En 1923, Sun Yat-sen, fondateur de la République de Chine, se tourne vers la Russie soviétique et ouvre les portes du Kuomintang à des membres du Parti communiste chinois (PCC). Ce rapprochement entre Sun Yat-sen et Moscou allait sceller le destin de la République de Chine. Que cherchait alors Sun Yat-sen auprès de Moscou ? Et pourquoi, malgré ses réticences envers le communisme, a-t-il fini par accepter cette alliance ?
Sun Yat-sen et son projet républicain fragilisé
Au début des années 1920, la République de Chine existe toujours, mais le pouvoir central est extrêmement faible. Depuis la chute de la dynastie Qing en 1911, la République de Chine n’a pas réussi à construire un État stable. Le pouvoir est largement partagé entre différents seigneurs de la guerre, qui disposent de leurs propres armées et contrôlent des régions entières.
Sun Yat-sen, qui avait joué un rôle central dans la révolution de 1911, veut poursuivre son projet : réunifier la Chine, mettre fin à la domination des seigneurs de la guerre et consolider une république fondée sur les « Trois Principes du peuple » : nationalisme, droits du peuple et bien-être du peuple.
Pour y parvenir, Sun a toujours cherché à rassembler le plus grand nombre de forces possibles. Avant 1911 déjà, il avait réuni des révolutionnaires appartenant à des organisations et à des régions différentes. Après la fondation de la République, il continue de rechercher des alliances, y compris avec des forces qui ne partagent pas nécessairement toutes ses convictions. Cette politique d’union répond à une nécessité très concrète : Sun dispose d’une importante légitimité politique, mais manque de moyens militaires.
En 1922, cette faiblesse devient dramatique. Chen Jiongming, jusque-là l’un de ses principaux alliés militaires dans le Sud de la Chine, se retourne contre lui. Il attaque le gouvernement de Sun Yat-sen à Canton et le contraint à fuir. Pour Sun, cette trahison confirme une leçon douloureuse : sans une force militaire suffisamment solide, même une révolution bénéficiant d’une forte légitimité politique peut être renversée par les armes.
L’isolement de Sun Yat-sen par l’Occident
Dans le même temps, Sun ne trouve pas auprès des puissances occidentales le soutien qu’il espérait. Les États-Unis et les puissances européennes ont leurs propres intérêts en Chine et entretiennent des relations avec différents gouvernements et chefs militaires. Pour Sun, l’expérience devient particulièrement frustrante : les puissances étrangères parlent de stabilité, mais aucune ne semble disposée à fournir les moyens nécessaires à une véritable réunification de la Chine.

Le sentiment de méfiance envers l’Occident est encore renforcé par les événements de l’après-Première Guerre mondiale. En 1919, bien que la Chine appartienne au camp des vainqueurs, les anciennes concessions allemandes du Shandong sont transférées au Japon plutôt que restituées à la Chine. La décision provoque une immense indignation qui est à l’origine du Mouvement du 4 mai. Pour une partie de la jeunesse chinoise, elle devient le symbole d’un ordre international dans lequel les grandes puissances parlent de justice tout en défendant leurs propres intérêts.
Pourquoi Moscou cherche à se rapprocher de Sun Yat-sen
C’est dans ce contexte que Moscou apparaît comme une nouvelle possibilité pour Sun Yat-sen.
La révolution bolchevique de 1917 a renversé l’ancien régime impérial russe. Le nouveau pouvoir soviétique affirme vouloir rompre avec les privilèges hérités de l’époque tsariste et soutenir les peuples soumis à la domination étrangère. Il cherche aussi à étendre son influence révolutionnaire en Asie.
Le rapprochement entre Sun Yat-sen et Moscou ne vient d’ailleurs pas seulement de ce dernier. Dès le début des années 1920, les représentants soviétiques multiplient les contacts avec les différentes forces politiques chinoises. Ils cherchent notamment à établir des relations avec Wu Peifu dans le Nord et avec Chen Jiongming dans le Sud. Le jeune Parti communiste chinois sert également d’intermédiaire dans certaines de ces démarches.
