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Bien-être. Le corps et l’esprit : les merveilles médicinales et philosophiques d’Avicenne

SANTÉ > Bien-être

En 996, le sultan de Boukhara tomba gravement malade d’un mal qui résistait à l’expertise des médecins de sa cour. Alors que le souverain était à l’article de la mort, un jeune homme âgé de seulement seize ans fut appelé à le soigner. Ce qu’il accomplit fut un véritable miracle de la médecine. Ce jeune homme s’appelait Ibn Sina, ou Avicenne en Occident.

Par le biais de ses études et de son œuvre, notamment le célèbre Canon de la médecine, Avicenne a conceptualisé de nombreux domaines de recherche qui influencent encore la médecine moderne aujourd’hui.

Né en 980 après J.-C. près de l’Ouzbékistan actuel, Avicenne était un enfant prodige. Dès son plus jeune âge, il avait mémorisé Le Coran et maîtrisait la poésie arabe, sous la tutelle de son père.

À treize ans, il découvrit sa passion pour la médecine. À seize ans, il était si compétent qu’il fut appelé à soigner le sultan de Boukhara après l’échec de tous les autres médecins royaux.

Le succès de son traitement lui valut les faveurs du sultan et un accès exclusif à la Bibliothèque royale. Il put ainsi se plonger dans une vaste collection de connaissances scientifiques et philosophiques, jetant les bases de son influence durable.

Ce qui est encore plus étonnant chez Avicenne, c’est qu’il n’était pas seulement un génie de la médecine, il était talentueux dans de nombreux domaines différents. 

À 21 ans, il avait déjà publié de nombreux ouvrages, couvrant des domaines de recherche tels que les mathématiques, la géométrie, l’astronomie, la physique, la métaphysique, la philologie, la musique et la poésie. Certains affirment qu’il a écrit plus de 450 livres, mais seuls 240 ont traversé les siècles, dont 150 sur la philosophie et 40 sur la médecine.

À la mort de son père, le jeune homme intégra l’administration financière des Samanides. Après la chute de Boukhara aux mains des Qarakhanides turcs en 999, Avicenne s’enfuit de la ville. Offrant ses services médicaux, politiques et scientifiques aux souverains locaux, il parcourut lentement le Moyen-Orient. La nuit, il se retirait pour étudier et approfondir ses connaissances. 

Il séjourna dans plusieurs villes, dont Gurganj, Jurjan et Hamadan (alors au cœur de l’Iran). En 1023, il s’installa à Ispahan. Libre et serein, il put y rencontrer des érudits partageant ses idées et discuter de nombreux sujets. Il approfondit ainsi sa compréhension du monde qui l’entourait et poursuivit la rédaction d’œuvres majeures qui continuent d’influencer notre vision actuelle du monde.

Le canon d’Avicenne

Le corps et l’esprit : les merveilles médicinales et philosophiques d’Avicenne
Copie manuscrite persane du Canon de la médecine, conservée au musée et mausolée d’Avicenne à Hamedan, en Iran.  (Image : wikimedia / Coffeetalkh / CC BY-SA 3.0)

Parmi les nombreuses œuvres d’Avicenne, les plus importantes sont : Le Livre de la guérison (Kitab al-shifa) et Le Canon de la médecine (al-Qānūn fī l-ṭibb).

Le Livre de la Guérison est divisé en quatre grandes sections traitant de la logique, des sciences naturelles, des mathématiques et de la métaphysique. Il fut rédigé une première fois lors de ses voyages, avant son arrivée à Ispahan, témoignant ainsi de sa persévérance dans l’étude, même au cours de ses voyages.

Dans cet ouvrage, Avicenne cherchait à intégrer la philosophie à la médecine, proposant ainsi une classification plus unifiée des connaissances. Remettant en question la logique aristotélicienne, il encourageait la vérification des observations par des expériences rigoureuses et une analyse des variables, ouvrant la voie à la méthode scientifique moderne, notamment dans le monde islamique. 

Il a également classé de nombreuses sciences en plusieurs domaines, les hiérarchisant en fonction de leur importance, la médecine occupant la première place.

Le Canon de la médecine est une encyclopédie plus vaste, composée de cinq livres entiers détaillant toutes les sciences médicales de son époque.

Le premier livre explore la philosophie sous-jacente de la santé, notamment les quatre éléments et les humeurs, l’anatomie de base et les règles générales pour maintenir le bien-être et traiter la maladie.

Le second ouvrage fait office de vaste dictionnaire pharmaceutique, recensant des centaines de substances – d’origine végétale, animale et minérale – classées par ordre alphabétique. Il détaille leurs effets et leurs risques potentiels.

Le troisième ouvrage est un guide pratique de pathologie, où les maladies sont classées selon l’organe spécifique qu’elles affectent. Les textes parcourent systématiquement le corps pour expliquer comment diagnostiquer et traiter les affections localisées.

Contrairement au précédent ouvrage, le quatrième se concentre sur les problèmes qui affectent l’ensemble du système plutôt qu’un seul point. Il aborde des sujets tels que les fièvres infectieuses, les effets des toxines ou des morsures, et des affections physiques générales comme l’obésité.

Enfin, le cinquième livre est un « livre de recettes » pour les pharmaciens, avec des recettes complexes pour les médicaments composés — essentiellement des instructions sur la façon de mélanger les ingrédients simples du deuxième livre pour obtenir des onguents, des sirops et des pilules efficaces.

Le corps et l’esprit : les merveilles médicinales et philosophiques d’Avicenne
Le mausolée d’Avicenne à Hamadan, en Iran, construit pour commémorer l’héritage d’Avicenne et ses contributions à l’histoire médicinale. (Image : wikimedia / Abdolrahman Rafati / CC BY 4.0)

L’héritage d’Avicenne

Alors qu’il officiait à Alā al-Dawlah à Ispahan, Avicenne tomba gravement malade et tenta de soigner lui-même ses coliques par un traitement intensif de lavements à base de graines de céleri. Cependant, une erreur de dosage commise par un assistant – qui augmenta la dose de principe actif de deux à cinq mesures – provoqua une ulcération intestinale douloureuse. Son état s’aggrava encore lorsqu’un esclave tenta d’empoisonner son remède à base d’opium, laissant le médecin légendaire mortellement affaibli. Malgré sa santé déclinante, il insista pour se rendre à Hamadan, où son état s’aggrava. Avicenne mourut à l’âge de 57 ans durant le mois sacré du Ramadan.

Bien que d’autres érudits soient restés célèbres pour leurs contributions, Avicenne est surtout reconnu pour son sens de l’organisation. Il encourageait non seulement la théorie, mais aussi les données probantes et l’expérience pratique en médecine, afin de formuler de nouveaux remèdes.

C’est l’approche d’Avicenne qui a fait de la médecine une science pratiquée par l’observation et les preuves – une norme maintenue par la médecine moderne. 

Son œuvre, qui mêle les idées platoniciennes et aristotéliciennes dans ses écrits, influença profondément l’Europe médiévale. Suscitant des débats en médecine et en philosophie, les travaux d’Avicenne jetèrent les bases de la recherche médicale dans l’enseignement européen et islamique.

Nous ne connaissons peut-être pas l’intégralité des œuvres d’Avicenne, mais celles qui nous sont parvenues ont eu un impact durable dans les domaines de la médecine, de la philosophie et des sciences. 

Rédacteur Fetty Adler
Collaborateur Jo Ann

Source : Of Body and Mind: The Medicinal and Philosophical Wonders of Avicenna

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