Une pétition citoyenne met en cause les pratiques de transplantation d’organes en Chine et réclame la suspension immédiate des transplantations entre personnes non apparentées. Elle attire l’attention des défenseurs des droits de l’homme et inquiète les autorités chinoises.
Transplantation d’organes en Chine : une opacité qui alimente les soupçons
En Chine, les questions autour de la transplantation d’organes refont surface. Une récente pétition citoyenne réclamant un audit national du système a retenu l’attention des défenseurs des droits de l’homme, tout en inquiétant les autorités. You Feizhu, avocat spécialisé dans les droits de l’homme, déjà impliqué dans l’affaire Hu Xinyu, estime que cette initiative révèle une inquiétude grandissante au sein de la population face à l’opacité du système de transplantation d’organes en Chine.

Cette affaire rappelle un épisode douloureux. En octobre 2022, Hu Xinyu, lycéen de 15 ans dans la province du Jiangxi, disparaissait de son internat. Sa disparition avait déclenché une mobilisation nationale. Son corps fut retrouvé dans une remise proche du campus en janvier 2023. Les autorités ont conclu à un suicide, s’appuyant sur des enregistrements audio, mais beaucoup n’ont pas été convaincus. L’affaire a ravivé les soupçons autour de la transplantation d’organes en Chine, certains internautes allant jusqu’à suggérer que Hu aurait pu être tué pour ses organes.
Transplantation d’organes en Chine : des prélèvements « à la carte » ?
Plus tôt ce mois-ci, Gao Fei, un habitant de Guangzhou, a fait un geste rare en Chine : il a envoyé par courrier une proposition officielle à cinq institutions du gouvernement central, dont le Parlement, le Conseil des affaires d’État et le ministère de la Sécurité publique.
Dans ce texte, il réclame une enquête nationale sur la transplantation d’organes en Chine, la suspension immédiate des transplantations entre personnes non apparentées, et la mise en place d’un système transparent permettant de vérifier l’origine des organes. Une pétition en ligne lancée en parallèle a déjà recueilli près de 500 signatures. « Que chaque vie soit placée sous la lumière du soleil », écrit-il.
La réaction des autorités ne s’est pas fait attendre. Des policiers de Guangzhou l’ont rapidement contacté par téléphone, ses comptes sur les réseaux sociaux ont été restreints, et des responsables de sa ville natale l’ont prévenu qu’ils pourraient envoyer des agents le rencontrer à Guangzhou. Face à ces intimidations, Gao Fei a répondu publiquement : « À part ma vie, je n’ai rien à perdre. Venez si vous voulez. »
Un citoyen ordinaire qui ose
Pour You Feizhu, avocat chinois des droits de l’homme en exil, interrogé en exclusivité par Vision Times, la démarche de Gao Fei n’a rien d’illégal. « Envoyer une proposition à cinq ministères, c’est simplement exercer un droit garanti par la Constitution chinoise elle-même », rappelle-t-il. « Ce qui est remarquable, c’est le courage que cela demande aujourd’hui. »
Car derrière ce geste, You Feizhu voit quelque chose de plus profond. « Ce n’est pas seulement une contestation du système de transplantation d’organes », dit-il. « C’est un rappel que le droit à la vie est un droit fondamental — et qu’il ne peut pas rester sans protection. »
You Feizhu rappelle que le système chinois de transplantation d’organes est depuis longtemps soupçonné de graves dérives : manque de transparence sur l’origine des organes, soupçons de trafic à des fins lucratives. « Gao Fei demande simplement que la loi s’applique », résume l’avocat. « Que les citoyens ordinaires soient protégés. C’est le minimum. »
Harcèlement administratif : une forme de répression bien rodée
You Feizhu s’est aussi exprimé sur la menace qui pèse sur Gao Fei: des agents des autorités de sa ville natale pourraient se déplacer jusqu’à Guangzhou pour l’interroger. « C’est une méthode classique, » explique-t-il. « On utilise le prétexte de la compétence administrative liée au lieu d’origine pour envoyer des agents intimider un citoyen dans une autre ville — une forme de pression illégale dissimulée derrière une apparence de procédure. »
Selon You Feizhu, ces méthodes visent avant tout à briser psychologiquement les militants et leurs proches. « Le but est simple : instiller la peur pour que les gens se taisent d’eux-mêmes », dit-il.

Il prodigue également quelques conseils pratiques à Gao Fei et à quiconque se trouverait dans une situation similaire : exiger que tout agent se présentant à lui produise ses documents officiels, ne jamais accepter de s’entretenir seul avec les autorités, et privilégier les lieux publics, de préférence en présence d’un proche ou d’un avocat.
Il recommande également de tout consigner : enregistrer les échanges, conserver les documents, noter les faits par écrit. « Face à une pression illégale, une résistance calme et méthodique est la meilleure protection », conclut-il.
Une démarche conforme aux standards internationaux
Pour You Feizhu, la proposition de Gao Fei n’a rien d’extrémiste : elle s’aligne simplement sur ce que l’OMS préconise depuis 2010. Les principes directeurs de l’organisation mondiale de la santé sont clairs — consentement des donneurs, encadrement des dons du vivant, interdiction de tout trafic et transparence des pratiques. « Suspendre les transplantations entre non-apparentés et rendre le système vérifiable, c’est tout ce que demande Gao Fei — et c’est exactement ce que recommande l’OMS », résume l’avocat.
Il rappelle aussi que la Chine est depuis longtemps dans le viseur de la communauté internationale sur ce sujet, en raison de l’opacité persistante autour de l’origine des organes transplantés. « Si Pékin continue d’ignorer ces demandes de transparence, la méfiance ne fera que grandir — et c’est tout le système de santé qui en sortira fragilisé », prévient-il.
Ne pas s’exposer seul face aux autorités
Les comptes de Gao Fei sur les réseaux sociaux étant désormais restreints, You Feizhu appelle à la prudence. « Il ne faut pas que tout repose sur une seule personne », dit-il. Son conseil : garder une trace de tout — les accusés de réception, les réponses des autorités, les enregistrements d’appels — autant de preuves qui pourraient s’avérer utiles par la suite. Et faire circuler l’information au-delà des frontières chinoises, là où la censure ne peut pas atteindre.
You Feizhu conclut par un constat qui dépasse le seul cas Gao Fei: « Dans un système à parti unique, sans contre-pouvoirs ni liberté de critiquer, les abus sont presque inévitables. Tant qu’on ne s’attaque pas à cette racine, le droit à la vie de chaque citoyen restera fragile. »
Rédacteur Yi Ming
Source : Exclusive: Citizen Petition Raises Questions About China’s Organ Transplant Practices
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