Moscou finit cependant par comprendre que le principal mouvement révolutionnaire chinois disposant d’une véritable implantation politique est le Kuomintang de Sun Yat-sen. Après plusieurs tentatives, le rapprochement devient concret en 1923, notamment avec l’arrivée à Canton de Mikhaïl Borodine, envoyé soviétique chargé d’aider à la réorganisation du Kuomintang.
Le 26 janvier 1923, Sun Yat-sen et Adolf Joffe, représentant du gouvernement soviétique, publient à Shanghai une déclaration commune, connue sous le nom de déclaration Sun-Joffe. Elle constitue une étape essentielle du rapprochement entre Sun Yat-sen et Moscou.
Un point de cette déclaration est particulièrement important : Sun Yat-sen considère que le communisme et le système soviétique ne sont pas adaptés aux conditions de la Chine. Joffe reconnaît cette position et souligne lui-même que la priorité de la Chine est alors son unification et la consolidation de la République.
Autrement dit, au moment même où Sun commence à coopérer avec Moscou, il ne présente pas le système communiste soviétique comme un modèle à appliquer à la Chine.
Ce que Sun Yat-sen voulait vraiment de Moscou : des armes, pas des idées
Sa démarche répond avant tout à des besoins concrets. Il a besoin d’argent, d’armes, de conseillers et d’une organisation militaire plus efficace. Moscou est disposé à lui fournir cette aide. En échange, les Soviétiques obtiennent une influence croissante auprès du principal mouvement révolutionnaire chinois.

C’est donc dans une situation d’isolement que Sun choisit de se tourner vers Moscou. Il ne renonce pas pour autant à ses objectifs républicains. Il cherche à obtenir un soutien extérieur pour poursuivre une révolution nationale qu’il estime menacée de toutes parts.
Cette logique explique aussi sa décision concernant le Parti communiste chinois.
Sun n’autorise pas le Parti communiste chinois à fusionner avec le Kuomintang en tant qu’organisation. Il accepte que des membres communistes chinois adhèrent au Kuomintang à titre individuel. Ils doivent alors se soumettre à la discipline, au programme et à l’autorité du Kuomintang.
Sun estime ainsi pouvoir bénéficier de l’aide soviétique tout en maintenant le contrôle politique de son propre mouvement. Il pense notamment que les communistes, placés sous l’autorité du Kuomintang, pourront être intégrés à la révolution nationale plutôt que transformer celle-ci en révolution de classe. Cette distinction est fondamentale.
Ce que le Parti communiste chinois présente plus tard comme les « trois politiques » — alliance avec la Russie soviétique, alliance avec le Parti communiste chinois et soutien aux ouvriers et aux paysans — est une invention du PCC, et non une politique que Sun Yat-sen aurait formulée lui-même en 1923-1924. Cette appellation apparaît après la mort de Sun Yat-sen et sert à attribuer rétrospectivement à Sun Yat-sen une politique qui correspond désormais à la lecture communiste de son héritage.
Pour Sun Yat-sen, il s’agit d’abord d’une politique d’alliance limitée : obtenir l’aide de Moscou et utiliser cette coopération pour renforcer la révolution nationale.
Mais cette stratégie repose sur une hypothèse qui allait se révéler dangereuse : Sun pense pouvoir utiliser l’aide soviétique sans laisser Moscou transformer l’orientation de la révolution chinoise. Selon Sun Yat-sen, l’alliance avec la Russie soviétique était la seule solution permettant d’atteindre son objectif : réunifier la Chine pour en finir avec les seigneurs de la guerre. L’inclusion forcée du PCC au Kuomintang est initialement vue comme sans danger avec la déclaration Sun-Joffe.
Rédacteur Yi Ming
Source : www.epochtimes.com
Auteur : Xin Haonian : « Qui est la Nouvelle Chine », tome I, chapitre 3, section 3
La nature, les origines, les principes et les erreurs de la politique de Sun Yat-sen d'alliance avec la Russie et de tolérance envers les communistes
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