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Sagesse. La Pérégrination vers l’Ouest et quelques-unes de ses leçons morales

CHINE ANCIENNE > Sagesse

Le roman La Pérégrination vers l’Ouest est un classique de la littérature chinoise. Ce roman fantastique écrit sous la dynastie des Ming par Wu Cheng'en (1500 - 1582), s’inspire de l’histoire d’un moine de la dynastie Tang à la recherche des écritures bouddhiques en Inde. Considéré comme un roman initiatique, ses leçons morales peuvent encore nous éclairer aujourd’hui.

Une autre lecture de La Pérégrination vers l’Ouest

Dans le dernier chapitre de La Pérégrination vers l’Ouest, aussi connu sous le titre Le voyage en Occident, Sun Wukong, le singe qui a tenu tête au Ciel, vient d'être déclaré Bouddha. Il demande une faveur à son maître : réciter la formule de libération et briser le bandeau d'or qui orne sa tête, afin que la Bodhisattva Guanyin ne puisse l'attacher à personne d'autre. Tang Sanzang lui demanda alors de tendre la main et de tâter. Le bandeau avait déjà disparu.

Le bandeau d'or s'est volatilisé de lui-même une fois Sun Wukong devenu Bouddha

La Pérégrination vers l’Ouest et quelques-unes de ses leçons morales
Maintenant que le disciple Tang Sanzang est devenu un Bouddha, le bandeau disparaît de lui-même. Personne ne le lui a retiré. Son état précédent a cessé de se manifester et n’existe plus, et le bandeau a disparu avec lui. (Image : wikimedia / Tsukioka Yoshitoshi / Domaine public)

Au chapitre 8 de La Pérégrination vers l’Ouest, Guanyin, la Bodhisattva de la Compassion qui a recruté les pèlerins, a reçu du Bouddha,  trois bandeaux identiques : chacun porteur d'une formule différente, destinés à tout démon puissant qui refuserait d'obéir. Sun Wukong a reçu le premier au Chapitre 14. Le deuxième a été attribué à l'Ours noir du Mont du Vent Noir au Chapitre 17.

Pendant quatorze ans, le singe cherche en vain la formule de libération. L'explication de Tang Sanzang au chapitre 100 de La Pérégrination vers l’Ouest tient en une phrase : il utilisait le bandeau car Sun Wukong était difficile à gérer. Mais, maintenant que son disciple est un Bouddha, le bandeau disparaît de lui-même. Personne ne le lui a retiré. Son état précédent a cessé de se manifester et n’existe plus, et le bandeau a disparu avec lui.

Un abbé de 270 ans possédait 800 robes, il mourut en désirant une de plus

La Pérégrination vers l’Ouest et quelques-unes de ses leçons morales
Les choses rares et précieuses, avertit Tang Sanzang son disciple, ne doivent jamais être montrées aux avides : quiconque est attiré par elles les convoitera, et quiconque les désire élaborera un plan. (Image : wikimedia / www.npm.gov.tw/exh98/green/index.html / Domaine public)

Le chapitre 16 situe les voyageurs dans un temple dédié à Guanyin. Son abbé, âgé de 270 ans, est moine depuis plus de 250 ans et possède près de huit cents soutanes. Douze coffres étaient entreposés dans la cour et toutes les robes y étaient suspendues.

Les choses rares et précieuses, avertit Tang Sanzang son disciple, ne doivent jamais être montrées aux avides : quiconque est attiré par elles les convoitera, et quiconque les désire élaborera un plan. Sun Wukong déballa néanmoins la soutane de brocart.

Deux jeunes moines de l'abbé mirent alors le plan à exécution. L'un proposa de transpercer les voyageurs de ses lances pendant leur sommeil. L'autre, trouvant l'homme poilu peu recommandable, suggéra plutôt d'empiler du bois autour de la salle de méditation. L'abbé s'essuya les yeux et envoya chercher du bois.

Sun Wukong protégea son groupe avec une couverture ignifuge empruntée à un roi céleste, puis souffla un vent sur les flammes. Un démon ours, à dix kilomètres au Sud, aperçut la lueur, vint prêter main-forte, trouva la soutane dans une pièce épargnée par les flammes et la rapporta chez lui. L'abbé, constatant la disparition de sa robe et de son temple, se précipita contre un mur et mourut. Le bâton que Guanyin s'empara plus tard de cet ours qui devint le deuxième des trois à porter un bandeau.

Sun Wukong qualifie les écritures déchirées de juste dénouement

La Pérégrination vers l’Ouest et quelques-unes de ses leçons morales
Au chapitre 99, Guanyin lit le registre des épreuves de Tang Sanzang, tenu par ses esprits gardiens. Elle compte quatre-vingts entrées et observe que le calcul bouddhiste de neuf fois neuf donne quatre-vingt-un. Elle ordonne alors aux gardiens, chargés de ramener le groupe chez lui, de les faire descendre du Ciel. (Image : wikimedia / 6paramitas, CC0)

Au chapitre 99, Guanyin lit le registre des épreuves de Tang Sanzang, tenu par ses esprits gardiens. Elle compte quatre-vingts entrées et observe que le calcul bouddhiste de neuf fois neuf donne quatre-vingt-un. Elle ordonne alors aux gardiens, chargés de ramener le groupe chez lui, de les faire descendre du Ciel.

Ils atterrissent sur les rives de la rivière Tongtian, où la tortue à carapace molle blanche qui les avait transportés vers l'Ouest les attend toujours. Au cours du trajet, la tortue demande à Tang Sanzang s’il a posé sa question au Bouddha : « où compte-t-il finalement s'établir et combien de temps lui restait-il ? ». Le moine n'ayant jamais posé la question et ne répondit rien. La tortue se retourna et les laissa tomber tous les cinq, ainsi que les sutras, dans l'eau.

Ils étendirent les rouleaux sur une pierre pour les faire sécher. Plusieurs feuilles du Sutra des Hauts Faits du Bouddha  étaient collées et se déchiraient. Face à ce désastre, Tang Sanzang s'en veut. Son disciple rit. « Vous n’avez pas à vous en vouloir », lui dit alors Sun Wukong. « Le Ciel et la Terre eux-mêmes ne sont pas complets. Ce Sutra était entier, et maintenant il est déchiré : cela explique le mystère de l'incomplétude. Quel pouvoir les êtres humains ont-ils sur elle ? »

La Pérégrination vers l’Ouest et quelques-unes de ses leçons morales
La lecture de La Pérégrination vers l’Ouest réserve encore bien des pistes de réflexion et peut de cette manière inviter son lecteur à un voyage qui le mènera vers ces terres inconnues qui s'ouvrent pour l’homme sage. (Image : wikimedia / Shizhao, CC BY-SA 3.0)

La lecture deLa Pérégrination vers l’Ouestréserve encore bien des pistes de réflexion et peut de cette manière inviter son lecteur à un voyage qui le mènera vers ces terres inconnues qui s'ouvrent pour l’homme sage.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : Three Objects Carry the Moral Argument of ‘Journey to the West’

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