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Culture. Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne

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Soutenue par de grands peintres, favorite de la reine Marie-Antoinette, Elisabeth Vigée Le Brun a laissé au monde un patrimoine considérable de portraits de personnalités de la fin du XVIIIe siècle. Nous avons probablement tous pu observer certaines de ses œuvres célèbres, sans bien souvent en connaître la créatrice.

L'enfance imprégnée d'art d'Elisabeth Vigée Le Brun

Elisabeth Vigée-Lebrun, née à Paris en 1755, grandit dans un environnement artistique. Son père Louis Vigée était un peintre pastelliste reconnu, membre de l'Académie de Saint-Luc,  confrérie de maîtres peintres et sculpteurs de Paris. Il était apprécié pour sa compagnie agréable et son sens de l'humour. 

Sa mère, Jeanne Maissin, d'origine paysanne, très pieuse, était une coiffeuse de renom auprès des dames de l'aristocratie et de la bourgeoisie. La coiffure était un art libéral s'inscrivant dans un cadre corporatif strict. Dans la société parisienne du XVIIIe siècle, la coiffure des dames était plus qu'une simple esthétique, c'était un indicateur de leur statut social. 

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne
La mère d'Élisabeth, Jeanne Maissin, était une coiffeuse de renom auprès des dames de l'aristocratie et de la bourgeoisie. (Image : wikimédia / Élisabeth Louise Vigée Le Brun / Domaine public)

Élisabeth, à trois ans , accueillit la naissance d'un petit frère qu'elle affectionna, Étienne. À l'âge adulte, Étienne Vigée devint homme de lettres et dramaturge. Le début de la Révolution française l'enthousiasma et inspira ses vers. Néanmoins, après une arrestation comme partisan des Girondins, qui lui fit goûter le côté injuste et terrifiant de la Révolution, il rejoignit les contre-révolutionnaires puis s'éloigna du monde politique.

Un apprentissage auprès de peintres renommés

Très jeune, Élisabeth révéla un penchant et un talent hors pair pour le dessin et la peinture. Dans son volumineux recueil de mémoires, Souvenirs, Élisabeth écrivait : « On me mit au couvent à l'âge de six ans; j'y suis restée jusqu'à onze. Dans cet intervalle, je crayonnais sans cesse et partout ; mes cahiers, et même ceux de mes camarades, étaient remplis à la marge de petites têtes de face, ou de profil ; sur les murs du dortoir, je traçais avec du charbon des figures et des paysages, aussi vous devez penser que j'étais souvent en pénitence ».  

Son père, à qui elle était très attachée, ne put malheureusement lui donner que quelques leçons de peinture car il mourut brutalement d'une septicémie en 1767. « Lorsqu'il se sentit près de ses derniers moments, mon père désira revoir mon frère et moi. (…) Il fit un effort, se souleva pour nous donner sa bénédiction : " Soyez heureux, mes enfants ", dit-il. Une heure après, notre excellent père n'existait plus! », écrivait-elle dans Souvenirs.

À l'âge de 12 ans, Élisabeth s'engagea dans l'apprentissage de la peinture et suivit les leçons et conseils de peintres réputés de cette époque. Sa mère participait activement à sa formation et l'emmenait visiter des collections privées. La jeune peintre se mit à l'épreuve, enrichit ses compétences picturales et s'exerça à l'art du portrait en reproduisant des tableaux de Rubens, Van Dyck et Rembrandt. 

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne
À l'âge de 12 ans, Élisabeth s'engagea dans l'apprentissage de la peinture et suivit les leçons et conseils de peintres réputés de cette époque. Portrait du peintre Hubert Robert qu'elle considérait comme son chef-d'œuvre. (Image : wikimédia / Élisabeth Louise Vigée Le Brun / Domaine public)

Son premier atelier de peintre encore adolescente

Sans doute imprégnée de l'observation du travail et des peintures de son père durant sa petite enfance, avait-elle développé intuitivement un sens aigu de la composition d'une œuvre, du maniement des pinceaux, de l'agencement harmonieux des couleurs. Quoi qu'il en soit, dès l'âge de 15 ans elle établit un atelier de peintre et exerça son art publiquement.

