Les inondations Chine Népal survenues à la frontière commune ont fait, selon les bilans cumulés des deux pays, un total de plus de 3 000 victimes * — morts, blessés et disparus confondus — depuis le 26 août, à la suite de crues et de coulées de boue. Alors que les autorités népalaises publient un bilan actualisé chaque jour, précisant notamment la nationalité des personnes portées disparues, les autorités chinoises en poste au Tibet n’ont communiqué que trois fois depuis le début des événements, sans préciser l’identité des personnes portées disparues, tandis que les contenus de divertissement occupent une place croissante sur les réseaux sociaux chinois.
Inondations Chine Népal : un bilan disputé
Le 29 août, la police népalaise a fait état de 616 morts, de 1 473 blessés et de 1 924 personnes portées disparues, parmi lesquelles 724 touristes. Du côté chinois, les autorités en poste au Tibet ont annoncé sept morts et 554 disparus. En cumulant les deux bilans, la catastrophe aurait fait, à ce stade, 623 morts et 2 478 disparus, un chiffre que des observateurs jugent potentiellement sous-estimé compte tenu des pratiques habituelles de communication des autorités chinoises sur ce type d’événement.
Un internaute chinois s’est interrogé sur les réseaux sociaux : « Peut-on s’intéresser un peu à notre propre pays ? » et « Où en sont vraiment les chiffres pour le Tibet ? »
Pékin verrouille l’information sur la catastrophe
Sur WeChat, Douyin, Xiaohongshu, Zhihu ou encore Weibo, les vidéos montrant le poste-frontière de Gyirong submergé par les eaux ont été retirées. Plusieurs images de la zone sinistrée ont subi le même sort. Les médias officiels chinois ont pour leur part mis l’accent sur l’arrivée des renforts militaires et sur les statistiques transmises par le Népal, plutôt que sur la situation côté chinois.
Un blogueur basé à l’étranger, publiant sous le pseudonyme « Real vs Rules » (控城狮), a comparé les communications des deux pays face aux inondations Chine Népal : celles de Pékin mettraient en avant les moyens engagés (2 141 personnes mobilisées, 86 équipes spécialisées, 505 interventions de terrain, 1,02 kilomètre de route dégagée) pour un bilan final de deux personnes secourues, alors que celles de Katmandou porteraient sur les résultats (579 corps retrouvés, 1 924 personnes portées disparues, 4 451 personnes secourues, plus de 15 000 sauveteurs mobilisés). Selon lui, la différence tient moins à l’ampleur des chiffres qu’à leur nature : d’un côté l’effort engagé, de l’autre le sort des personnes concernées.
Un autre blogueur, publiant sous le pseudonyme « zhihui999 » (海外爆料), a relevé que le Népal, classé par l’ONU parmi les pays les moins avancés et dont le PIB par habitant représente environ un neuvième de celui de la Chine, avait actualisé son bilan à six reprises, quand la partie chinoise en restait, selon lui, à trois morts annoncés sans qu’aucun disparu n’ait été retrouvé.
Des rumeurs people pour détourner l’attention
Ces derniers jours, plusieurs sujets consacrés à des personnalités du spectacle ont occupé une place importante sur les plateformes chinoises, au moment où l’attention se portait sur la situation au Tibet : le litige portant sur une somme considérable opposant l’actrice Jing Tian à Sun Yuchen (Justin Sun), fondateur de la plateforme TRON, une actualité liée à la gestation pour autrui, sujet particulièrement sensible en Chine, ainsi qu’une affaire d’infidélité visant le sportif Bao Beier. Le blogueur « Real vs Rules » y voit un procédé habituel visant à détourner l’attention : plus un événement d’intérêt public prend de l’ampleur, plus les contenus de divertissement occuperaient l’espace informationnel.
Selon lui, ce type de contenu, plus facile à produire et à diffuser massivement que l’information factuelle, détournerait l’attention des sujets liés au nombre de victimes, à l’avancement des secours ou à la transparence de l’information. Il souligne que celui qui contrôle la diffusion de l’information sur ces plateformes peut ainsi orienter, dans les faits, ce dont le public discute et ce qu’il ignore.
Ce que dit l’opinion en ligne
Sur les réseaux sociaux, certains internautes évoquent la présence, sur le site du poste-frontière de Gyirong, d’environ 300 agents affectés à la zone, auxquels s’ajouteraient des habitants et personnels frontaliers ainsi que des touristes, ce qui pourrait porter le nombre réel de victimes à un niveau bien plus élevé que les chiffres officiels.
Plusieurs commentaires mettent en cause la lenteur de la communication des autorités chinoises. L’un d’eux estime que « le Népal, bien que moins développé, agit avec sérieux », ajoutant que « ce n’est pas la taille d’un pays qui compte, mais la manière dont il traite ses habitants ». Un autre commentaire avance que Pékin, en donnant la priorité au contrôle de l’information et à la stabilité sociale, traiterait les opérations de secours comme un exercice de communication plutôt que comme une priorité opérationnelle.
- * Ces éléments proviennent des réseaux sociaux chinois et de comptes basés à l’étranger ; les bilans mentionnés sont susceptibles d’évoluer.
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