Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

Histoire. Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV

FRANCE > Histoire

La monarchie absolue de Louis XIV s'appuyait sur une nation unifiée par la  religion et la langue. Le roi centralisa résolument l'administration monarchique. Il décidait seul et dirigeait, avec le conseil de ses ministres, toutes les fonctions essentielles de son pouvoir. Son règne laissa à la France un important et indéniable héritage politique et civilisateur.

Les faiblesses des monarchies avant le règne de Louis XIV

Louis XIV s'attacha à réformer structurellement la monarchie dès sa prise de pouvoir. De fait, après de décès de son père Louis XIII, il était déjà roi de France à l'âge de cinq ans en 1643. Cependant sa mère Anne d'Autriche tint la régence, aidée du Cardinal Mazarin, jusqu'au moment où celui-ci décéda et où le jeune roi put réellement diriger le pays à l'âge de 22 ans. 

Depuis un siècle, le royaume de France vivait dans un chaos politique et social. Le désordre avait commencé en 1562, avec les guerres de religion et le massacre de Vassy où les troupes du seigneur de Guise avaient ouvert le feu sur une assemblée protestante. Henri IV mit fin à ces guerres en 1598 grâce à l'Édit de Nantes, qui reconnaissait officiellement le protestantisme.  

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
Après de décès de son père Louis XIII, Louis XIV fut déjà roi de France à l'âge de cinq ans en 1643. (Image : wikimedia / Charles Beaubrun / Domaine public)

Après l'assassinat d'Henri IV en 1610, la reine Marie de Médicis devint régente du royaume. Elle fut confrontée à la puissance croissante des Grands. Ceux qu'on appelait les Grands faisaient partie de la très haute noblesse de France : des princes du sang, membres de la famille royale, des ducs et pairs, des grands officiers de la Couronne, des gouverneurs de province. Ces Grands possédaient d'immenses domaines fonciers, des châteaux, des armées privées et des réseaux de clientèle. 

Le pouvoir royal de Louis XIII fut relativement court. Lui et son principal ministre Richelieu ne parvinrent que partiellement à restaurer l'autorité monarchique. Richelieu décéda en 1642 et Louis XIII en 1643. Cependant ils avaient commencé la tâche qu'allait continuer avec tact et persévérance Louis XIV.  

La Fronde contre l'autorité royale 

Les deux épisodes de la Fronde parlementaire (1648-1649) et de la Fronde des princes (1650-1653) marquèrent fortement l'esprit du jeune Louis XIV et furent à l'origine de sa méfiance et de son intransigeance envers les parlements et la grande noblesse. À plusieurs reprises la régente Anne d'Autriche et le jeune roi durent fuir la capitale et le Cardinal Mazarin dut s'exiler.

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
Les deux épisodes de la Fronde parlementaire marquèrent fortement l'esprit du jeune roi. (Image : wikimedia / Charles Poerson / Domaine public)

« Quand les magistrats du Parlement – propriétaires de leurs charges et sans aucun mandat – veulent s’élever à devenir une assemblée délibérante et créer, selon ses mots, « une espèce de république dans la monarchie », Anne, aidée de Mazarin, s’oppose aux ambitions des juges, qui entendent rogner un peu plus le pouvoir royal, jusqu’à prétendre choisir les ministres » écrit Jean-François Solnon dans l'article Anne d’Autriche : comment la mère de Louis XIV a sauvé la monarchie française, dans la revue Histoire & Civilisations de mars 2022.  

La bourgeoisie et le peuple, pour leur part, s'exaspéraient de l'accroissement des impôts qu'engendrait la guerre contre l'Espagne (guerre de Trente ans). Les Parisiens dressèrent jusqu'à 2000 barricades dans les rues.

La Fronde des princes eut un autre motif : la grande noblesse voulait retrouver son influence politique perdue sous Richelieu et stopper l'emprise du pouvoir de Mazarin. « Les Grands ne dissimulaient rien de leur avidité d’un pouvoir qu’ils convoitaient, tout en étant incapables de l’exercer, pataugeant dans des querelles de préséance et les rivalités de clans », affirme l'écrivain Jean-Baptiste Geffroy dans l'article Louis XIV le réformateur sur le site viveleroy.net. 

Les troupes royales intervinrent et il y eut nombre de victimes durant la Fronde. Néanmoins, la fermeté et l'habileté du Cardinal Mazarin et de la reine Anne d'Autriche leur permirent de protéger la monarchie et le trône de Louis XIV. Celui-ci, encore enfant, ressentit cruellement les humiliations de la Fronde, car il avait déjà une vision claire de la fonction et de la dignité d'un roi.

