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Culture. L’appréciation d’une vie trop courte ou bien assez longue, selon Sénèque

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Un beau texte du philosophe romain Sénèque, De la brièveté de la vie, nous offre son propre regard sur la notion de durée de vie dans la société de la Rome antique. Beaucoup s'égarent de bien des façons, et arrivés dans la vieillesse, proches de mourir, se désolent de déjà partir. Certains, en revanche, comprennent plus profondément cette vie qui leur est offerte, et acceptent sans peine de quitter ce monde.     

Sénèque était un philosophe stoïcien. Il fut un personnage important de l'Empire romain au Ier siècle de notre ère. L'œuvre de Sénèque eut une influence durable sur la pensée occidentale, notamment au Moyen Âge et à la Renaissance. 

« Non : la nature ne nous donne pas trop peu : c'est nous qui perdons beaucoup trop »

Beaucoup de gens se plaignent d'une vie trop courte, où ils n'ont pas le temps de faire ce qu'ils aimeraient. Les journées passent tellement vite ! Cela semble encore plus réel maintenant que dans la Rome antique. 

L'appréciation d'une vie trop courte ou bien assez longue, selon Sénèque
L'œuvre de Sénèque eut une influence durable sur la pensée occidentale, notamment au Moyen Âge et à la Renaissance. (Image : wikimedia / Scotch Mist - Own work / Domaine public)

Car il y a des obligations auxquelles on ne peut échapper. Quand on a une famille avec de jeunes enfants, que les deux parents travaillent, et qu'il y a mille choses à penser et à faire dans la journée. Mais ce ne sont que des étapes de la vie, et il y aura des moments beaucoup plus tranquilles. Mieux organiser sa vie est indispensable aussi.

Ce dont Sénèque parle principalement, ce sont des désirs, des passions, des vices, des vaines intrigues, de l'inconscience, de la paresse, etc. Tout ce qui nous distrait et nous empêche de devenir meilleur. Il affirme : « Les vices sont là qui assaillent ces hommes de toute part, qui ne souffrent pas qu’ils se relèvent, qu'ils portent en haut leur regard, pour voir où luit la vérité ».

Il cite le poète grec Ménandre (342-343 av. J.-C.) : « De notre vie, hélas ! la plus grande partie est celle où nous vivons le moins ». La vie n'est pas trop courte, mais les hommes la rendent brève en la gaspillant. C'est une sorte d'appel à la vigilance et à la sagesse que lance Sénèque : notre vie à un sens, alors ne nous égarons pas !  

L'appréciation d'une vie trop courte ou bien assez longue, selon Sénèque
 Le poète grec Ménandre disait : « De notre vie, hélas ! la plus grande partie est celle où nous vivons le moins ». (Image : wikimedia / George Shuklin / CC BY-SA 3.0)

« Vous vivez comme si vous deviez toujours vivre » 

Dans la première moitié de sa vie, il semble qu'on ait beaucoup de temps devant soi, et donc généralement on ne craint pas d'en perdre, même beaucoup. Cependant, c'est de l'inconscience car nous oublions la relative fragilité de notre corps physique. Et puis est-ce nous-mêmes qui décidons de la durée de notre vie ?

Le temps de notre vie ne coule pas d'une source intarissable et le jour qu'on sacrifie à telle affaire ou à tel homme est peut-être notre dernier jour. Sénèque insiste particulièrement sur le fait de donner beaucoup de son temps aux autres sans prêter attention à soi-même.

Là, il ne condamne pas la générosité, mais critique ceux qui se soucient trop de l'opinion ou des affaires des autres et négligent leur propre accomplissement : « On ne laisse envahir ses champs par qui que ce soit ; au plus mince différend sur les limites, on a recours aux pierres et aux armes ; mais sur sa vie on laisse empiéter qui le veut ». 

Le temps est un bien impalpable, invisible, et pour cette raison, on le dilapide sans en avoir conscience : « « Je m'étonne toujours quand je vois des hommes demander à d'autres leur temps, et ceux-ci le donner avec tant de complaisance (..) C'est comme un rien que l'on demande, un rien que l'on accorde : on joue avec ce qu'il y a de plus précieux au monde. »

L'appréciation d'une vie trop courte ou bien assez longue, selon Sénèque
Sénèque critique ceux qui se soucient trop de l'opinion ou des affaires des autres et négligent leur propre accomplissement. (Image : wikimedia / Eduardo Barrón / CC BY-SA 3.0)

« Mais l'art de vivre, il faut toute la vie pour l'apprendre »

Des hommes ont abandonné leurs richesses, leurs fonctions, leurs plaisirs et se sont consacrés à la connaissance de la vie. Ils ont quitté le monde sans avoir terminé l'étude de la vie et de leur vie. Comment auraient-ils pu terminé leur étude? C'est tout un univers sans limite et sans fin. 

L'homme qui règle et met à profit chaque journée comme si elle était toute sa vie, n'appréhende pas le lendemain, ni ne le souhaite ardemment. Il est à l'opposé des hommes trop laborieusement occupés et anxieux : « ils distribuent leurs plans sur un long avenir : or voilà surtout comme notre existence se perd, à différer. Voilà ce qui leur dérobe successivement les jours les plus près d'eux, et leur vole le présent ».

Sénèque recommande de ne pas s'empêtrer et gâcher son temps dans de vaines recherches littéraires, qui n'apportent que des informations superficielles (parfois des fictions et même des mensonges). Il demande : « guériront-ils un seul préjugé, étoufferont-ils une seule passion ? qui rendront-ils plus courageux, plus juste, plus libéral ? »

On peut se poser les mêmes questions, à notre époque, pour le temps passé oisivement devant les écrans numériques, par exemple.

« Ces sages t'ouvriront la voie à l'immortalité »

Ils ont un bénéfique et véritable loisir ceux qui dédient leur temps à la sagesse. Ils connaissent la réelle valeur de la vie humaine et s'empressent d'ajouter à leur part d'existence tout l'héritage de sagesse des vies passées.

Tous les célèbres « fondateurs de saintes doctrines » sont nés et ont défriché la vie pour les générations suivantes. Leur labeur a donné accès à « ces admirables connaissances, arrachées aux ténèbres et produites au grand jour ».

L'appréciation d'une vie trop courte ou bien assez longue, selon Sénèque
Tous les célèbres « fondateurs de saintes doctrines » sont nés et ont défriché la vie pour les générations suivantes. Sur cette page de manuscrit du Moyen Âge, Sénèque avec Platon et Aristote. (Image : wikimedia / refering url: http://special.lib.gla.ac.uk/exhibns/chaucer/learning.html / Domaine public)

Si nous voulons  dépasser nos faibles connaissances sur la vie humaine, Sénèque nous invite à lire et comprendre les enseignements de Socrate, Carnéade, Épicure, ou encore bien d'autres oracles de la morale et de la science. Nous nous cultiverons alors avec de vrais amis, dit-il, et il nous seront toujours accessibles

L'être humain épris de sagesse « aura en eux des amis pour délibérer, sur les moindres comme sur les plus graves objets, pour leur demander tous les jours conseil sur lui-même, pour entendre d'eux la vérité sans offense, l'éloge sans flatterie, pour se former à leur image ».

Selon Sénèque, nous ne manquons pas de temps mais nous devrions apprendre à bien l'organiser. L'essentiel est de quitter nos entraves, de détacher notre esprit des vaines agitations du monde, de se consacrer à la vertu et à la sagesse.

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