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Histoire. La lutte de l’Église catholique romaine contre l’hérésie cathare (1/3)

FRANCE > Histoire

Dans cette période où l’Église catholique devenait puissante et riche, se propageaient pourtant des dissidences chrétiennes. Dans certaines régions, l’opulence de l’Église romaine, et la conduite de certains curés et prélats, ne délivraient pas un bon exemple de vie religieuse et nuisaient à l’adhésion du peuple, provoquant des dissidences. L’Église eut recours successivement à trois moyens pour venir à bout de l’hérésie cathare : la prédication, la croisade et l’inquisition.

La réforme grégorienne (du pape Grégoire VII) au XIe siècle avait accentué l’autorité de l’Église et celle-ci entendait s’imposer à la société chrétienne et au monde.

La propagation du catharisme dans le Midi

Le catharisme se propagea aux XIIe et XIIIe siècles dans l’ensemble du comté de Toulouse, allant d’Agen à Béziers et d’Albi aux Pyrénées, région qui n’était pas encore rattachée au royaume de France. A la différence des régions plus au nord, le clergé catholique local n’avait pas la mainmise sur le territoire. Quand les moines cisterciens vinrent pour s’implanter en Languedoc en 1145, ils se heurtèrent à des dissidents cathares qui désapprouvaient l’Église catholique et qui avaient le soutien des autorités locales.

Les Cathares obtenaient fréquemment la protection des seigneurs locaux. Le catharisme tirait sa force de sa diffusion dans les classes supérieures. D’après les travaux de l’historien Jean-Louis Biget, les croyants cathares étaient pour la plupart des gens cultivés des villes, et représentaient moins de 15 % de la population en Languedoc.
 
« Loin d’être une religion populaire, c’est la religion d’une minorité. Mais cette minorité est celle des puissants : aristocratie rurale et élites urbaines, comme à Fanjeaux et en de très nombreux autres lieux, les coseigneurs et les consuls réunis », souligne l’historien Michel Roquebert (site herodote.net).

Le terme « cathare » vient du grec katharos et signifie pur. Les Cathares eux-mêmes se nommaient « bons hommes », « bonnes dames » ou encore « bons chrétiens ». Ils furent appelés aussi « Albigeois » et, de manière péjorative, « parfaits » par les catholiques.

La croyance et la vie des Cathares

Il y a beaucoup d’incertitudes sur les croyances et la vie des Cathares car beaucoup de sources historiques ont été détruites. D’où, chez les historiens et dans notre société actuelle, les nombreuses représentations différentes, interprétations et controverses sur les Cathares.

Les Cathares s’estimaient être les successeurs des apôtres et des premiers chrétiens. Ce sont des raisons d’ordre moral qui amenèrent les dissidents cathares à contester la hiérarchie catholique et à prôner un retour au modèle d’Église des temps apostoliques. Les Cathares adoptèrent le mode de vie, les rites et les sacrements des premières communautés chrétiennes ; leur unique prière était le Notre Père. 

Selon le catharisme, le monde de la matière avait été créé par un dieu mauvais. Le dieu bon avait, quant à lui, créé le monde invisible et éternel ainsi que les créatures qui le peuplaient : les anges. Les anges qui avaient déchu du monde invisible, étaient enfermés sur Terre dans des corps humains par le dieu mauvais. Le Christ vint sur Terre pour révéler aux anges déchus devenus hommes l’existence du dieu bon. C’était un guide et la possibilité pour eux de se rappeler leur nature originelle et de se libérer de leur entrave.

La lutte de l’Église catholique romaine contre l’hérésie cathare
Les Cathares s’estimaient être les successeurs des apôtres et des premiers chrétiens. (Image : wikimedia / Internet Archive Book Images, No restrictions / Domaine public)

Les cathares appuyaient leur vision du monde sur la lecture de certains écrits du Nouveau Testament, particulièrement l’Évangile de Jean, recueillis et commentés par un dissident languedocien auteur d’un « traité anonyme ».

« Dans ce traité, il défend l’existence de deux mondes, l’un bon et l’autre mauvais. Radicalisant la croyance dans la dualité des mondes, il affirme que Dieu est à l’origine du monde céleste, de la création éternelle, tandis que le Diable (..) est à l’origine du monde visible, du néant. » écrit Ninon du Plessis (site histoire-pour-tous.fr)

Les Cathares ne reconnaissaient qu’un seul sacrement : le « consolamentum », sorte de baptême par imposition des mains qui symbolisait l’entrée en religion, le simple croyant devenant par ce sacrement un « bon homme » ou une « bonne dame ». Selon les Cathares, le sacrement du « consolamentum » était le seul à apporter le salut. Ce sacrement était pour eux fondamental car il était à la fois sacrement d’ordination, de pénitence et d’extrême-onction (appelé « consolamentum des mourants »).