Ses premiers modèles pour ses portraits furent naturellement ses proches. Un portrait de sa mère fit sensation à Paris. Dès lors, elle commença à rencontrer des clients intéressés et à recevoir de plus en plus de commandes. Cependant la réglementation du commerce était stricte, et comme elle exerçait son art sans avoir obtenu de licence, son atelier fit l'objet d'une saisie en 1774. Suite à ce déboire, elle postula à l'Académie de Saint-Luc où son père avait été professeur. Elle y fut admise.

À cette époque, Élisabeth fréquentait le marchand d'art Jean-Baptiste Lebrun qui lui permit de copier des tableaux de maîtres de sa collection. Elle l'épousa en 1776. De leur union, naquit Julie en 1780, qui devint un modèle idéal pour sa mère peintre. Elles figurent toutes deux dans de nombreux portraits de tendresse et de bonheur.

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne
Du mariage d'Élisabeth et Jean-Baptiste Le Brun naquit Julie en 1780, qui devint un modèle idéal pour sa mère peintre. (Image : wikimédia / Élisabeth Louise Vigée Le Brun / Domaine public)

L'heureuse introduction d'Élisabeth Vigée Le Brun à la Cour de Versailles

Au cours de ces quelques années de perfectionnement, elle affina sa propre technique et son style. Dans les jardins du Palais-Royal, elle fit un jour la connaissance de la duchesse de Chartres, une aristocrate qui allait lui ouvrir les portes de la Cour du roi. Elle obtint bientôt une commande de tableau de la part du comte de Provence, le frère cadet du roi Louis XVI

Dans l'article Élisabeth Vigée Le Brun : une biographie haute en couleur sur le site passion-marie-antoinette.com, l'auteur Stéphanie Soulier rapporte la déception de la reine vis-à-vis des portraitistes qui se succèdent pour la peindre, mais dont elle n'est pas satisfaite. « Les peintres me tuent et me désespèrent »,  se lamenta-t-elle auprès de sa mère Marie-Thérèse d'Autriche.

Quand la reine Marie-Antoinette fit connaissance d'Élisabeth Vigée Le Brun, une affinité de caractère se révéla entre les deux femmes. Les talents de peintre d'Élisabeth mettaient tout-à-fait en valeur la beauté de la reine et satisfaisaient à ses exigences. Pendant plus d'une décennie, jusqu'à la Révolution, la peintre fit plus de vingt portraits de la reine. Elle fit aussi le portrait de nombreuses figures de la haute société de l’époque, séduisant sa clientèle par le charme de son style léger et raffiné. 

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne
Une affinité de caractère se révéla entre Marie-Antoinette et Élisabeth Vigée Le Brun. (Image : wikimédia / Alexis-Joseph Pérignon / Domaine public)

Par ordre du roi et soutenue par la reine, elle fit en 1783 son entrée à la prestigieuse Académie Royale de peinture et de sculpture. Quatre femmes purent, cette année-là, intégrer l'Académie, institution fondée au siècle précédent, dont seulement quatre autres femmes avaient pu être membres jusqu'ici sur environ 180 membres masculins.

Le bouleversement des vies par la Révolution française

Élisabeth était à Louveciennes, au nord de Versailles, chez la comtesse du Barry dont elle faisait le portrait, quand elle entendit les premières canonnades de la Révolution française en juillet 1789. Étant d'une grande ferveur royaliste et faisant l'objet de virulentes attaques dans des pamphlets, elle fut forcée de quitter Paris en octobre de la même année. Elle partit alors, avec sa fille et sa gouvernante, vers l'Italie, laissant son mari, sa fortune et ses peintures. 

Durant la Révolution, le nom d'Élisabeth Vigée Le Brun fut ajouté à la liste des émigrés et elle perdit ainsi ses droits de citoyenneté. Son mari, Jean-Baptiste Le Brun publia en 1793 une longue plaidoirie en faveur de sa réintégration, mais son appel fut rejeté et il fut emprisonné plusieurs mois. 1793 fut aussi l'année où les révolutionnaires guillotinèrent Louis XVI et Marie-Antoinette. Pour se protéger, en 1794, le mari d'Élisabeth demanda le divorce, qui fut prononcé.

