Xi Jinping s’appuie-t-il sur l’archéologie pour sauver le parti ?

Par Li Wenlong
Le 08/10/2020
Les couleurs sur les guerriers et les chevaux en terre cuite ont rapidement disparu après l’ouverture de la tombe de Qin Shi Huang en 1976 à Xi’an, dans la province du Shaanxi, et n’ont jamais été véritablement retrouvées. La photo est un plan central des guerriers et des chevaux en terre cuite au mausolée du premier empereur de Qin après l’entrée de la salle d’exposition dans la fosse 1. (Image : Domaine public Legolas1024 / Wiki / CC BY-SA 4.0)
Les couleurs sur les guerriers et les chevaux en terre cuite ont rapidement disparu après l’ouverture de la tombe de Qin Shi Huang en 1976 à Xi’an, dans la province du Shaanxi, et n’ont jamais été véritablement retrouvées. La photo est un plan central des guerriers et des chevaux en terre cuite au mausolée du premier empereur de Qin après l’entrée de la salle d’exposition dans la fosse 1. (Image : Domaine public Legolas1024 / Wiki / CC BY-SA 4.0) 
 

Le chef du Parti communiste chinois (PCC), Xi Jinping, a demandé de faire des recherches et des analyses archéologiques afin de de faire entendre la voix de la Chine sur la scène internationale. Des observateurs ont souligné la volonté de Xi Jinping d’utiliser l’archéologie et la mise au jour de reliques culturelles pour donner une légitimité et une base au régime du PCC et à sa dictature.

Les observateurs redoutent que l’archéologie chinoise perde sa nature scientifique et soit réduite à un outil au service des besoins politiques du PCC. D’autres analystes soutiennent que l’étude de l’archéologie par le Politburo du Parti communiste prouve une fois de plus que le régime communiste est poussé dans ses retranchements.

 

Le 28 septembre, Xi Jinping, lors de la 23e session d’« étude collective » du Comité central du Politburo du PCC, a spécifiquement mentionné que l’archéologie « a une grande importance socio-politique ». (Image : zixia  / 123rf)
Le 28 septembre, Xi Jinping, lors de la 23e session d’« étude collective » du Comité central du Politburo du PCC, a spécifiquement mentionné que l’archéologie « a une grande importance socio-politique ». (Image : zixia / 123rf)
 

Le 28 septembre, lors de la 23e session d’« étude collective » du Comité central du Politburo du PCC, Xi Jinping a spécifiquement mentionné que l’archéologie « a une grande importance socio-politique », affirmant que le travail archéologique devrait être « organisé autour de certaines questions historiques majeures ». Il a souligné que la communauté archéologique devrait travailler avec des chercheurs dans les domaines politique, juridique, culturel et social pour étudier et interpréter les vestiges culturels, ceci afin de renforcer l’influence et la voix de ce qu’il appelle « l’archéologie chinoise », dans la communauté archéologique internationale.

Actuellement, les autorités chinoises sont confrontées à divers problèmes et défis, allant des appels internationaux à une enquête indépendante sur l’apparition du virus du PCC (Parti communiste chinois), également connu sous le nom de nouveau coronavirus, Covid-19, originaire de Chine, aux tensions dans les relations entre les États-Unis et la Chine, le Canada et la Chine, l’Australie et la Chine, et l’Inde et la Chine, en passant par la condamnation internationale du contrôle strict exercé par la Chine sur l’internet et de nombreuses questions relatives aux droits de l’homme.

Face à ces nombreux défis majeurs dans les relations internationales, quelle est la motivation et le but des hauts responsables du PCC ? Ils n’ont pas discuté de politique internationale ou de questions économiques intérieures, lors de cette conférence, mais ils ont consacré du temps à des travaux archéologiques qui ne semblent pas directement liés à des questions nationales et internationales…

Quels sont les motifs et les intentions relatifs aux travaux archéologiques visés par le PCC ?

Wang Juntao, un politologue de l’université de Columbia, a déclaré lors d’une interview à Voice of America, que l’accent mis par Xi Jinping sur les travaux archéologiques vise à promouvoir la légitimité de son règne. Il a précisé que si Xi Jinping devait devenir un dictateur communiste, il s’inspirerait de Marx et de Mao Zedong, mais qu’il devrait trouver dans la tradition chinoise la justification, la raison d’être et le soutien de sa dictature personnelle.

Wang Juntao a ajouté que Xi Jinping justifiait le règne du Parti communiste pour sa pérennité. Il pourrait vouloir chercher des ressources spirituelles et culturelles dans les traditions culturelles, les traditions politiques et la civilisation chinoise ancienne. Il pourrait même vouloir briser le marxisme du parti communiste.

