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Histoire. Une volontaire patriote de la France Libre: Jacqueline Moncorgé

FRANCE > Histoire

Jacqueline Moncorgé s'engagea au printemps 1942 dans le corps des volontaires françaises, créé à Londres, dans la France Libre du général De Gaule au début de la Seconde Guerre mondiale. Elle avait 20 ans, était bilingue et fut une des soixante femmes qui débarquèrent en juin 1944 à Mont-Fleury sur la côte du Calvados. Leur mission était de faciliter le lien et la coopération entre Alliés, autorités locales et population civile, et de défendre la souveraineté française.

Une famille juive en exil qui adhéra au mouvement de la France Libre 

La famille Simon, de confession juive, avait déjà fui les pogromes contre les juifs en Russie à la fin de la Première Guerre mondiale et s'était réfugiée en France. Après la capitulation de l'armée française et l'armistice du 22 juin 1940, les parents s'inquiétèrent probablement de violences à venir contre les Juifs de France. Ils  décidèrent alors d'envoyer Jacqueline et son frère André en zone libre, à Aubusson dans la Creuse. 

Mais le régime de collaboration à Vichy ne leur laissait guère d'espoir, alors frère et sœur s'exilèrent aux États-Unis où une partie de leur famille vivait déjà. Jacqueline reprit ses études. Cependant, après quelques mois, cela ne lui suffisait plus.

« Je ne peux rester les bras croisés et faire comme si tout cela n'existait pas », disait-elle. Son frère André avait déjà pris la route de Londres, où s'organisait une partie de la résistance initiée par le général De Gaulle. Une anecdote : Jacqueline devint, quand elle se maria, parente par alliance avec l'acteur Jean Gabin (de son vrai nom Moncorgé), qui  s'engagea dans les Forces françaises combattantes et participa lui aussi à la libération de la France. 

Une volontaire patriote de la France Libre: Jacqueline Montcorgé
Son frère André avait déjà pris la route de Londres, où s'organisait une partie de la résistance initiée par le général De Gaulle. (Image : wikimédia / Unknown author / Domaine public)

Une mission militaire de la France Libre installée à Washington à laquelle participaient de jeunes résistantes françaises, permit à Jacqueline de nouer des liens et de se préparer à agir. Il lui fallut attendre février 1944 pour être autorisée à traverser l'Atlantique en compagnie d'autres volontaires, à bord du Queen Elisabeth. 

La Mission militaire de liaison administrative de la France Libre

Arrivée en Angleterre, elle suivit une formation où elle étudia l'histoire, la résistance française, la géographie et l'administration française. Elle devint officier de liaison au sein de la Mission militaire de liaison administrative, sous l'autorité du colonel Hettier de Boislambert.

L'objectif de cette mission était d'être un intermédiaire efficace entre la population civile et l'armée des Alliés dont le débarquement était prévu en juin. Revêtue de l'uniforme britannique, Jacqueline fut bientôt prête à accomplir son rôle. 

Le 6 juin 1944 à l'aube les forces alliées anglaises, américaines et canadiennes débarquèrent sur les plages de Normandie pour combattre l'armée allemande et mettre un terme à la Seconde Guerre mondiale. Les soixante femmes de la Mission militaire de liaison administrative  débarquèrent le 23 juin 1944 à Mont-Fleury, dans une zone sécurisée par l'armée britannique. Elles furent rapidement conduites à Bayeux, au premier centre de soins mis en place pour secourir les nombreux blessés. 

Une volontaire patriote de la France Libre: Jacqueline Montcorgé
Le 6 juin 1944 à l'aube les forces alliées anglaises, américaines et canadiennes débarquèrent sur les plages de Normandie. (Image : wikimédia / Royal Navy official photographer / Domaine public)

« La mission des équipes de liaison était claire : venir en aide aux populations civiles dans le besoin, en leur apportant une assistance sociale, un soutien moral et une aide médicale. La tâche était immense. Début juin 1944, les civils regagnèrent progressivement leurs foyers, au fur et à mesure de la libération et de l'avancée du front », est-il expliqué dans l'article biographique Jacqueline Simon-Moncorgé du site libérationroute.com.

