Le président américain Donald Trump n’a fait aucune déclaration publique sur Taïwan lors de sa récente visite en Chine. Mais, il a ensuite mis en garde contre une déclaration d’indépendance formelle de Taïwan lors d’une interview accordée à Fox News après son retour de Pékin le 15 mai. Les analystes estiment que ces remarques semblaient viser à gérer les tensions avec Pékin tout en préservant la flexibilité stratégique des États-Unis.
Donald Trump a tenu ces propos lors d’un entretien avec l’animateur Bret Baier, qui l’a interrogé sur sa rencontre bilatérale avec le dirigeant chinois Xi Jinping et ses implications géopolitiques mondiales.
Le président Trump a notamment évité de s’exprimer publiquement sur Taïwan pendant son séjour à Pékin, malgré l’avertissement public de Xi Jinping à ce sujet lors de sa visite. Interrogé par des journalistes à Pékin sur la possibilité pour les États-Unis de défendre Taïwan en cas d’attaque de la Chine communiste, Donald Trump a répondu : « J’ai dit que je ne parlais pas de ça. »
Il est à relever que le président Trump a décrit les ventes d’armes en cours à Taïwan comme un « atout de négociation de taille ». Il a suscité par ces propos des inquiétudes quant à la possibilité que le président compromette la sécurité et la souveraineté de l’île lors des pourparlers avec la République populaire de Chine (RPC).
La RPC, régime communiste, revendique Taïwan comme faisant partie intégrante de son territoire. Taïwan, démocratie d’environ 23 millions d’habitants, est officiellement connue sous le nom de République de Chine. Cette république gouvernait la majeure partie de la Chine jusqu’à sa défaite sur le continent face aux forces communistes en 1949.
Évoquant les propos de Xi Jinping lors de leurs rencontres, Trump a déclaré que pour Pékin, Taïwan est un enjeu central des relations sino-américaines.
Les propos du président Trump sur l’indépendance de Taïwan ont été perçus comme étant mesurés
Interrogé par Bret Baier sur le sentiment de sécurité des Taïwanais après la rencontre, Donald Trump a répondu : « Neutre. Cela dure depuis des années. »
« Rien n’a changé. Je tiens à le préciser : je ne souhaite pas qu’un pays devienne indépendant. Et puis, vous savez, on est censé parcourir 15 300 kilomètres pour faire la guerre. Je ne le souhaite pas. Je veux que les tensions s’apaisent. Je veux que la Chine se calme. »
Le secrétaire d’État Marco Rubio, lors d’une interview accordée à NBC News à Pékin, a réaffirmé que la position de Washington sur Taïwan restait inchangée. « De notre point de vue, toute modification forcée du statu quo et de la situation actuelle serait néfaste pour les deux pays », a précisé M. Rubio.
Les propos de Donald Trump ont été étudiés de près par des analystes géopolitiques
Taïwan étant de plus en plus au cœur des tensions entre Washington et Pékin, les propos de Donald Trump ont été scrutés de près par les analystes géopolitiques.
Ainsi, plusieurs experts ont estimé que les remarques de Donald Trump reflétaient une volonté de protéger les intérêts américains tout en évitant une nouvelle escalade avec la RPC.
« Le conflit américano-iranien est perçu comme une explication potentielle de cette déclaration trompeuse du président Trump, visant à semer le doute chez les Chinois afin de préserver la paix et la stabilité à Taïwan et dans la région », a déclaré Pooran Pandey, boursier 2025 au ministère taïwanais des Affaires étrangères, à Vision Times.
Roger Chifeng Liu, analyste géopolitique et professeur à l’Université nationale Sun Yat-sen de Kaohsiung, dans le Sud de Taïwan, a affirmé que le refus du président Trump d’aborder directement la question taïwanaise lors de son séjour à Pékin reflétait des divisions persistantes au sein de son administration.
« Il s’agit d’une esquive inhabituellement directe de la part d’un président américain en exercice sur cette question, ce qui indique que la gestion de ce dossier par l’aile ouest de la Maison-Blanche reste sujette à controverses internes », a écrit Roger Chifeng Liu dans une analyse publiée sur LinkedIn le lundi 18 mai.
Selon M. Liu, l’attitude évasive de Donald Trump, combinée à l’avertissement direct de Xi Jinping concernant Taïwan, suggère que les deux parties ont recours à une « chaleur cérémonielle pour masquer une méfiance structurelle ». « Il ne s’agit pas d’une véritable réconciliation, mais d’une tentative de non-rupture soigneusement orchestrée. »
Courtney Donovan Smith, chroniqueur au Taipei Times, a déclaré à Vision Times que les propos de Donald Trump sur l’indépendance de Taïwan reprenaient la politique de longue date de Washington, fondée sur une « ambiguïté stratégique » à l’égard de Taïwan.
« Ils ont laissé en suspens la question d’une éventuelle intervention militaire américaine dans un conflit visant à dissuader Taipei de “ déclarer son indépendance ”, d’une part, et Pékin d’entrer en guerre, d’autre part, dans le but de préserver le statu quo », a expliqué Courtney Donovan Smith.
