Illustre peintre du XVIIIe siècle, passé maître dans la composition de paysages et d'œuvres marines, Joseph Vernet développa un style associant précision topographique et sensibilité poétique. Le roi Louis XV lui commanda une série de tableaux des plus beaux ports du royaume.
Le peintre des tempêtes, des couchers de soleil et des ports imaginaires
Joseph Vernet (1714-1789) naquit dans une famille d'artisans d'Avignon. Son père était peintre décorateur de portes, de carrosses, d'intérieurs. Très jeune, Joseph eut du talent pour le dessin. Son père lui offrit une palette et un chevalet quand il eut 7 ou 8 ans.
Il reçut une formation initiale en peinture auprès d'un ami de la famille à Aix-en-Provence, lui aussi peintre décorateur. Puis il poursuivit sa formation auprès d'un peintre d'histoire. En outre, il s'entraînait en reproduisant les œuvres de maîtres locaux et s'imprégnait ainsi de l'atmosphère particulière des paysages provençaux.

À vingt ans, il partit voyager en Italie, à la découverte des peintres de ce pays, des maîtres de la renaissance et de l'art antique. Il y séjourna pendant deux décennies. Ce fut une période décisive où il affirma son style propre. Ses sujets de prédilection restèrent les paysages et les œuvres marines : tempêtes, naufrages, couchers de soleil, ports imaginaires.
À cette époque, les jeunes hommes et plus rarement les jeunes femmes des classes élevées de la société européenne, entreprenaient un long voyage pour parfaire leur éducation, diversifier leurs centres d'intérêt. Joseph Vervet entreprit aussi ce Grand Tour depuis l'Italie jusqu'à l'Angleterre en passant par la Suisse, l'Allemagne et les Pays-Bas.

La qualité de ses œuvres attira des commanditaires de toute l'Europe
Il fit ainsi connaître et apprécier ses talents de peintre à la noblesse européenne. En 1745, il épousa une anglaise, Virginia Parker, fille d'un commanditaire d'art, ce qui renforça ses liens avec le milieu britannique du marché de l'art. Il fut la même année agréé par l'Académie royale de Paris.
La qualité du travail de Vernet attirait les commanditaires français, italiens et anglais. Au fil des années et au contact de grands maîtres peintres , Joseph Vernet avait développé une maîtrise exceptionnelle des effets de lumière et d'atmosphère.

Joseph et Virginia eurent quatre enfants, dont un, Carle, devint peintre d'histoire et de scènes militaires, un des peintres officiels de Napoléon Ier. Le fils de Carle, Horace, fut lui aussi un peintre célèbre notamment pour ses scènes orientalistes et ses portraits. Un arrière petit-fils de Joseph Vernet, Émile Vernet-Lecomte, perpétua la tradition artistique familiale de haut niveau jusqu'au début du XXe siècle.
La célébrité de Vernet ne fit que croître au XVIIIe siècle. Son nom fut bientôt connut de toute l'Europe et les commandes affluèrent de tous les pays. Quand enfin il revint avec sa famille s'installer à Paris en 1753, il eut peu de temps après une commande du marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du roi. Au nom du souverain Louis XV, il lui confia la réalisation de vingt-quatre tableaux représentant les plus beaux ports du royaume, pour glorifier la puissance maritime française.

Une commande royale contraignante et difficile
Le peintre ne réalisa finalement que quinze toiles, ce qui constituait déjà une grande performance. Il devait adopter un mode de vie itinérant, allant de port en port pour observer l'environnement et faire des choix de composition. Un itinéraire lui avait été imposé, allant de Marseille jusqu'à Dieppe.
Joseph se rendait dans chaque port, faisait des croquis et notait les différentes tendances chromatiques. La véritable exécution du tableau se faisait en atelier. La mémoire et l'imagination avaient un rôle primordial dans cette série de tableaux. Le marquis de Marigny avait d'ailleurs insisté sur l'importance de la ressemblance.

Dans la biographie de Claude-Joseph Vernet, sur le site rivagedeboheme.fr, il est rapporté que Marigny avait dit à Vernet : « Surtout ne perdés pas de vue l’intention du Roy qui est de voir les ports du royaume représentés au naturel dans vos tableaux. Je sens bien que votre imagination se trouve par là gênée ; mais avec votre talent on peut réunir le mérite de l’imitation et celuy de l’invention : vous en avés donné des preuves. »
Pourquoi Joseph Vernet ne fit-il que quinze tableaux sur les vingt-quatre demandés par le marquis de Marigny ? Ce fut certainement à cause d'exigences du commanditaire parfois incompatibles avec les contraintes et les nécessités d'une œuvre picturale de haut niveau. Des conflits éclatèrent parfois, exposant les limites de la liberté de création de l'artiste.

De plus, les ports étaient considérés comme des endroits stratégiques, et Vernet devait demander des autorisations, qui arrivaient souvent avec beaucoup de retard. La mission du peintre pouvait donc être passablement compliquée.
La réalité ordinaire et captivante du monde humain et de la nature
Les paysages et les œuvres marines du peintre répondaient au goût dominant du XVIIIe siècle, ce qui leur valut un succès international. Les œuvres de Vernet étaient idéalisés et empreints de poésie. Elles eurent une influence durable sur de nombreux peintres, notamment des peintres anglais.

Deux techniques de composition furent souvent utilisées par le peintre dans ses paysages marins ou terrestres. C'était d'abord une maîtrise de la dimension spatiale du ciel, s'étendant sur la moitié à deux tiers du tableau, bien souvent. Les ciels immenses et la ligne d'horizon très éloignée donnent une impression d'espace et de profondeur infinis.
C'était ensuite une façon de traiter la lumière à contre-jour. « La lumière vient des profondeurs du tableau », écrit Patrick Aulnas, dans l'article du site rivagedeboheme.fr. Beaucoup d'éléments du tableau apparaissent à contre-jour. Le soleil dans les scènes diurnes ou la lune dans les scènes nocturnes, éclairent tous les éléments du tableau depuis l'horizon.

Il est difficile de classer Joseph Vernet dans les courants de peinture du XVIIIe siècle. La maîtrise de l'espace et de la lumière relève du courant des peintres classiques, mais les figures religieuses ou mythologiques en sont absentes. Elles sont remplacées par des personnages communs dans des activités de travail ou de loisir.
Avec le peintre Joseph Vernet, la peinture des paysages acquit au XVIIIe siècle une complète autonomie. La beauté idéale de la peinture classique semblait se satisfaire de la réalité ordinaire et captivante du monde humain et de la nature. Tout cela ne tient-il pas, avant tout, au travail, au talent et à l'inspiration sublime du peintre, ainsi qu'à la vision humble et profonde de l'admirateur ?
Soutenez notre média par un don ! Dès 1€ via Paypal ou carte bancaire.












