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Monde. États-Unis : la Chambre des représentants vote une loi excluant Pékin de la finance mondiale en réponse aux menaces pesant sur Taïwan

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Un nouveau projet de loi américain prévoit d’exclure la Chine du G20, de la Banque des règlements internationaux et du Conseil de stabilité financière si Pékin prend des mesures contre Taïwan. Cela revient à exclure la place tenue par Pékin dans la finance mondiale. La Chambre l’a adopté à la quasi-unanimité. Mais le véritable enjeu n’est pas le vote, mais ce que les données révèlent sur la fragilité financière de la Chine. 

Le renminbi,RMB ou Yuan, ne représente que 2,73 % des transactions mondiales. La Chine importe 12 millions de barils de pétrole par jour. Et tous les systèmes monétaires alternatifs plausibles s’effondrent lorsqu’on les examine de près. La loi Protect Taiwan Act ne se contente pas de menacer Pékin de conséquences. Elle identifie un mécanisme de destruction économique et met la Chine au défi de tester son efficacité.

395 contre 2 : la Chambre des représentants a voté en faveur de la transformation du système financier mondial en une arme contre Pékin

L’écart seul en dit long. Le 9 février, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté la loi Protect Taiwan Act par 395 voix contre 2, un degré d’unanimité bipartisane presque sans précédent pour une législation liée à la Chine.

Le représentant Frank Lucas, qui a présenté le projet de loi, n’a laissé aucune place à l’ambiguïté. Si les actions de Pékin menacent la sécurité, la stabilité sociale ou les systèmes économiques du peuple taïwanais, les États-Unis doivent, dans la mesure du possible, exclure les représentants chinois du G20, de la Banque des règlements internationaux (BRI) et du Conseil de stabilité financière (CSF). Il ne s’agit pas d’organismes symboliques. Le G20 assure la coordination macroéconomique entre les plus grandes économies mondiales. La BRI fait office de banque centrale pour les banques centrales. Le FSB rédige les règles régissant la stabilité financière mondiale. Ensemble, ils constituent le système d’exploitation de la finance internationale. L’exclusion de ces trois instances couperait Pékin de l’architecture qui rend sa monnaie utilisable, ses banques interopérables et ses capitaux mobiles.

M. Lucas a été catégorique : le projet de loi indique à Pékin qu’il paiera pour toute action menant à un conflit avec Taïwan. Selon lui, l’agression persistante de la Chine en mer de Chine méridionale exige une posture américaine proactive. La réponse à une invasion de Taïwan doit être énergique : sanctions radicales, pénalités économiques et expulsion de toutes les institutions internationales importantes.

États-Unis : la Chambre des représentants vote une loi excluant Pékin de la finance mondiale en réponse aux menaces pesant sur Taïwan
La loi Protect Taiwan oblige Pékin à prendre en compte les conséquences financières catastrophiques de tout scénario impliquant Taïwan avant même que le premier navire ne quitte le port. (Image : wikimedia / 維基小霸王, CC BY-SA 4.0)

Républicains et démocrates sont unis : toute agression contre Taïwan aura des répercussions sur le rôle de Pékin dans la finance mondiale

Le représentant French Hill a basé le projet de loi sur une loi déjà en vigueur. Le Taiwan Relations Act de 1979, la loi qui régit les relations non officielles entre Washington et Taipei depuis près d’un demi-siècle, interdit explicitement à Pékin d’utiliser la force, la coercition, les boycotts ou les embargos pour placer Taïwan sous le contrôle du Parti communiste. Selon M. Hill, le Protect Taiwan Act donne du poids à cette interdiction. Dès que le Congrès informe le président que Taïwan est menacé, Pékin s’expose à de lourdes sanctions financières et diplomatiques. Il n’y a aucune ambiguïté, aucune marge de manœuvre, aucune échappatoire.

Le démocrate Greg Stanton a réaffirmé ce propos après le vote : si Pékin menace Taïwan, il perd le droit de tirer profit du système mondial. Il a soutenu le projet de loi comme un signal d’alarme : dès que la Chine représente une menace directe pour Taïwan, son exclusion des principales organisations internationales commence.

Le projet de loi est désormais soumis au Sénat. S’il est adopté, le président Trump le signera pour qu’il entre en vigueur. Le modèle existe déjà. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Congrès a adopté des exclusions financières comparables. Le message adressé au monde était clair : si vous brisez l’ordre international, l’ordre international vous brisera en retour.

Pourquoi les sanctions financières annoncées préalablement modifient l’ensemble du calcul stratégique

Le parlementaire taïwanais, Chen Kuan-ting, a inscrit ce projet de loi dans un cadre que les analystes militaires comprennent depuis longtemps, mais que les législateurs ont tardé à codifier : la dissuasion à l’époque moderne est multidomaine. Les systèmes financiers, les mécanismes de compensation et les flux de capitaux ne sont pas périphériques au conflit, ils constituent des armes stratégiques. En intégrant les sanctions et l’exclusion institutionnelle dans une architecture de dissuasion préventive, la loi Protect Taiwan oblige Pékin à prendre en compte les conséquences financières catastrophiques de tout scénario impliquant Taïwan avant même que le premier navire ne quitte le port.

