La croisière fluviale, une autre façon de découvrir un lieu
C’est l’été, se dépayser sans forcément partir très loin, c’est possible ! Découvrir la belle ville historique de Lyon sous un autre angle est un incontournable des croisières fluviales. Si vous passez par Lyon cet été, vous pourrez rêver au fil de La Saône, plusieurs heures, en toute quiétude, tout en dégustant un repas traditionnel, à bord de l’un des nombreux bateaux-croisières proposant cette formule, au départ des Quais de Saône.

Symbolique du bateau-croisière : la paix du présent versus la guerre du passé
Le bateau-croisière transporte sans nul doute ses passagers d’une façon douce sans égale sur l’eau. Ce moyen de transport vous reconnecte avec l’eau, la nature, le vent, les oiseaux, les personnes qui vous entourent. C’est un voyage en pleine conscience que les passagers vivent là. Des passagers d’horizons différents, certains de la région lyonnaise, d’autres de régions plus lointaines mais tous sont en quête d’un monde de silence et de calme, loin du tumulte des berges, de la ville exaltée, et du chaos du passé historique. Ils retrouvent en quelque sorte une certaine liberté : celle de leur paix intérieure au fil de l’eau. Le passeur Charon est absent du décor, les vivants vivent simplement l’instant présent en bonne compagnie. Pas de Styx, mais La Saône, au nom inspiré d’une déesse celte. La Saône rejoignant le Rhône à Lyon et qui, par le passé, fut une frontière naturelle, protectrice, finalement franchie par les Helvètes en -58, catalysant ainsi la Guerre des Gaules.
Le temps a laissé place à l’harmonie sur La Saône, une parenthèse de sérénité, plus de guerre mais la paix. Cependant, au fil des rencontres fluviales, l’œil aiguisé de certains passagers sera amené à s’interroger sur le sens de la vie...

Symbolique statuaire découverte lors de la croisière sur La Saône
Depuis le bateau-croisière, au niveau du Quai Romain Rolland, les passagers semblent fascinés par une œuvre scandinave faisant face avec humilité au Palais de Justice « historique » de Lyon, Palais de Justice encore appelé « les vingt-quatre colonnes » et au pied même de la colline où se trouve la Basilique Notre Dame de Fourvière, vouée au culte de la Vierge, ayant protégée Lyon de la peste au XVIIe siècle. (Voir la photo N°1 de cet article, photo du centre).
Cette statue d’un homme portant un autre homme, n’est pas installée ici par hasard, elle se nomme Le poids de soi-même ou The weigth of oneself . Elle est l’œuvre de deux artistes plasticiens contemporains : Michael Elmgreen, poète danois et Ingar Dragset ancien étudiant norvégien en art dramatique. Lorsque les badauds sur le quai observent la statue de plus près, ils se rendent bien vite compte que les deux hommes représentés statufiés ont le même visage.
Depuis le bateau-croisière, ce qui frappe le regard des passagers est la petitesse des hommes sculptés face à l’imposant bâtiment représentant la justice des hommes et l’humilité encore de ces statues face à la hauteur d’un bâtiment religieux représentant la justice de Dieu.
Cette statue et son ego feraient donc face en quelque sorte à la justice humaine et à la justice divine ? La Loi terrestre et La Loi divine ?
Ces deux artistes scandinaves ne cessent de questionner dans leur travail, souhaitant que les gens s' interrogent, aient une réflexion sur la société à travers leurs œuvres.
Ici, l’Homme nu, face au monde, seul avec lui-même, seul avec le poids de ses responsabilités, de ses actes, peut-être face au jugement terrestre ou ultime, se présenterait humblement en conscience ? L’Homme pourrait-il être son propre sauveur ? Cette installation questionne donc non seulement sur la responsabilité individuelle de nos actes mais également sur la responsabilité collective de nos actes face à la société humaine et face aux Cieux ?
Michael Elmgreen aurait expliqué lors d’une interview sur Grand Lyon TV : « Ce serait l’histoire de quelqu’un qui essaie de se sauver de lui-même. »
Ainsi, n’est-il peut-être pas anodin non plus que cette statue Le poids de soi-même prenne place justement devant le Palais de Justice qui condamna Klaus Barbie en juillet 1987, à la réclusion criminelle à perpétuité pour crime contre l’Humanité commis pendant la seconde Guerre Mondiale ? L’homme porterait ainsi de même son propre fardeau, c’est-à-dire lui-même, avec le poids lourd des conséquences de ses actes ?
Ainsi, ces pérégrinations fluviales solliciteraient de bien grandes réflexions métaphysiques.
D’autres statues fascinantes campent le long des berges de La Saône ...

