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Culture. Que s’est-il passé le jour de la Pentecôte, début de la mise en place de la foi chrétienne ?

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Le jour de la Pentecôte se situe 50 jours après Pâques. Il vient clore le Temps pascal du calendrier liturgique qui démarre avec les fêtes de Pâques : dont le Vendredi saint qui signifie la mort de Jésus et le dimanche de Pâques la résurrection du Christ. Puis l’Ascension, où le Christ part rejoindre Dieu le Père, pour s’achever à la Pentecôte : le jour où Dieu le Père envoie l’Esprit Saint aux hommes. Ce jour est aussi  le début de la mise en place de la foi chrétienne.

Mais que s’est-il passé ce jour particulier et pourquoi la culture liturgique le considère-t-elle comme étant le vrai début de la mise en place de la foi chrétienne ?

Le jour de la Pentecôte se situe le septième dimanche après Pâques, en fonction des éléments calendaires utilisés par les églises chrétiennes. Il symbolise la descente de l’Esprit Saint, ou Saint-Esprit, sur les premiers disciples du Christ. (Image : wikimedia / Domaine publique)

Le jour de la Pentecôte

Le terme Pentecôte, vient du grec ancien πεντηκοστὴ ἡμέρα / pentêkostề hêméra et signifie le « cinquantième jour ». Ce jour est situé entre le 10 mai et le 13 juin : soit le septième dimanche après Pâques, en fonction des éléments calendaires utilisés par les églises chrétiennes. Il symbolise la descente de l’Esprit Saint, ou Saint-Esprit, sur les premiers disciples du Christ lors d’un événement décrit dans L’ Acte des Apôtres, le cinquième livre du Nouveau Testament, qui traduit la promesse de Jésus aux Apôtres, au moment de l’Ascension : « vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8).

Cet évènement s’est déroulé lors de la fête juive Chavouot qui commémore le don de la Loi à Moïse. Les douze Apôtres, Marie et quelques proches de Jésus de Nazareth perçoivent tout d’abord un son « pareil à celui d’un violent coup de vent » qui se répand dans la maison. Ce bruit sera suivi par : « une sorte de feu qui se partageait en langues et se posait sur chacun d’entre eux ». Cet élément a été assimilé à l’Esprit Saint, se posant sur chacune des personnes présentes. « Ils se mirent à parler en d’autres langues ». La foule tout autour exprima sa stupéfaction « parce que chacun d’eux les entendait parler sa propre langue ». (Ac 2, 1-14)

Cette fête annonce aussi pour les Chrétiens l’avènement de l’Église chrétienne. Lors de Chavouot de nombreuses conversions ont été favorisées par le don de l’Esprit Saint. Cet Esprit Saint, souvent représenté comme une colombe se posant sur la tête des premiers disciples de Jésus et y déposant des langues de feu. Les Apôtres, ayant reçu le don des langues, se sont alors répandus partout dans le monde pour propager la parole divine. C’est la mission confiée aux Apôtres de répandre la « bonne nouvelle » et les paroles de Jésus-Christ à travers le monde.

Que s’est-il passé le jour de la Pentecôte, début de la mise en place de la foi chrétienne ?
Le Concile de Nicée appuiera la croyance en la Trinité, dieu le Père, Jésus-Christ le Fils et le Saint-Esprit, comme principe fondateur pour l’ensemble des confessions chrétiennes. (Image : wikimedia / Domaine publique)

La Pentecôte est la reconnaissance de la Trinité : Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dans la liturgie chrétienne. Ainsi,  le Concile de Nicée appuiera la croyance en la Trinité, dieu le Père, Jésus-Christ le Fils et le Saint-Esprit, comme principe fondateur pour l’ensemble des confessions chrétiennes, avec la promulgation du symbole de Nicée. Renforçant ainsi le rôle du Saint-Esprit dans le monde chrétien.

Dans l’église catholique, c’est le jour souvent réservé aux cérémonies de Confirmation.

Au cours de cette cérémonie, le croyant confirme sa foi catholique et reçoit  le don du Saint-Esprit, symbolisé par l’onction d’huile sainte sur le front.

Que s’est-il passé le jour de la Pentecôte, début de la mise en place de la foi chrétienne ?
Les peintres  se servent souvent de rayons de lumière, de langues de feu qui partent de la colombe, symbole de l’Esprit Saint. Cette notion semble se référer au baptême de Jésus. (Image : wikimedia / Jean Fouquet / Domaine publique)

Le symbolisme autour du jour de la Pentecôte

Tant dans le domaine de la peinture que dans l’imaginaire collectif, le symbolisme autour de La Pentecôte reste fort.

En premier lieu, l’Esprit Saint est souvent représenté par une colombe qui devient alors bien plus qu’un symbole de paix. Tout d’abord ce symbole promeut l’innocence représentée par la robe blanche et le caractère paisible de la colombe. Cet animal est vénéré depuis la Haute Antiquité. Elle fait son apparition dans l'Arche de Noé, de l’Ancien Testament. Elle symbolise alors la vie nouvelle, tout en reflétant la paix. Dans le Nouveau Testament, elle servira souvent de symbole pour le Saint-Esprit, le Christ ou l’Église.

