Un fait étonnant, souvent méconnu : les toits du Palais impérial de la Cité interdite sont presque entièrement exempts de fientes d’oiseaux. Malgré son âge vénérable et son exposition aux intempéries, ce palais remarquable ne porte quasiment aucune trace des dégâts que les oiseaux causent souvent aux bâtiments historiques.
La Cité interdite de Pékin, construite sous la dynastie Ming, a célébré son 600ème anniversaire en 2019. Ce vaste complexe a servi de résidence aux empereurs des dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1912), couvrant près de 500 ans d’histoire impériale. En son centre, le Palais impérial abrite les principaux bâtiments résidentiels et cérémoniels.

Préserver un tel patrimoine architectural n’est jamais chose aisée. Nombre de ces édifices précieux souffrent non seulement du vent et de la pluie, mais aussi des fientes d’oiseaux, qui peuvent endommager progressivement même les plus magnifiques toitures. Pourtant, le Palais impérial, chose remarquable, ne présente presque aucune de ces marques.
Mais pourquoi ?

Lors de la construction du palais, ses architectes avaient déjà anticipé ce problème. Résidence de l’empereur, il se devait de demeurer sacré et pur, et il était impensable que des oiseaux puissent le souiller. C’est pourquoi ils l’ont conçu avec un soin extraordinaire.
Tout d’abord, les toits étaient recouverts de tuiles vernissées de haute qualité, dont la surface exceptionnellement lisse rendait difficile le perchoir des oiseaux. Ensuite, les concepteurs ont opté pour des tuiles vernissées jaunes et des murs rouges : des couleurs traditionnellement considérées comme repoussant les oiseaux. Troisièmement, des dynasties Ming aux Qing, un personnel dévoué entretenait les lieux, nettoyant régulièrement et chassant les oiseaux et autres animaux. De plus, des experts modernes suggèrent que les bâtisseurs de l’époque utilisaient peut-être une peinture spéciale dégageant des parfums subtils désagréables pour les oiseaux, les dissuadant ainsi de s’attarder près des bâtiments.
Grâce à ces choix judicieux, le Palais Impérial est resté remarquablement bien conservé pendant des siècles, témoignant de la clairvoyance et de l’ingéniosité de ses premiers architectes. On ne peut qu’admirer le talent et la vision de ces bâtisseurs de l’Antiquité.
Histoire, architecture et héritage de la Cité interdite

La Cité interdite est ouverte au public sous le nom de Musée du Palais depuis 1925, suite au départ définitif du dernier empereur, Puyi, de la Cour intérieure. Ses collections sont principalement constituées des trésors impériaux des dynasties Ming et Qing, et elle est souvent classée parmi les cinq plus grands musées du monde, aux côtés de l’Ermitage en Russie, du Louvre en France, du Metropolitan Museum of Art aux États-Unis et du British Museum au Royaume-Uni.
Sa construction fut ordonnée en 1406 par l’empereur Yongle (Zhu Di), et l’architecte en chef fut l’artisan impérial Kuai Xiang. La construction initiale qui dura 15 ans, nécessita environ 230 000 artisans et plus d’un million de travailleurs et de soldats. De son achèvement en 1420 jusqu’à l’abdication du dernier empereur Qing en 1911, 24 empereurs y résidèrent.
Situé au cœur de l’axe central de Pékin, le complexe palatial s’étend sur environ 720 000 mètres carrés, dont près de 150 000 mètres carrés de bâtiments. Il demeure le plus grand complexe palatial encore existant au monde. Le palais mesure 961 mètres du Nord au Sud et 753 mètres d’Est en Ouest. Protégé par des douves, il est entouré d’une muraille de 9,9 mètres de haut et de 8,26 mètres d’épaisseur.

Les quatre portes cardinales : Sud, Est, Ouest et Nord, marquent le complexe :
- La Porte du Midi au Sud était l’entrée principale : elle symbolise l’autorité centrale de l’empereur, car c’est de là que l’empereur s’adressait au peuple, au travers des édits impériaux ou des décrets…
- La Porte de la Gloire orientale à l’Est et la Porte de la Gloire occidentale à l’Ouest, représentent la croissance, la fortune et l’abondance,
- La Porte de la Prouesse Divine au Nord, nommée d’après la créature céleste protectrice de la cosmologie chinoise, est aujourd’hui l’entrée principale du Musée du Palais.

Au début de la dynastie Ming, le palais comptait plus de 1 630 pavillons. Sous le règne de l’empereur Qianlong, durant la dynastie Qing, leur nombre dépassait les 1 800 : aujourd’hui, 2 631 pavillons subsistent. La légende raconte que le palais possède 9 999,5 pièces, un chiffre symboliquement proche des 10 000 pièces mythiques du palais divin au Ciel. Des relevés effectués sur place par des experts en 1973 ont dénombré plus de 90 cours et 980 bâtiments encore debout, soit un total de 8 704 pièces. Le terme « pièce » désignait alors non pas un espace clos moderne, mais la zone délimitée par quatre piliers porteurs.
La Cité interdite Pourpre

Avant la révolution de 1911 (également connue sous le nom de révolution Xinhai), qui mit fin au régime impérial en Chine, le palais était appelé la « Cité interdite Pourpre ». Ce nom provient de l’astronomie chinoise antique : les érudits divisaient le ciel en trois enceintes, quatre symboles et vingt-huit constellations. L’enceinte centrale, l’« Enceinte de l’Étoile Pourpre », était considérée comme la demeure de l’Empereur Céleste. L’empereur terrestre, se proclamant « Fils du Ciel », adopta la couleur pourpre pour son propre palais, d’où le nom de « Cité Interdite Pourpre ».
La palette architecturale du palais comprend des carreaux vernissés jaunes, des murs rouges, des ornements dorés et des fondations en marbre blanc. Les carreaux vernissés jaunes symbolisaient l’autorité suprême de l’empereur.

Aujourd’hui, la Cité Interdite est non seulement une merveille architecturale, mais aussi un symbole de la vision, du savoir-faire et de la clairvoyance de ses bâtisseurs. De ses toits soigneusement entretenus à ses salles grandioses et ses vastes cours, elle continue d’inspirer l’admiration des siècles après son achèvement, laissant un héritage impérissable à la mémoire du monde entier.

Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Inside the Forbidden City: Marvels of China’s Ancient Palace
www.nspirement.com
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