Le bateau-croisière file et passe près d’une grotte...Une ombre solitaire s’y cache... Une autre statue intemporelle, témoin solitaire de l’évolution historique de Lyon, au sein du quartier Saint Paul, sous les rochers de Pierre Scize, se tient droite, près de La Saône tenant une bourse d’argent dans la main droite et son testament dans la main gauche. Il s’agirait là de la fameuse statue énigmatique de L’Homme de la Roche, un certain Jean Kleberger, riche marchand, né à Nuremberg en Allemagne, au XVe siècle. La légende raconte qu’il avait le cœur sur la main, c’est pour cela qu’on l’appela à l’époque « le bon allemand ». Lors d’une épidémie de peste à Lyon, il fit don de sommes d’argent considérables afin de financer la construction de logements pour les plus démunis de la ville et aider les enfants malheureux. Riche philanthrope et généreux bienfaiteur, il fut remercié par cet hommage statuaire en son honneur. Ainsi, pourrait-on souligner qu’il faut savoir donner pour mieux recevoir et ainsi espérer demeurer pour la postérité.
Peut-être que si l’Homme fait de bonnes choses, il lui arrivera de bonnes choses ?

Le bateau-croisière continue de glisser doucement sur La Saône et bientôt une autre statue contemporaine se détache des quais...Se détache du monde même car les lourdes cordes qui tentent de la retenir, ne semblent pas faire le poids face à une force invisible qui la soulève...
L’attraction terrestre ne semble plus avoir de prise sur elle...Sur le Belvédère des terrasses de la presqu’île, à la hauteur de la place d’Albon, trône une œuvre de Philippe Ramette, un artiste plasticien français contemporain.
Le personnage en costume semble descendu de son piédestal pour s’asseoir sur son socle et contempler le monde qui s’éloigne de lui. Prendrait-il de la hauteur pour mieux contempler le monde ? Certainement, puisque cette oeuvre s’intitule : Éloge de la Contemplation et qu’elle a été réalisée dans le cadre du programme River Movie sous l’égide du Directeur artistique pour l’aménagement des rives de La Saône : Jérôme Sans.
Dans un article de Lyon Capitale de Loane Carpano, l’artiste déclare :
« Par son ‘’ élévation’’ retenue, ce personnage juché sur son socle semble avoir accédé à un point de vue élevé qui, probablement, lui permet d’entrevoir ce que nous ne voyons pas encore. Comme une métaphore de l’attitude humaine propice à tout progrès et à toute évolution. »
Les cordes symboliseraient un attachement...
Au micro, lors d’une interview accordée à Lyonvidéos.fr, l’artiste Philippe Ramette déclare : « Il y a la notion d’arrimage comme c’est le cas pour un navire... » (...)
« Cela représente une douce lévitation et l’on peut imaginer dans le principe que cette sculpture justement puisse elle-même se déplacer. » (...)
« Le personnage est en résine évoquant ce que peut être une sculpture en bronze, le socle lui aussi est en résine, creux et il a été habillé façon pierres de Villebois. Cette pierre étant une pierre traditionnelle et extrêmement ancrée dans le patrimoine lyonnais. » (...)
En effet, la pierre naturelle de Villebois, autrefois appelée également choin de Villebois, était une pierre d’origine calcaire qui était presque exclusivement utilisée dans l’édification de bâtiments religieux surtout dans la région lyonnaise. L’utilisation de la rivière comme moyen de transport facilitait alors l’acheminement de cette pierre de Villebois.
Philippe Ramette souligne l’importance d’une fabuleuse coopération avec les artisans de la région lyonnaise, mettant ainsi leur savoir-faire sur le devant de la scène.
« Intervenir dans l’espace urbain, c’est enrichissant car cela me permet de travailler avec des entreprises extrêmement compétentes, d’être mis en relation avec des artisans qui sont passionnés et qui ont un savoir-faire absolument étonnant. » (...)
Jérôme Sans au micro de Lyonvidéos.fr explique à quoi servent les différentes installations : « Vous ressourcer, penser, voir le monde différemment... »
« C’est une manière d’aller vers un autre monde, vers d’autres mondes, d’autres possibilités, vers l’autre. Toutes ces œuvres (...) vous amènent au-dessus, à voir par-dessus le monde, d’aller voir au loin différentes possibilités, d’être en élévation un peu ce qui nous ramène à l’œuvre de Philippe Ramette. »
« Philippe Ramette vous amène d’un quai à un autre, d’une rive à l’autre et à penser aux autres qui sont dans l’autre monde en face de vous. C’est une invitation, on pourrait dire aujourd’hui, une invitation à considérer le monde, non pas vu de ma propre lucarne mais d’inclure les autres mondes qui sont de l’autre côté de mon monde. Il y a beaucoup de possibilités de lectures dans toutes ces œuvres. »
« L’art ou la littérature, le cinéma, c’est aussi une manière de repenser le monde, de se repenser soi-même et de se nourrir d’autre chose que ce que l’on peut faire au quotidien. »
Bien d’autres statues vous attendent sur les berges, alors gardons un peu de mystère.
Ainsi, le bateau-croisière vous permet de voyager vers d’autres mondes imaginaires par l’observation des différentes statues installées sur les berges de La Saône. Mais pas que...

