La Journée internationale de la femme nous offre l’occasion de nous intéresser à Yvonne de Gaulle. Les Français l’appelaient « Tante Yvonne ». Que traduisait ce surnom attribué à celle qui a partagé le destin du général de Gaulle ? Pourquoi était-il si facile de s’identifier à l’épouse de l’homme du 18 juin ? Cet article invite à mieux cerner la personnalité d’une femme hors du commun.

Des valeurs chrétiennes affirmées
Yvonne de Gaulle ou Yvonne Charlotte Anne Marie Vendroux est née le 22 mai 1900 à Calais. Elle appartient à une riche famille bourgeoise ayant bâti sa fortune grâce à la fabrication de biscuits. Ayant reçu une éducation chez les frères Dominicains, elle grandit dans le respect des valeurs chrétiennes. « L’humain est au cœur de l’éducation et des préoccupations de la jeune fille, élevée par sa mère selon les préceptes de la charité chrétienne. Dans le Calais de sa jeunesse, elle visite les malades et les démunis. » nous confie la biographe Frédérique Neau-Dufour.
En 1920, Yvonne rencontre de manière « arrangée » le capitaine de Gaulle de passage à Paris. C’est le coup de foudre réciproque. « Ce sera lui ou personne », dira-t-elle à ses parents. Le mariage de Charles et d’Yvonne a lieu un an plus tard le 6 avril 1921.
Trois enfants naîtront de cette union : Philippe né en 1921, Élisabeth, née en 1924 et Anne, née en 1928. Celle-ci est porteuse d’une trisomie. Le handicap de leur fille constitue un véritable drame pour les parents mais il contribue à consolider les liens du couple. Dans les familles bourgeoises de l’époque, une enfant frappée d’une telle maladie était souvent élevée en dehors de la famille. Monsieur et Madame de Gaulle au contraire veillent à choyer particulièrement leur fille. Ils refusent de s’en séparer. Le général De Gaulle l’appelait « ma joie ». Tous deux voyaient en elle une bénédiction qu’ils entoureront de leurs soins jusqu’ à sa disparition en 1948.
Yvonne de Gaulle, une femme résiliente pleine de compassion
Un bulletin écrit par les Dominicains d’Asnières-sur-Seine disait pour définir l’élève Yvonne Vendroux, future Yvonne de Gaulle : « Pleine d’idéal et de droiture, de caractère régulier et consciencieux ».
Celle qui allait devenir en 1959 la première « Première dame » se montra très tôt pleine d’empathie pour les autres. La source citée plus haut révèle : « Plus tard, femme d’officier, elle vient en aide aux familles de soldats dans la peine. Devenue Première dame elle inscrit son action dans cette filiation et cherche à apporter son soutien aux cas les plus désespérés. »
Tout naturellement, en tant que mère aimante et compatissante elle s’est consacrée avec Charles de Gaulle à la création et au développement de la fondation Anne de Gaulle. Cette fondation, créée en 1945 en l’honneur de leur fille Anne a pour objet d’assister des jeunes filles handicapées mentales « sans ressources, bénéficiant de l’assistance publique et de préférence éprouvées par la guerre. »
D’après les témoignages, Yvonne de Gaulle de naturel si réservé a pris sa propre plume pour rédiger les statuts de cette fondation. « La fondation n’est pas faite pour les gens à millions » aurait-elle précisé selon les Archives nationales. Femme d’apparence timide, elle aura su transformer l’épreuve personnelle en action mémorable, un engagement de véritable activité publique.

Une Première dame d’une discrétion exemplaire
Quelle image a laissé Yvonne de Gaulle en tant que Première dame de 1959 à 1969 ? Si elle s’est investie corps et âme en tant que mère et épouse, son action à l’Élysée est d’une grande discrétion. Quoique très présente lors des manifestations protocolaires, elle reste plutôt dans l’ombre, n’accordant pas d’interviews, ni de déclarations publiques. Le son de sa voix demeure inconnu du public…
Le documentaire intitulé De Gaulle, le dernier des géants-Sa femme Yvonne commence ainsi : « Elle est prête à tout pour son mari à une exception : elle ne souhaite pas participer à son exposition médiatique ». Yvonne de Gaulle, mère aimante, soutien indéfectible de son époux au destin hors norme fuit volontiers aussi bien les journalistes que les caméras.
Une femme influente et forte
La première Dame préfère la quiétude de La Boisserie, la demeure familiale aux mondanités du Palais de l’Élysée. Elle aurait confié un jour au président D. Eisenhower : « Tout le monde y est chez soi, sauf nous. »
Ni effacée, ni dominatrice, elle fut capable d’influer sur le Président et notamment de lui faire admettre la loi sur la contraception orale, la loi Neuwirth votée le 14 décembre 1967. Par ailleurs, fidèle à ses valeurs, Yvonne de Gaulle veille jalousement sur le maintien d’un certain code moral à l’Élysée. Par exemple, les tenues extravagantes n’étaient pas tolérées au sein du Palais présidentiel tant qu’elle fut Première dame. Ses détracteurs lui reprochaient une certaine austérité et de la froideur à ce sujet.
Celle qui s’est éteinte le 8 novembre 1979 soit une journée avant l’anniversaire de la mort du Général a su gagner la sympathie du plus grand nombre. Rendant hommage à son épouse dans les « Mémoires d’espoir », Charles de Gaulle écrivait : « Pour vous Yvonne, sans qui rien ne se serait fait ».
Sous les dehors d’une timidité apparente, cette femme cachait en réalité une grande force intérieure.
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