 

Wang Juntao, un politologue de l’université de Columbia, a déclaré que l’accent mis par Xi Jinping sur les travaux archéologiques vise à promouvoir la légitimité de son règne. (Image : Wikimedia / 美國之音 方冰 / Domaine public)
Wang Juntao, un politologue de l’université de Columbia, a déclaré que l’accent mis par Xi Jinping sur les travaux archéologiques vise à promouvoir la légitimité de son règne. (Image : Wikimedia / 美國之音 方冰 / Domaine public)
 

Wang Juntao a assuré que, bien que Xi Jinping prétende être marxiste, il ne mentionne jamais un seul article ou un passage de Marx. Cependant, il cite abondamment la Chine ancienne dans ses discours.

Zhang Jiadun, un chroniqueur et commentateur américain connu sous le nom de Gordon Chang, a affirmé que l’accent mis par Xi Jinping sur l’archéologie est d’une grande importance sociopolitique, ainsi que le signe que le Parti communiste craint pour sa légitimité.

Parlant des responsables du PCC, il a avancé : « Ils ne pouvaient pas discuter de ce qui a été fait pour le peuple chinois récemment, ni même de ce qu’ils pourraient faire pour l’avenir. Ils ne pouvaient donc que discuter du passé. Je pense que c’est un signe de déclin ».

 

Zhang Jiadun, un chroniqueur et commentateur américain connu sous le nom de Gordon Chang, a affirmé que l’accent mis par Xi Jinping sur l’archéologie est d’une grande importance sociopolitique, ainsi que le signe que le Parti communiste craint pour sa légitimité. (Image : wikimedia / 美国之音 / Domaine public)
Zhang Jiadun, un chroniqueur et commentateur américain connu
sous le nom de Gordon Chang, a affirmé que l’accent mis par Xi Jinping
sur l’archéologie est d’une grande importance sociopolitique, ainsi que
le signe que le Parti communiste craint pour sa légitimité.
(Image : wikimedia / 美国之音 / Domaine public)
 

« Un autre objectif de l’accent mis par le Parti communiste sur l’importance de l’archéologie, est de fournir des preuves et des corroborations à ses revendications territoriales, dont celle de la mer de Chine méridionale », a expliqué Zhang Jiadun.

Hu Ping, un politologue chinois vivant à New York, a déclaré que l’archéologie est censée être une activité purement académique, très éloignée de la réalité politique, ce qui explique pourquoi les précédents dirigeants du PCC n’ont pas particulièrement insisté sur sa signification politique et sociale. Il a énoncé que l’accent mis par Xi Jiping sur l’importance de l’archéologie, cette fois-ci, était basé sur la réalité politique et qu’il voulait montrer au monde la longue civilisation de la Chine et ses réalisations, en ajoutant un peu de couleur à la construction d’une soi-disant Chine aux caractéristiques socialistes.

« Ce genre de considération est un obstacle majeur au travail archéologique », a déclaré M. Hu. « L’archéologie est une activité universitaire intrinsèquement solitaire », a-t-il spécifié, en précisant : « elle peut également conduire à des fraudes dans ce domaine, car l’archéologie a ses propres dérives. Parce que l’archéologie a déjà ce problème, il n’est pas facile de tester aussi clairement tant de choses du passé ».

Hu Ping a souligné que « les universitaires devraient retourner à l’université et s’engager dans la recherche académique avec un esprit scientifique. Si l’on s’engage dans la recherche académique avec un objectif politique très clair, cela induira inévitablement des falsifications, en particulier dans les travaux archéologiques où il est parfois difficile de tirer des conclusions claires ».

 

Massimo Introvigne, Docteur en philosophie, fondateur et directeur du CESNUR (Centre d’Etudes Sur les Nouvelles Religions), a récemment écrit que Mao Zedong, l’ancien leader du parti communiste chinois, avait déclaré que l’étude de l’histoire devrait être « basée sur l’utilisation du passé au service du présent ». (Image : wikimedia / Massimo Introvigne / CC BY)
Massimo Introvigne, Docteur en philosophie, fondateur et directeur
du CESNUR (Centre d’Etudes Sur les Nouvelles Religions), a récemment
écrit que Mao Zedong, l’ancien leader du parti communiste chinois, avait
déclaré que l’étude de l’histoire devrait être « basée sur l’utilisation du passé
au service du présent »
. (Image : wikimedia / Massimo Introvigne / CC BY)
 

Massimo Introvigne, Docteur en philosophie, fondateur et directeur du CESNUR (Centre d’Etudes Sur les Nouvelles Religions), a récemment écrit que Mao Zedong, l’ancien leader du parti communiste chinois, avait déclaré, dans les années 1950, que l’étude de l’histoire devrait être « basée sur l’utilisation du passé au service du présent ». Il affirmait ainsi que la nature originelle de l’histoire sera altérée au-delà de toute reconnaissance une fois que le concept « l’utilisation du passé au service du présent » serait mise en pratique.

