La Suède propose à certains immigrés jusqu’à 350 000 couronnes suédoises (environ 31 790 euros) pour qu’ils quittent volontairement le pays. Cette mesure marque un revirement radical de la politique migratoire en Europe, après des années où le pays nordique était réputé pour ses règles d’asile relativement généreuses.
Cette « prime de rapatriement », entrée en vigueur le 1er janvier, s’adresse à certaines personnes titulaires d’un permis de séjour temporaire ou permanent qui acceptent de retourner dans leur pays d’origine ou dans un autre pays où elles ont le droit de résider. Selon l’Office suédois des migrations, les adultes peuvent recevoir jusqu’à 350 000 couronnes, les enfants 25 000 couronnes, les couples jusqu’à 500 000 couronnes et les ménages jusqu’à 600 000 couronnes.
Politique migratoire en Europe : la Suède renforce considérablement son incitation au départ
Le programme n’est pas nouveau : la Suède offre un soutien financier au rapatriement volontaire depuis 1984. Cependant, le montant de l’aide a considérablement augmenté sous le gouvernement du Premier ministre Ulf Kristersson.
Selon le gouvernement suédois, le ministre des Migrations, Johan Forssell, a déclaré que ce programme offre aux personnes ayant des difficultés d’intégration « une chance de prendre un nouveau départ dans leur pays d’origine ». Le gouvernement a également renforcé les contrôles afin de prévenir les demandes frauduleuses et les versements indus.
La directrice générale de l’Agence suédoise des migrations, Maria Mindhammar, a indiqué que les nouvelles règles apportent un « soutien accru à ceux qui souhaitent recommencer à zéro » hors de Suède. L’agence précise que les demandeurs doivent avoir le droit de s’établir dans leur pays de destination et ne peuvent pas utiliser l’aide pour s’installer ailleurs dans l’Union européenne, l’Espace économique européen ou en Suisse.
Cette politique témoigne d’une transformation plus large de l’approche suédoise en matière d’immigration. Le pays a accueilli environ 163 000 demandeurs d’asile lors de la crise migratoire européenne de 2015, soit le deuxième taux le plus élevé par habitant en Europe. D’après un rapport de Reuters publié le 8 septembre, les arrivées devraient avoir chuté d’environ 96 % d’ici 2025.
Peu d’immigrés ont accepté l’offre de la Suède
Malgré le montant des aides, le nombre d’utilisateurs reste limité. Seules 171 personnes ont accepté l’offre depuis le début de l’année, selon Reuters : alors même que le gouvernement a alloué 1,3 milliard de couronnes suédoises ( plus de 116 millions d’euros) au programme.
Les critiques estiment que cela suggère que cette initiative relève davantage d’un signal politique que d’un véritable outil de gestion des migrations. Bram Frouws, directeur du Centre pour les migrations mixtes, a déclaré à Reuters qu’il existait peu de preuves que de tels programmes entraînent une forte augmentation des départs volontaires, qualifiant l’approche suédoise de « principalement symbolique ».
Les Démocrates de Suède, qui soutiennent le gouvernement de Kristersson au Parlement, souhaitent aller plus loin. Le parti a proposé d’étendre les incitations financières à certains immigrants déjà naturalisés suédois, s’ils renoncent volontairement à leur citoyenneté et quittent le pays. Ludvig Aspling, porte-parole des Démocrates suédois sur les questions migratoires, a déclaré que le pays comptait des immigrés « qui n’ont pas réussi à s’intégrer en Suède », arguant que le rapatriement pourrait leur donner l’opportunité de reconstruire leur vie ailleurs.
De nombreux immigrés confirment n’avoir aucune intention de partir
Cependant, de nombreux immigrés interrogés par Reuters ont affirmé n’avoir aucune intention de partir. Elena Ibrahim, une Soudanaise qui a fui en Suède il y a huit ans et travaille désormais comme artiste, a expliqué aspirer à la liberté et à la possibilité de travailler et de se construire une vie stable. « Je ne rentrerai pas », a-t-elle affirmé.
Cette politique s’inscrit dans un débat plus large sur l’immigration, à l’approche des élections suédoises du 13 septembre. La Suède a également durci ses règles de résidence et instauré ses premiers tests de citoyenneté, tandis que d’autres gouvernements européens mettent en œuvre des politiques de retour et d’expulsion plus strictes. Avec environ 2 millions de ses 10,6 millions d’habitants nés à l’étranger, la migration demeure l’un des enjeux politiques majeurs du pays.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Sweden Offers Immigrants Up to $37,000 to Leave the Country
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