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
Les troupes royales intervinrent et il y eut nombre de victimes durant la Fronde. (Image : wikimedia / Anonymous / Domaine public)

Les outils de consolidation de la nation et de la monarchie

Ces révoltes qui avaient gravement ébranlé l'autorité royale pendant sa jeunesse, décidèrent Louis XIV, en 1661, à réformer la structure du système monarchique en France. Il affirmait que son autorité venait directement de Dieu. C'était une monarchie de droit divin. La monarchie absolue devait respecter des lois : « Les lois divines, les lois naturelles sont le premier frein et ce frein n’est pas une petite chose à cette époque de foi profonde, ce qui entraîne pour le souverain la charge d’une responsabilité devant Dieu », indique dans son article Jean-Baptiste Geffroy.

Le roi centralisa toutes les décisions importantes. Le Conseil du roi ou Conseil d'en haut devint l'organe central de décision, réunissant à ses côtés de trois à six ministres, choisis pour leur compétence et non pour leur naissance. Il écarta les grands nobles des postes-clés pour éviter la contestation de son autorité.

Trois autres conseils se réunissaient régulièrement : le Conseil des dépêches gérait les affaires administratives et diplomatiques, le Conseil des finances supervisait le Trésor et les dépenses publiques, le Conseil de guerre planifiait stratégie militaire et commandement des armées. Le roi présidait les séances de tous ces Conseils. Les secrétaires d'État présentaient les dossiers et le roi rendait la décision finale. 

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
Le Conseil du roi ou Conseil d'en haut devint l'organe central de décision, réunissant aux côtés du roi, de trois à six ministres, choisis pour leur compétence et non pour leur naissance. (Image : wikimedia / Luis Miguel Bugallo Sánchez / CC BY-SA 4.0)

Il y eut une création de postes permanents (secrétaires d'État) pour assurer la continuité administrative. L'information était contrôlée par le Conseil des dépêches qui filtrait les correspondances et les rapports des provinces.

Les intendants préférés aux gouverneurs : l'action du roi de France pour tous les français 

Les gouverneurs de province, avant le règne de Louis XIV et surtout depuis les guerres de religion, avaient des pouvoirs militaires et civils considérables. Ils représentaient une puissance qui concurrençait le pouvoir royal. Louis XIV avait compris la menace. Il écrivit dans ses Mémoires : « Et comme ce qui les avait rendus les plus absolus dans leurs places était la disposition qu’on leur avait laissée du fonds des contributions et la liberté de composer leurs garnisons des troupes qui dépendaient d’eux, je résolus de leur ôter insensiblement l’un et l’autre et fis de jour en jour entrer dans toutes les villes importantes des troupes d’armée qui ne dépendaient que de moi seul. »

Il limita alors drastiquement la puissance des gouverneurs. L'essentiel de leurs fonctions et de leur pouvoir fut transmis aux intendants. Les intendants étaient les représentants du roi dans chaque généralité (circonscription administrative). Ils devinrent plénipotentiaires de l'autorité royale. Leurs larges champs d'action concernaient la justice, la police et les finances.

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
Les gouverneurs de province, avant le règne de Louis XIV et surtout depuis les guerres de religion, avaient des pouvoirs militaires et civils considérables. (Image : wikimedia / Nicolas de Largillière / Domaine public)

En plus de ces fonctions, ils étaient chargés d’enquêter sur l’état du royaume, d’améliorer l’agriculture, de créer et d'inspecter les manufactures royales, les messageries, la poste et le réseau routier. 

Les intendants étaient issus de la noblesse de robe ou de la haute bourgeoisie. Ils étaient nommés directement par le roi, et disposaient de personnel pour les assister. Ils étaient révocables et déplaçables à tout moment. Néanmoins Louis XIV favorisa une intendance de longue durée qui s'enracinait et avait une meilleure connaissance de la population et des us et coutumes du terroir. 

Les intendants étaient les yeux et les oreilles du roi dans le territoire dont ils avaient la charge. Ils intervenaient dans les querelles locales, réprimaient les abus des juridictions, veillaient à l’obéissance des officiers provinciaux et rapportaient leurs constats au contrôleur général des finances, puis au Conseil royal. 

Les intendants eurent aussi le rôle indirect, à travers leur réseau d'administrateurs fidèles au roi, de réduire l'influence des institutions collégiales locales. 

