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Culture. Le destin remarquable d’un grand peintre au génie oublié, Guillaume Guillon Lethière

FRANCE > Culture

Guillaume Guillon Lethière, ce nom vous est probablement inconnu. Il s’agit pourtant d’un grand peintre français depuis longtemps oublié malgré ses heures de gloire en tant que génie du néoclassicisme. Des expositions récentes tentent de raviver sa mémoire.

Qui était Guillaume Guillon Lethière ?

Guillaume Guillon Lethière est né le à Sainte-Anne, le 10 janvier 1760 en Guadeloupe. Il est le fils naturel de Marie-Françoise Dupepaye, une métisse, esclave émancipée et de Pierre Guillon, un riche planteur blanc procureur du roi. En vertu du Code noir, l’enfant né esclave ne peut être reconnu par son père. En tant que troisième enfant, il reçoit le nom de « Letiers ». Ce n’est que bien plus tard, en 1799 qu’il pourra être reconnu par son père. Il sera connu sous le nom de Guillaume Guillon Lethière. Son patronyme précédent « Letiers » lui restera, quoiqu’orthographié différemment.

Le destin remarquable d’un grand peintre au génie oublié, Guillaume Guillon Lethière
La première version de Brutus condamnant ses fils à mort datant de 1788 compte parmi les œuvres les plus célèbres de Guillaume Léthière. (Image : wikimedia / Guillaume Guillon-Lethière / Domaine public)

Un parcours exceptionnel

Le père de Guillaume remarque les prédispositions de son jeune fils pour le dessin et décide de l’emmener en France pour parfaire son éducation. Dès l’âge de quatorze ans, le jeune Guillaume est inscrit à l’Académie de Bordeaux. Ses résultats brillants lui valent une place à l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris. Il excelle dans la peinture historique, genre particulièrement prisé à l’époque. Ayant obtenu le prix de Rome en 1784, il peut prétendre étudier dans cette ville. La Rome antique devient alors une source d’inspiration privilégiée. Parmi les tableaux les plus représentatifs de cette période, citons la première version de Brutus condamnant ses fils à mortdatant de 1788.

Guillaume Lethière retourne en France en 1792 où la Révolution s’impose. Dans la France transformée, la monarchie a disparu et dans les colonies, l’esclavage est aboli. En 1799, Pierre Guillon consent à reconnaître son fils, et lui dit :

« Ce document est une déclaration à votre égard, mon ami, de la certitude de ma paternité et de mon désir de transmettre mon nom et mes biens à [vous]. » L’artiste dont le succès s’affirme se fait appeler désormais Guillaume Guillon Léthière. L’heure de la reconnaissance a sonné pour une œuvre tournée vers le néoclassicisme

Distinctions, décorations, et engagement

L’année 1799 correspond à l’année où Guillaume Guillon Lethière est reconnu par son père C’est aussi l’année où Napoléon devient Premier consul de la République. Il le sera de 1799 à 1804. La page de la Révolution est tournée. Cependant, les observateurs décèlent le signe « des possibilités offertes par une époque de mutations. » Dans une France où l’esclavage est rétabli, Guillaume se voit attribuer le poste de Directeur de l’Académie de France en 1807. En 1818, il devient membre de l’Institut de France et en 1819, professeur des Beaux-Arts. De plus, la même année, le fils de Pierre Guillon est décoré de la légion d’honneur. C’est à juste titre que le critique d’art Charles Leblanc écrit en 1865 que Guillaume Guillon Lethière devient « l’une des grandes autorités de son temps », dans Histoire des peintres de toutes les écoles.

Le destin remarquable d’un grand peintre au génie oublié, Guillaume Guillon Lethière
Le monumental tableau Le Serment des ancêtresreprésente Pétion et Dessalines, tous deux artisans de l’indépendance haïtienne. Par ailleurs, c’est la seule et unique fois que le peintre signe un tableau en ajoutant la mention « né en Guadeloupe ». (Image : wikimedia / Guillaume Guillon-Lethière / Domaine public)

Dans le même temps ce peintre majeur n’oublie jamais ses origines et fréquente assidûment les milieux abolitionnistes. Il rencontre en particulier le chevalier de Saint-George, métis comme lui, né en Guadeloupe également. Il entretient des rapports étroits avec de grandes figures issues comme lui de la Caraïbe tels que Thomas Alexandre Dumas et Alexandre Dumas fils, l’écrivain. Ces derniers sont tous deux nés esclaves. Son plus célèbre tableau, Le Serment des ancêtres atteste de son engagement en faveur de l’abolition définitive de l’esclavage. Celle-ci surviendra quelques décennies après sa disparition. Le peintre au destin fabuleux s’éteint en 1832, frappé par le choléra. Toutefois, sa notoriété est suivie d’une longue période d’oubli.

Le destin remarquable d’un grand peintre au génie oublié, Guillaume Guillon Lethière
L’exposition au Mémorial Acte à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe revêt un caractère fort symbolique : il s’agit de la terre natale de l’artiste. (Image : wikimedia / Filo gèn', CC BY-SA 4.0)

Une exposition en Guadeloupe sur sa terre natale 

Les admirateurs du peintre Guillaume Guillon Lethière s’étonnent en effet qu’un homme si admiré de son vivant soit tombé à ce point dans l’oubli. Pour la première fois, une exposition de ses œuvres a eu lieu en France hexagonale avant de voir le jour à Pointe-à-Pitre au Mémorial Acte. Le lieu revêt un caractère fort symbolique : il s’agit de la terre natale de l’artiste. Le choix du musée appelé communément le MACTe est lié aux préoccupations abolitionistes de Guillaume Lethière. Le monumental tableauLe Serment des ancêtresreprésente Pétion et Dessalines, tous deux artisans de l’indépendance haïtienne. En 1822, Lethière avait secrètement offert le tableau à Haïti. Par ailleurs, c’est la seule et unique fois que le peintre u signe un tableau en ajoutant la mention « né en Guadeloupe ». À ce propos, le président du MACTe, Raphaël Lapin confiait le jour de l’inauguration :

« Au XIXe siècle, signer des tableaux avec son origine (né à la Guadeloupe) lorsque l’origine et la naissance conditionnent finalement toute l’existence, c’est plus qu’audacieux, c’est militant. Ensuite, il faut se dire que Guillaume Lethière s’est extrait d’une condition. Il est né d’une mère esclave, d’une mère mise en esclavage et lui-même, donc son statut était d’être esclave. C’est un libre de couleur qui a su se hisser au plus haut niveau tout simplement de la scène culturelle, de la scène artistique française et européenne, et nous nous enorgueillissons de pouvoir accueillir ces peintures ici, ce soir, au Mémorial Acte. »

Le président du Mémorial Act aura résumé l’histoire incroyable d’une figure majeure de notre patrimoine culturel. Il semblait opportun de rendre hommage à un peintre figé dans l’oubli, renommé en son temps.

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