Les peintures représentant la Pentecôte mettent surtout l’accent sur la descente du Saint-Esprit sur l’Église, alors que les icônes auraient tendance à privilégier le rôle d’évangélisation : celui du salut des êtres en attente dans les mondes obscurs. (Image : wikimedia / National Library of Wales / CC0)

Dans le domaine de l’art liturgique, il semble y avoir une différence de représentation de la Pentecôte entre les icônes et la peinture. Dans la peinture, les peintres  se servent souvent de rayons de lumière, de langues de feu qui partent de la colombe, symbole de l’Esprit Saint. Cette notion semble se référer au baptême de Jésus et traduit certainement le lien entre la venue de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte et celui de l’Esprit sur Jésus. Au contraire dans les icônes, ce lien semble avoir disparu : la colombe n’est pas représentée. On y voit parfois une main qui pourrait symboliser la main de Dieu.

Dans d’autres représentations, il est possible de voir le Père et le Fils dans un nuage, au-dessus de la Vierge et des Apôtres. Un autre élément est que les icônes abordent plus souvent les mondes obscurs en attente du salut. Cette différence peut conduire à la compréhension que les peintures représentant la Pentecôte mettent surtout l’accent sur la descente du Saint-Esprit sur l’Église, alors que les icônes auraient tendance à privilégier le rôle d’évangélisation : celui du salut des êtres en attente dans les mondes obscurs.

Après avoir reçu l’Esprit Saint, les écritures bibliques font part des différents évangiles transmis par les douze Apôtres. (Image : wikimedia / Fyodor Zubov / Domaine publique)

La mission d’évangélisation transmise le jour de la Pentecôte

Après avoir reçu l’Esprit Saint, les écritures bibliques des différents évangiles sont transmis par les douze Apôtres. Le jour de La Pentecôte est aussi assimilé à la première prédication de Pierre à Jérusalem dans la culture liturgique. Cette première période de transmission de la foi chrétienne est placée sous le signe de la persécution des « Chrétiens », comme les ont appelés les Romains, en se servant du terme Khristos, en grec,  qui désigne celui qui a reçu l’onction du Christ, ou du Messie, Massiah en hébreu.

Il faudra attendre trois siècles après la mort de Jésus-Christ, sous le règne de l’empereur Constantin Ier, pour que cesse la persécution des Chrétiens et que la liberté de culte soit enfin accordée. La nouvelle religion a pu ainsi s’établir dans l’ensemble du bassin méditerranéen, dépasser les clivages sociaux et asseoir les valeurs traditionnelles.

Fronton de l’église Sainte-Blandine à Lyon. Parmi les chrétiens persécutés à Lyon, la « dernière survivante, une jeune fille de condition servile, Blandine, qui deviendra la patronne de la ville. Leur exemple, qui frappe de stupeur les spectateurs, et la fuite vers le nord de quelques survivants, feront plus pour l’expansion de la foi que toutes les entreprises missionnaires ». (Image : wikimedia / © Xavier Caré / Domaine publique)

Un exemple de cette évangélisation est donné par la ville de Lyon : la capitale chrétienne des Gaules. Car il existe à Lyon un capital immatériel souvent méconnu : celui de l’histoire chrétienne de l’Église primatiale des Gaules. Selon l’historienne Anne Bernet, dans son article Lyon, capitale chrétienne des Gaules, paru dans la revue Culture en décembre 2018 : « Il faut attendre 177 pour que la chrétienté gauloise apparaisse au grand jour et affirme dans le sang son existence déjà ancienne. Parce que, cette année-là, les festivités pascales coïncident avec celles de Cybèle, que vénère l’importante communauté orientale de Lugdunum, prêtres et dévots (…) exigent des autorités l’arrestation des chrétiens, coupables de profaner leurs célébrations. La rafle, massive, ramène un étonnant échantillon de convertis, mêlant dans leurs rangs commerçants orientaux, aristocrates gaulois romanisés, petites gens et esclaves. Jusqu’à la mi-août, entre deux séances de tortures atroces, les chrétiens sont maintenus en prison. Beaucoup y meurent, à commencer par l’évêque Pothin, nonagénaire. Les plus robustes finiront dans l’arène. Parmi eux, dernière survivante, une jeune fille de condition servile, Blandine, qui deviendra la patronne de la ville. Leur exemple, qui frappe de stupeur les spectateurs, et la fuite vers le nord de quelques survivants, feront plus pour l’expansion de la foi que toutes les entreprises missionnaires ». Ces profondes racines chrétiennes ont certainement contribué à la richesse du patrimoine culturel et architectural de cette ville.

Le jour de La Pentecôte et son symbolisme représenté par l’Esprit Saint descendant sur les disciples et leur permettant de pouvoir communiquer avec tous les peuples, au-delà de l’action de l’Esprit Saint, marque l’achèvement du Temps pascal. C’est aussi, selon la logique liturgique, l’accomplissement de la venue du Fils de Dieu sur Terre pour sauver les êtres. Jésus-Christ avait voulu mourir pour laver les péchés du monde et l’Esprit Saint aura permis à la « bonne parole » d’atteindre tous les êtres pour en sauver un plus grand nombre.