Pour Élisabeth commença le début d'un long exil de plus de douze années à travers l'Europe. Dans la biographie qui lui est consacrée sur le site internet rivagedeboheme.fr, il est dit : « l’artiste use de son renom et de son charme pour servir une clientèle européenne fascinée par le modèle français. Entre 1789 et 1802, son talent est officiellement reconnu par les académies artistiques de Rome, Bologne, Parme, Florence et Saint-Pétersbourg ». 

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne
« L'artiste use de son renom et de son charme pour servir une clientèle européenne fascinée par le modèle français. » (Image : wikimédia / Élisabeth Louise Vigée Le Brun / Domaine public)

L'impératrice Catherine II régnait alors sur la Russie. À Saint-Pétersbourg, Élisabeth réalisa des portraits de la famille impériale et de la haute société russe. En 1800, elle fut enfin rayée de la liste des émigrés, pouvant ainsi revenir dans son pays.

Le recueil de mémoires d'une éminente femme peintre 

« En 1802, elle est de retour en France où elle habite l'Hôtel Lebrun malgré le divorce. Son retour est salué par la presse. Cependant, la plupart de ses amis ont disparu et la société française est profondément bouleversée. Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun décide de quitter la France et voyage. Elle visite longuement l'Angleterre et la Suisse avant de s'installer définitivement en France où elle redevient rapidement une artiste à la mode », précise la biographie de son recueil Souvenirs

Souvenirs est le recueil des mémoires de toute une vie. Élisabeth avait beaucoup écrit dans sa vie, prenant de nombreuses notes sur les personnages qu'elle peignait. De plus elle avait une excellente mémoire. « Mon cœur a de la mémoire », écrivit-elle dans les premières lignes de son recueil et elle continuait plus loin : « Je joindrai d'ailleurs à mon récit les notes que j'ai prises à différentes époques de ma vie, sur une foule de personnes dont j'ai fait le portrait, et qui, pour la plupart, étaient de ma société ».

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne
Élisabeth prenait de nombreuses notes sur les personnages qu'elle peignait et, de plus, avait une excellente mémoire. (Image : wikimédia / Élisabeth Louise Vigée Le Brun / Domaine public)

Dans l'article du site passion-marie-antoinette.com, l'auteur Stéphanie Soulier souligne : « Avec ses Souvenirs, elle entend parachever l’image d’une femme peintre accomplie, tout en diffusant la profonde nostalgie qui l’habite. Élisabeth Vigée Lebrun demeure très attachée au souvenir de l’Ancien Régime et de la reine qu’elle a tant représentée »

Des œuvres qui ont coloré notre imaginaire 

Selon Stéphanie Soulier, Élisabeth se définissait presque comme autodidacte, pourtant elle maniait à la perfection la couleur et la composition : « Elle nous laisse un vibrant témoignage pictural de son époque et de la famille royale. »

En Suisse, elle prit goût à la peinture de paysages en compagnie de l'écrivaine Madame de Staël. Élisabeth créa une œuvre monumentale tout au long de sa vie. Elle quitta ce monde en 1842 à l'âge de 87 ans. Elle offrait au patrimoine culturel français et mondial 660 portraits, 15 tableaux et près de 200 paysages.

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre talentueuse de la haute société française et européenne
« Elle nous laisse un vibrant témoignage pictural de son époque et de la famille royale. » (Image : wikimédia / Élisabeth Louise Vigée Le Brun / Domaine public)

Son succès international était dû à son talent, mais aussi à la belle et sincère image qu'elle savait donner aux personnages, célèbres ou non, qu'elle peignait. Elle représentait généralement ses modèles sous leur meilleur jour, avec leurs meilleures qualités, pourrait-on dire. Elle révéla dans ses Souvenirs : « Je tâchais, autant qu’il m’était possible, de donner aux femmes que je peignais l’attitude et l’expression de leur physionomie ; celles qui n’avaient pas de physionomie, on en voit, je les peignais rêveuses et nonchalamment appuyées. »  

Élisabeth Vigée Le Brun, travailla sans relâche à de magnifiques portraits de personnages en vue dans la société, durant une quinzaine d'années avant la Révolution française. Elle a coloré de grâce et d'élégance notre imaginaire de la monarchie et de la haute société de cette époque.

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