Le site internet musee-armee.fr rapporte qu'en mai 2004, Jacqueline Moncorgé évoqua, au mémorial de Caen, des souvenirs de cette période destructrice : « J’ai conservé le souvenir d’un champ de bataille abominable. Des vaches mortes, pattes en l’air, jonchaient les champs. Un silence étouffant, une odeur de mort… Les maisons étaient en ruines. Tout avait été détruit. Le flux de réfugiés ne cessait pas. Il fallait constamment créer des centres d’accueil. Il fallait rapprocher les familles, les aider à se retrouver, les soutenir moralement. »

Deux premiers mois de combats intenses et d'atrocités, puis le retour de l'espoir

Les armées alliées élargissaient peu à peu le contrôle des territoires. Des combats effroyables avaient lieu dans les bocages normands. Les soldats se mettaient souvent en embuscade derrière les haies sur talus, typiques de la Normandie. Les combats durèrent une grande partie de l'été dans cette région.

Jacqueline et les autres femmes volontaires apportaient leur soutien autant qu'elles le pouvaient à la population civile très éprouvée. Néanmoins, après les nombreux champs de batailles et les défaites des dernières troupes de l'armée allemande, les maisons et les villages se reconstruisaient. Les familles retrouvaient l'espoir.

Une volontaire patriote de la France Libre: Jacqueline Montcorgé
« J’ai conservé le souvenir d’un champ de bataille abominable. Des vaches mortes, pattes en l’air, jonchaient les champs. Un silence étouffant, une odeur de mort… Les maisons étaient en ruines. Tout avait été détruit. » disait Jacqueline Moncorgé. (Image : wikimédia / PhotosNormandie / CC BY-SA 2.0)

Les femmes volontaires non-combattantes suivaient l'armée des Alliés. Au début du mois d'août, celle-ci fut aux portes de Paris. Les résistants locaux avaient préparé la voie en s'emparant des lieux stratégiques. Les chars de la Division Blindée du général Leclerc entrèrent le 25 août dans la capitale. 

Paris fut, en quelques heures, libéré du nazisme. Jacqueline Moncorgé était avec les vainqueurs ce jour-là. Ils furent acclamés par la foule. Paris était en fête. 

Un témoignage en l'honneur de ces femmes de la France Libre non-combattantes et presque oubliées

C'était bientôt la fin du cauchemar, mais il fallait encore avancer vers le nord et l'est. L'armée des Alliés libéra la Belgique, la Hollande et enfin l'Allemagne et les camps de concentration où avaient été enfermés, torturés, assassinés des millions de Juifs, et des minorités ethniques ou sociales.   

« J'ai été jusque dans les camps de concentration. J'étais à Buchenwald à l'ouverture des portes. C'était extraordinaire, c'était épouvantable mais extraordinaire quand même d'avoir vécu cela », confiait Jacqueline dans un documentaire vidéo du média france3-region. Jacqueline Moncorgé suivit un bon nombre de campagnes de libération de l'Europe de l'Ouest. 

Une volontaire patriote de la France Libre: Jacqueline Montcorgé
C'était bientôt la fin du cauchemar, l'armée des Alliés libéra enfin les camps de concentration où avaient été enfermés, torturés, assassinés des millions de Juifs, et des minorités ethniques ou sociales. (Image : wikimédia / Private H. Miller / Domaine public)

Après le 60e anniversaire du Débarquement, elle donna au Mémorial de Caen ses effets militaires et personnels qu'elle avait porté le jour de « son débarquement ». Selon le média france3-regions, elle le fit non par amour-propre, mais pour témoigner « de la présence sur les champs de bataille de toutes ces femmes non-combattantes, ces auxiliaires féminines des armées, quelque peu oubliées aujourd'hui... »

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