Il a souligné que les fouilles, l’organisation et l’interprétation des réalisations historiques par le PCC constituent une utilisation sélective de l’histoire, comme la dépréciation des éléments religieux et spirituels dans la culture chinoise et la mobilisation du nationalisme pour en faire une ressource puissante au service du PCC. C’est pour cette raison, a-t-il précisé, que le travail archéologique est considéré par Xi Jinping comme un remède aux différents dilemmes auxquels le PCC est actuellement confronté.

Le PCC semble vouloir assurer sa survie en se servant des 5000 ans de l’histoire chinoise

Le critique Zhong Yuan écrit dans un article que lorsque les hauts dirigeants du PCC se retrouvent « dos au mur », de nombreuses contradictions internes et externes peuvent apparaître, dont l’esprit pour se servir de l’archéologie.

Selon l’article, les hauts responsables du Parti communiste parlent de « ne jamais oublier l’esprit originel » et d’extirper le « gène rouge », qui font tous référence à l’histoire du Parti communiste, fondé en 1921 en tant que branche extrême-orientale de l’ancienne Union soviétique, il y a moins de 100 ans. Le PCC a également affirmé au peuple chinois que le marxisme, ramené de l’ex-Union soviétique, était la façon la plus avancée de gouverner le pays. Pour autant, la direction du PCC veut aujourd’hui trouver une issue à travers l’histoire ancienne de la Chine.

L’article exprime que, lorsque le PCC a été créé, il a affirmé avoir renversé les « trois grandes montagnes » : le « féodalisme », le « capitalisme bureaucratique » et les « trois piliers du capitalisme », incluant l’« impérialisme ». En 1971, Mao est passé à l’« impérialisme » américain, comme l’appelait la propagande. Après la mort de Mao, Deng Xiaoping, a été forcé de réformer et d’ouvrir son pays. Il a pleinement embrassé l’« impérialisme » des États-Unis, de l’Europe, etc. Le PCC est ainsi devenu le représentant du capitalisme bureaucratique chinois. L’élite du Parti communiste représentait le capitalisme bureaucratique chinois. Maintenant l’étude très médiatisée de l’archéologie par le PCC semble ramener le « féodalisme ». Le régime communiste pense-t-il pouvoir ainsi continuer à vivre ?

 

Combien de reliques et de monuments culturels ont-ils été détruits par la Révolution culturelle ? La plupart des reliques de la Cité interdite ont pu être conservées à Taïwan, si ce n’avait pas été le cas, elles auraient été partagées entre les membres de la puissante élite et les officiers militaires du Parti communiste. (Image : Zhao Jiankang / 123f)
Combien de reliques et de monuments culturels ont-ils été détruits par la Révolution culturelle ? La plupart des reliques de la Cité interdite ont pu être conservées à Taïwan, si ce n’avait pas été le cas, elles auraient été partagées entre les membres de la puissante élite et les officiers militaires du Parti communiste. (Image : Zhao Jiankang / 123f)
 

Au cours des 71 ans d’histoire du Parti communiste chinois, il n’y a jamais eu de signes de respect pour l’archéologie. L’image de Pékin comme elle était il y a 71 ans a disparu depuis longtemps. Combien de reliques et de monuments culturels ont-ils été détruits par la Révolution culturelle ? Combien de faits historiques ont été déformés par le PCC ? L’archéologie, selon le PCC consistait plutôt à déterrer d’anciennes tombes, un peu comme des pilleurs de tombes, sans aucun respect pour l’histoire. La plupart des reliques de la Cité interdite ont pu être conservées à Taïwan, si cela n’avait pas été le cas, elles auraient été partagées entre les membres de la puissante élite et les officiers militaires du Parti communiste.

L’article soutient que les gènes culturels du peuple chinois sont totalement incompatibles avec le « gène rouge » du PCC. Xi Jinping devrait en être conscient, mais il essaie toujours de maintenir le PCC au pouvoir. Ce que les hauts responsables du Parti communiste veulent vraiment faire, c’est poursuivre le modèle des « Instituts Confucius », et essayer de récupérer les 5 000 ans d’histoire de la Chine de peur qu’elle ne soit plus reconnue par le monde. Mais, la stratégie des Instituts Confucius semble avoir été percée à jour par de nombreuses nations démocratiques. Ainsi, il n’y a plus de marché pour la fausse histoire du Parti communiste chinois, et les études archéologiques du Politburo ont une fois de plus prouvé que le régime chinois est vraiment à l’agonie.


Traduit par Charlotte Clémence

Source : https://www.secretchina.com/news/gb/2020/10/07/948435.html