Vue sur des bâtiments historiques lyonnais depuis le bateau-croisière
Lors de la traversée, les passagers pourront après le Palais de Justice historique, découvrir également l’Abbaye de Collonges. Ancien monastère fondé en 1142 pour des religieuses cisterciennes, ce monastère deviendra une annexe du célèbre restaurant du Meilleur Ouvrier de France : Paul Bocuse, avec ses belles Trois Étoiles au Guide Michelin durant 53 ans. Paul Bocuse reste sans conteste « Le Maître de la cuisine traditionnelle française », connu dans le monde entier mais également rendons-lui hommage : un jeune de 18 ans engagé volontairement aussi aux côtés du Général De Gaulle pour la libération de la France. Des soldats américains le soigneront après de terribles blessures reçues dans les bois de Ronchamp. Ces soldats amis le transfuseront et lui tatoueront un coq gaulois sur l’épaule gauche. Paul Bocuse, ne l’oublions pas, recevra la Croix de Guerre 1939-1945 pour service rendu à son pays.
Ainsi, Lyon reste le symbole mondial de la gastronomie traditionnelle à la française avec ce grand chef au cœur courageux.
Sur les rives de La Saône, les passagers du bateau-croisière pourront découvrir de même, L’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon. Cette grande école s’appelait encore en 1780, l’école Royale académique de dessin et géométrie et faisait partie des premières écoles d’art françaises hors de Paris, créée essentiellement pour fournir à la fabrique lyonnaise de soierie des dessinateurs hors pair et de talent. La soie, demeure l’un des symboles historiques de Lyon avec ses Canuts.
Et puis, sur la pointe sud de la Presqu’île de Lyon à la confluence de La Saône et du Rhône, les passagers découvrent un bâtiment futuriste, contemporain, le Musée des Confluences. Celui-ci a pour mission d’enrichir par de nouvelles acquisitions les collections du Musée d’histoire naturelle Guimet de Lyon. Ainsi, ce musée futuriste aborde -t-il les questions concernant les grandes civilisations et différentes sociétés ainsi que l’anthropologie.
Lors de votre visite au Musée des Confluences vous pourrez entre-autre dans l’espace d’exposition permanent nommé Origines, les récits du monde, découvrir différents squelettes comme celui d’un mosasaure, ou d’un Camarasaurus ainsi que celui d’un trilobite mais aussi observer des météorites. Trois autres espaces complètent l’exposition permanente du Musée des Confluences, nommés : Sociétés, le théâtre des Hommes, Espèces, la maille du vivant et Éternités, visions de l’au-delà . Tout un programme ! Après la traversée en bateau-croisière, un autre voyage attend donc les passagers qui poseront le pied sur les berges et ayant soif de connaissances, au Musée des Confluences.
Bien d’autres bâtiments seront à admirer, les façades ocres et terre, aux couleurs d’inspiration italienne de villes telle que Florence, vous feront également voyager vers la Renaissance, mais ne dévoilons pas tout. Chut...

Nous ne pouvons achever cet article sans évoquer l’île sauvage ou l’Île Barbe. C’est un bel écrin qui accueillit au Ve siècle une abbaye, l’une des plus anciennes de France et des plus célèbres sous la dynastie des carolingiens. Une bibliothèque y fut même établie sous le règne de Charlemagne. L’île sauvage est longue d’environ 560m et large d’environ 130m. La règle de Saint Benoit y fut adoptée au IXe siècle. Cette abbaye très puissante au XIIe siècle aurait eu une influence qui se serait étendue sur 113 églises et 43 prieurés de la région. Le bâtiment religieux aurait également été plusieurs fois pillé au fil du temps, pour finir incendiée en 1562 par des troupes protestantes.

À qui sait l’écouter, La Saône nous murmure donc de bien belles histoires au creux de l’oreille, au fil de l’eau... Elle nous interpelle sur le sens de la vie et de la raison d’être humaine...
Ces nombreux ponts évoquent sans conteste la célèbre peinture de la dynastie des Song, réalisée par Zhang Zeduan, intitulée La Fête Qing Ming au bord de la rivière.
La Saône, cette belle rivière, nous invite elle aussi à l’enjamber avec ses multiples ponts qui la parcourent. Ces ponts historiques ou pas, reliant une rive à l’autre, ouvrent le monde à d’autres perspectives, reliant les hommes de cette région les uns aux autres, au fil du temps, du temps passé, du temps présent et du temps futur qui viendra les prendre par la main.
La Saône en bateau-croisière nous invite tous à la contemplation et à la réflexion sur nous-mêmes. Une expérience, à réaliser donc, au moins une fois dans sa vie si vous passez par Lyon.
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