Le « consolamentum » était très contraignant. Les « bons hommes » et « bonnes dames », qui l’avaient reçu, menaient une vie austère et chaste. Ils étaient les seuls vrais cathares. Ils s’interdisaient de tuer et évitaient toute nourriture animale. Malgré cette vie contraignante, ils étaient peu exigeants envers les simples croyants, la seule obligation du croyant cathare étant de saluer les « bons chrétiens » quand ils les rencontraient. Les simples croyants cathares n’étaient pas tenus de suivre les règles strictes des « bons chrétiens », tels que les trois jours de jeûne hebdomadaires et les carêmes, ou la chasteté.

La croyance cathare avait aussi son clergé. Les « bons chrétiens » s’organisaient en communautés d’hommes ou de femmes dirigées par des anciens, des diacres et des évêques. On y pratiquait souvent l’artisanat. Plusieurs communautés constituaient un diocèse cathare, à la tête duquel se trouvait un évêque.

Les cathares ne reconnaissaient pas d’autre autorité supérieure. Aux XIIe et XIIIe siècles il y eut cinq évêchés cathares dans le Midi, à Albi, Toulouse, Carcassonne, Agen et le Razès.

Pourquoi l’Église catholique ne tolérait-elle pas la croyance cathare ?

Selon l’Église, le catharisme transformait le sens de la mission du Christ. Il niait l’incarnation et la résurrection de Jésus. Il rejetait la croix et le signe de croix, qui, en rappelant les souffrances du Christ, le rattachaient à la matière impure.

Le Cathare affirmait son mépris du corps humain, créé, non à l’image de Dieu, mais par le démon. Selon les Cathares, la sexualité humaine répandait sur la terre la vie biologique, et donc l’œuvre de ce démon. Le vrai Dieu, le dieu de l’Esprit, celui qui se révélait en Jésus-Christ, avait créé les esprits que le corps et la sexualité condamnaient à vivre sur Terre, dans une prison de chair.

La lutte de l’Église catholique romaine contre l’hérésie cathare
Le sacrement de mariage catholique n’avait pas de valeur pour les Cathares. (Image : wikimedia / Kikuyu3 / CC BY-SA 4.0)

La conséquence de ce dogme était une condamnation du sacrement de mariage entre un homme et une femme, qui n’avait aucune valeur pour les Cathares. Le sacrement de mariage était, pour l’Église catholique, la base du fondement d’une famille dans le respect et la confiance. La cellule familiale était le socle de la société chrétienne.

Tandis que les « parfaits » vivaient chastement et témoignaient qu’il ne fallait pas se reproduire, les simples croyants cathares pouvaient mener une existence dissolue sans penser à un quelconque mariage. N’y avait-il pas là, pour l’Église catholique, une ambiguïté et une porte ouverte à la dépravation et à la destruction de la société chrétienne ?

A partir de ce principe d’un dieu bon et d’un dieu mauvais, la question du mal s’expliquait bien : finalement, qu’était le mal si ce n’était cette force charnelle en nous qui nous attirait vers le péché. Tandis que notre esprit prisonnier du corps, résistait comme il le pouvait pour retourner vers le monde de l’Esprit. Tout le mal venait de l’influence de ce dieu mauvais.

Pour l’Église romaine, les Cathares étaient pires que les infidèles car, tout en se disant chrétiens, ils développaient leurs propres dogmes.

Hector de Maris, dans la vidéo « Simon de Montfort et la Croisade des Albigeois », donne d’autres détails sur la doctrine des « parfaits » : « Dans la cérémonie du consolamentum, le cathare doit solennellement renoncer à son baptême catholique et donc à l’Église (..). Le Cathare ne doit pas mentir, (..) mais il est opposé au serment, or toute la vie sociale (la féodalité, la chevalerie, les corporations) est fondée sur la foi jurée. Donc c’est la destruction de l’arche de la société féodale de ce temps. »

Toute la doctrine cathare allait à l’encontre de l’esprit de l’Église catholique. Celle-ci tenait la croyance cathare en abomination et la qualifiait d’hérésie. La mission de l’Église était de maintenir la moralité et d’amener les gens sur un chemin spirituel. Cela incluait aussi, pour l’Église, la responsabilité de ramener les Cathares hérétiques (dans l’erreur), sur le « bon chemin ».

La lutte de l’Église catholique romaine contre l’hérésie cathare
Venant des monastères cisterciens, les moines se dévouèrent et prêchèrent pour ramener les croyants cathares dans le giron de l’Église romaine. (Image : wikimedia / Selmoval / CC BY-SA 4.0)

Début des prédications dans un environnement social hostile

Cette hérésie prenait de l ’ampleur et, à la fin du XIIe siècle, des missions furent organisées par les papes, à partir des monastères cisterciens, dans le Midi occitan. Les moines bénédictins se dévouèrent et prêchèrent pour ramener les croyants cathares dans le giron de l’Église romaine.

Mais ils n’avaient pas de bons résultats. Car le peuple voyait bien les évêques, les dignitaires de l’Église, qui étaient dans la richesse, le luxe, qui délaissaient leur vocation spirituelle. Ils les comparaient aux « parfaits », qui eux se dévouaient pour le peuple, du moins ils en avaient l’impression. Ainsi, le prêche des cisterciens n’avait pas d’effet sur le peuple cathare.

Bientôt, allait venir en aide aux moines cisterciens, un extraordinaire prêcheur…

À suivre...

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