Madeleine avait le pseudonyme Hérisson dans le réseau Alliance. Elle eut sous sa responsabilité jusqu'à 3000 agents. Le réseau tissa sa toile sur la France entière. Le réseau de résistance avait trois particularités remarquables, telles que rapportées dans l'article Marie-Madeleine Fourcade, cheffe du réseau Alliance, du site nbk-histoire.fr : « (...) outre le fait d’être dirigée par une femme, beaucoup de membres sont issus de la fonction publique et fait suffisamment rare pour être signalé, près d’un quart sont des femmes ! » 

« Aucun autre réseau d’espionnage allié n’a duré aussi longtemps ni fourni de renseignements aussi cruciaux pendant tout le conflit », a écrit l'auteur Lynne Olson dans son livre Madame Fourcade's Secret War. Le réseau put, par exemple, faire don aux Alliés d'une carte immense de 17 mètres, représentant les plages de Normandie avec l'emplacement des défenses ennemies, qui fut primordiale lors du Jour-J.

Le réseau Alliance recueillit notamment des informations cruciales sur les essais des premiers missiles V1 et V2, des relevés de leurs rampes de lancement. Ces informations furent récoltées par Jeannie Rousseau alias « Amniarix », membre du sous-réseau Druides. « L’opération de Rousseau avait entraîné le raid des Alliés sur Pennemünde, en Allemagne, le 17 août 1943, qui avait dévasté le centre d’essai et de lancement de missiles qui était alors le plus important du monde », explique l'auteur Rich Tenorio, dans l'article L'espionne française oubliée qui a dirigé le plus grand réseau de résistance, sur le site fr.timesofisrael.com.

Les évasions de la chef de réseau et la dangerosité des missions

Marie-Madeleine Fourcade fut arrêtée deux fois pendant la guerre. La première fois, arrêtée avec plusieurs compagnons de résistance, elle réussit à convaincre les policiers de Vichy de ne pas les livrer aux nazis. Ce fut au cours d'un transfert entre deux lieux de détention qu'une évasion simulée de toute pièce se produisit. Les évadés purent rejoindre rapidement un lieu secret

Cependant, la seconde fois elle se fit arrêter par la Gestapo. La Gestapo savait qu'elle était un agent secret, mais ignorait encore qu'elle était la chef du réseau Alliance. Elle savait qu'elle allait être torturée impitoyablement pour lui extorquer le maximum de noms et d'informations. Elle vit la petite fenêtre en haut de sa cellule avec des barreaux espacés d'à peine 20 centimètres.

L'engagement admirable d'une femme chef de réseau dans la Résistance française
Marie-Madeleine, arrêtée avec plusieurs compagnons de résistance, réussit à convaincre les policiers de Vichy de ne pas les livrer aux nazis. (Image : Capture d’écran / YouTube)

Elle attendit la nuit la plus noire et se déshabilla car le moindre tissu pouvait bloquer son passage.  Elle compacta sa robe légère et la prit entre ses dents. Elle réussit à faire passer son corps mince entre deux barreaux. Elle passa en force, elle se contorsionna, le métal déchirait la peau, du sang coulait, mais elle fut libre à nouveau.

Elle sauta sur le sol dehors et rampa dans la rue. Puis elle remit sa robe et fuya. Elle put prévenir ses compagnons résistants de la traque implacable de la Gestapo dans la région, pour qu'ils renforcent leurs dispositifs de sécurité.

Le réseau Alliance fut durement éprouvé à de nombreuses reprises. Les missions de renseignement demandées par les Anglais, étaient le plus souvent précises et dangereuses. La chef Marie-Madeleine n'épargna pas sa peine pour s'impliquer elle-même dans des missions et pour mener les centaines d'agents sous sa responsabilité. 

Lors d'un séjour en Angleterre, elle cotoya les services de renseignement anglais. Elle prit conscience que dans leurs demandes de mission aux résistants français, la sécurité était parfois négligée. Ce constat la rendit plus vigilante encore sur les mesures de sécurité dans l'exécution des missions de renseignement.

L'engagement admirable d'une femme chef de réseau dans la Résistance française
Marie-Madeleine Fourcade est restée une figure majeure et emblématique de la Résistance française. (Image : Capture d’écran / YouTube)

Retour à un temps de paix et de liberté, grâce aussi à la coopération de tous les résistants 

Après la guerre, Marie-Madeleine fit établir la liste des 432 membres du réseau Alliance qui périrent dans leur mission, ou furent portés disparus. Elle veilla pendant plus de vingt ans sur les survivants et leurs familles. « Elle cherche également à connaître la vérité et à identifier les traîtres qui ont dénoncé les nombreux membres du réseau, déportés ou exécutés », affirme le site, déjà cité, nbk-histoire.fr.

Dès la fin de la guerre, elle entreprit de faire reconnaître le réseau Alliance comme unité militaire, afin que ses membres et leurs proches puissent être dédommagés et puissent avoir accès à des aides pour ceux qui avaient tout perdu. Alliance fut effectivement reconnu comme unité combattante sur la période de février 1941 à mai 1945.  

Marie-Madeleine Fourcade publia en 1968 un ouvrage de mémoire sur le réseau Alliance, par son livre L'Arche de Noé. Elle y détaille les défis du commandement et la complexité des relations avec les services secrets anglais. Elle décéda à Paris en 1989. Un hommage solennel, avec les honneurs militaires, lui fut rendu aux Invalides, en présence de nombreuses personnalités et de nombreux anciens résistants. 

L'engagement admirable d'une femme chef de réseau dans la Résistance française
Un hommage solennel, avec les honneurs militaires, lui fut rendu aux Invalides, en présence de nombreuses personnalités et de nombreux anciens résistants. (Image : Capture d’écran / YouTube)

De toute évidence, elle était restée une figure majeure et emblématique de la Résistance française, répondant au message d'espoir de son compagnon Faye, supplicié et disparu dans les camps nazis (cité par le site memoresist.org) : « Chassez les bourreaux, servez la France " pour y faire revenir la paix, le bonheur, les chansons, les fleurs et les auberges fleuries " ».

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