« Nouvelle confrontation »
Selon les analystes, l’avertissement public lancé par Xi Jinping à Washington concernant Taïwan lors du sommet semblait viser à accroître la pression psychologique sur les États-Unis.
« La Chine est consciente de l’affaiblissement de la puissance et de l’influence des États-Unis en tant que leader mondial, dans un contexte de conflit persistant avec l’Iran, d’incapacité à trouver une solution avec la Russie dans la guerre en Ukraine et de rupture de l’alliance transatlantique », a déclaré Pooran Pandey.
Pooran Pandey a également souligné que le soutien américain à Taïwan repose sur la loi relative aux relations avec Taïwan, promulguée par le président Jimmy Carter le 10 avril 1979. « C’est dans ce contexte que la déclaration de Xi Jinping sur Taïwan lors du sommet dépasse largement le cadre géopolitique et s’inscrit au cœur de la stratégie belliqueuse chinoise visant à gagner sans tirer un seul coup de feu », a-t-il affirmé.
M. Smith a précisé que Pékin supposait depuis longtemps que les États-Unis interviendraient militairement si la RPC envahissait Taïwan, et a soutenu que ce dernier message devait être interprété dans ce contexte.
« Donald Trump a mentionné que Xi jinping l’avait longuement interrogé sur Taïwan, et il est clair que cela l’a marqué », a relaté Mme Smith.
M. Liu a décrit le récent sommet Trump-Xi comme le début d’une « nouvelle phase de confrontation » entre Washington et Pékin.
Il a noté que le cadre tarifaire convenu lors du sommet Trump-Xi à Busan en octobre 2025 reste en vigueur jusqu’au 10 novembre 2026. Donald Trump a réduit les droits de douane sur les produits chinois liés au Fentanyl de 20 % à 10 % et a invité Xi Jinping à Washington au cours de cette année : bien qu’aucune date n’ait été fixée.
M. Liu a précisé que les prochains mois seraient un test crucial pour la relation bilatérale. « Un petit pas de l’un ou l’autre côté sur la technologie, les ventes d’armes, l’Asie du Sud-Est ou les questions multilatérales de l’Indo-Pacifique pourrait faire basculer la situation actuelle, qui n’est pas encore rompue, dans une impasse ou une nouvelle escalade », a-t-il avancé.
« La fin de l’ère de la " carte Chine " exige un nouvel équilibre : un dialogue soutenu au sein d’une rivalité persistante. »
Réponse de Taïwan aux propos de Donald Trump
Le président taïwanais Lai Ching-te a réagi aux propos de Donald Trump dans une publication Facebook le dimanche 17 mai, affirmant que Taïwan ne serait ni « sacrifiée ni échangée ».
Le ministère taïwanais des Affaires étrangères a également déclaré le 16 mai qu’il n’y avait aucun changement dans la politique américaine : « La politique de longue date des États-Unis à l’égard de Taïwan demeure inchangée. Cette position a été réaffirmée par le président Donald Trump ».
« Il est évident que la République de Chine (Taïwan) est un pays démocratique souverain. Pékin n’a aucun droit de revendiquer une juridiction sur Taïwan. Le gouvernement taïwanais continuera d’approfondir sa coopération avec les États-Unis, de maintenir la paix par la fermeté et de veiller à ce que la sécurité et la stabilité du détroit de Taïwan ne soient ni menacées ni compromises », a déclaré le ministère.
M. Smith a souligné que le Parti démocrate progressiste (PDP), au pouvoir à Taïwan, soutient depuis 1999 que Taïwan est déjà indépendante sous le nom de République de Chine, rendant inutile une déclaration formelle d’indépendance.
Il a qualifié de de plus en plus obsolète l’ancienne formulation consistant à « déclarer l’indépendance » tout en préservant le statu quo. « Taipei n’a manifesté aucun intérêt pour la suppression des symboles et de la constitution de la République de Chine (Taïwan) et s’est toujours efforcée de préserver le statu quo face aux tentatives du PCC de le modifier unilatéralement », a affirmé Mme Smith.
M. Liu a affirmé que la réponse du président Lai réaffirmait que Taïwan est « un pays souverain, indépendant et démocratique dont la souveraineté ne peut être violée ni annexée », tout en soulignant que les ventes d’armes américaines sont fondées sur la loi de 1979 sur les relations avec Taïwan.
M. Liu a également relevé les propos de Donald Trump après le sommet, selon lesquels il avait suspendu « pour le moment » un programme de vente d’armes à Taïwan d’une valeur de 1,2 milliard de dollars, tout en maintenant un autre programme de 1,4 milliard de dollars « en suspens », ajoutant que « cela dépend de la Chine ».
« Plus grave encore, lors de son interview sur Fox News, Donald Trump a décrit sans ambages les ventes d’armes à Taïwan comme " un excellent atout de négociation pour nous, franchement " », a déclaré Liu.
« Il ne s’agit pas de l’interprétation d’un analyste, mais de la reconnaissance ouverte par le président américain en exercice que les engagements stratégiques envers Taïwan sont utilisés comme moyen de pression contre Pékin. »
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Trump’s Warning Against ’Taiwan Independence’ Seen as Tactical Play in Talks With Beijing: Analysts
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