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
Le roi favorisa une intendance de longue durée qui s'enracinait et avait une meilleure connaissance de la population et des us et coutumes du terroir. (Image : wikimedia / Bega, Cornelis Pietersz / CCO)

Conjurer une nouvelle fronde en contrôlant la noblesse 

Le splendide château de Versailles fut un lieu important pour contrôler la noblesse française. Louis XIV imposa aux nobles de passer une partie de l'année à la Cour de Versailles. Il les éloigna ainsi de leurs bases de pouvoir locales et des parlements provinciaux. 

Ils suivaient les rituels de cour : lever et coucher du roi, cérémonie de réception, fêtes somptueuses. Chaque présence était un moyen de surveillance et de dépendance financière.

Louis XIV distribuait des pensions royales, des charges honorifiques et des privilèges qui rendaient les nobles financièrement dépendants de lui. Contrairement à ses prédécesseurs, il écarta systématiquement la haute noblesse des postes ministériels importants, préférant gouverner avec des bourgeois compétents et loyaux, comme Colbert. 

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
Louis XIV imposa aux nobles de passer une partie de l'année à la Cour de Versailles. (Image : wikimedia / LouisG12 / CC BY-SA 4.0)

Les nobles conservaient des titres prestigieux mais sans pouvoir décisionnel. Le système était efficace : il neutralisa les velléités d'indépendance de la noblesse tout en préservant son prestige social. 

Le rayonnement culturel et politique du Roi-Soleil

Le roi s'intéressait à l'art de manière concrète. En plus d'écouter la musique, d'admirer les tableaux et d'aller au théâtre, Louis XVI visitait les artistes, les chantiers, les écoles d'art. Il parcourut les chantiers de Versailles de fond en comble, au moment de sa construction. Côté musique, il abandonna la pratique du luth pour celle de la guitare, plus populaire et correspondant mieux à son goût. Il fut aussi un magnifique danseur.

« Louis XIV est le premier des rois qui ait conçu l’art comme un moyen de gouvernement », écrit Jean-Baptiste Geffroy. Le premier jour de son accession au pouvoir, il créa l'Académie de danse. Par cet acte, il n'assurait pas seulement la promotion d'un art qu'il aimait et pratiquait, mais il consacrait aussi le divertissement favori des Français. Au fil des années, il s'établit un important réseau d'académies artistiques et les goûts artistiques de Louis XIV influencèrent les arts de son temps.

En construisant Versailles, le roi voulait conjuguer la magnificence des arts et la gloire de sa couronne. C'était pour lui, d'abord, la perspective culturelle d'un style français « purifié du syncrétisme et du pathétisme que favorisaient dans les arts la papauté et les grands ordres religieux catholiques […] un style universel dans ses principes, dédaignant la recherche de l’effet […] ayant retrouvé les sources de la beauté que l’antiquité et le christianisme avait inspirée : ordre, simplicité, convenance, charme, finesse, grâce », comme le disait l'historien d'art Marc Fumaroli. 

Le renforcement de la nation et de la monarchie sous le règne de Louis XIV
En construisant Versailles, le roi voulait conjuguer la magnificence des arts et la gloire de sa couronne. (Image : wikimedia / Photo: Myrabella / CC BY-SA 4.0)

L'autre perspective était politique, c'était la réalisation d'un cadre prestigieux pour son gouvernement. Versailles devenait une scène reconnue de l'exercice du pouvoir. Il permettait aux personnages, courtisans ou politiques, de devenir des acteurs permanents au service d'un roi « maître du temps, des lieux et de l'action », Jean-Baptiste Geffroy confie aussi : « Versailles restera à jamais le chef d’œuvre politique et artistique de Louis XIV ». 

Bien qu'il eut les pleins pouvoirs, la monarchie absolue de Louis XIV n'était pas une dictature. Car le roi était responsable de ses actions devant Dieu, il en avait pleinement conscience. De plus, il prenait appui de ses décisions auprès d'un conseil de ministres de confiance. Le roi, ses ministres, ses officiers, ses intendants et toute l'administration de la monarchie se dédiaient au service du peuple français et du bien commun de la France.

Soutenez notre média par un don ! Dès 1€ via Paypal ou carte bancaire.

Pour améliorer votre expérience, nous (et nos partenaires) stockons et/ou accédons à des informations sur votre terminal (cookie ou équivalent) avec votre accord pour tous nos sites et applications, sur vos terminaux connectés.
Accepter
Rejeter