M. Chen a qualifié cette législation d’institutionnalisation des conséquences. Elle transforme une vague menace de sanction en une structure de coûts concrète et préétablie. Tout agresseur potentiel est désormais confronté à une ruine structurelle inhérente à la décision d’attaquer, et non à une possibilité spéculative qui pourra être négociée par la suite.

La logique stratégique dépasse le cadre de Taïwan. Taïwan se trouve au centre de la première chaîne d’îles, l’archipel qui s’étend du Japon aux Philippines en passant par Taïwan et qui forme le périmètre de défense le plus éloigné du Pacifique occidental. Si Taïwan tombait, la marine chinoise pourrait pénétrer sans entrave dans le Pacifique ouvert, bouleversant l’équilibre militaire en Asie de l’Est. Taïwan fabrique également la grande majorité des semi-conducteurs avancés dans le monde. 

L’instabilité dans le détroit de Taïwan menace donc à la fois la sécurité démocratique et la chaîne d’approvisionnement mondiale. M. Chen a fait remarquer que la récente cascade de lois bipartites adoptées à Washington — coopération militaire, contrôle des exportations technologiques et désormais contre-mesures financières — montre que les décideurs politiques américains ont pris conscience de cette réalité.

Le calcul de la vulnérabilité financière de la Chine : 2,73 % et en baisse

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La question de savoir si Pékin peut survivre à des sanctions financières n’est pas une question d’opinion. C’est une question de calcul. (Image : leungchopan / envato)

Une journaliste spécialisée dans les questions financières, Hu Caipin, a abordé la question sous un angle différent. Oubliez la politique, a-t-elle écrit dans un message publié sur Facebook le 10 février. La question de savoir si Pékin peut survivre à des sanctions financières n’est pas une question d’opinion. C’est une question de calcul.

Les faucons de Pékin et leurs sympathisants à l’étranger affirment que la Chine pourrait résister aux sanctions en formant un bloc monétaire alternatif avec la Russie, l’Iran et l’Arabie saoudite.

Mme Hu a démoli cette affirmation chiffre par chiffre.

- ● Part du renminbi dans les transactions monétaires mondiales : 2,73 %. 

- ● Son classement : sixième. Devant lui : le dollar américain avec 50,49 %, l’euro avec 21,9 %, la livre sterling avec 6,73 %, le dollar canadien avec 3,44 % et le yen japonais avec 3,42 %. 

- ● Le renminbi est une monnaie marginale dans le commerce mondial, moins importante que le dollar canadien. 

- ● Les entreprises chinoises mènent leurs activités internationales principalement en dollars américains. Sans accès aux systèmes libellés en dollars, tout le mécanisme du commerce extérieur chinois s’enlise.

La Russie a tenté de survivre grâce au renminbi, mais a dépensé 150 milliards de dollars en trois ans

La brève période de renommée mondiale du renminbi prouve le contraire de ce qu’affirment les défenseurs de Pékin. Après le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les sanctions occidentales qui ont coupé Moscou du dollar et de l’euro, une partie importante du commerce russe s’est tournée vers le renminbi. En juillet 2024, la monnaie a atteint un pic historique de 4,74 % de part de marché mondiale, dépassant le yen et le dollar canadien pour se classer quatrième au niveau mondial.

Puis elle s’est effondrée à 2,73 %. La raison est simple : la Russie est à court d’argent, et le volume des échanges commerciaux qui avait temporairement gonflé le renminbi s’évapore avec elle.

Le Fonds national de richesse de la Russie, la réserve souveraine avec laquelle Moscou était censée mener une guerre, détenait 185 milliards de dollars avant l’invasion. Le mois dernier, il ne détenait plus que 35,7 milliards de dollars. Mme Hu a noté que le président Trump s’était fait remarquablement discret au sujet de la négociation d’un cessez-le-feu. Les chiffres expliquent pourquoi Washington peut se permettre d’attendre. La Russie est en train de se vider de ses ressources financières, et le temps joue en faveur des États-Unis. Sans l’Inde et la Chine qui continuent d’acheter du pétrole russe : Pékin soutenant Poutine par des transactions libellées en renminbi —, la Russie serait déjà finie.

Si la Chine est sanctionnée, aucune devise au monde ne pourra remplacer le dollar pour Pékin

Mme Hu a ensuite poussé son argumentation jusqu’à sa conclusion logique. Lorsque la Russie a été sanctionnée, elle pouvait compter sur le renminbi, une bouée de sauvetage limitée, mais réelle. Si la Chine elle-même était sanctionnée, quelle monnaie lui servirait de bouée de sauvetage ? Le rouble russe ? Le rial iranien ? Le riyal saoudien ?

La réponse à cette question est évidente. Le rouble et le rial ont été décimés par des années d’inflation, de mauvaise gestion et d’isolement. Aucun acteur financier sérieux ne détiendrait de réserves dans l’une ou l’autre de ces devises. Le verdict de Mme Hu est abrupt : seul une personne dépourvue d’intelligence rejoindrait une union monétaire avec ces pays.

L’Arabie saoudite pose un problème plus subtil. Même si Riyad était disposée à le faire, ce qui est très improbable, le riyal saoudien n’a pas le volume d’émission nécessaire pour absorber les besoins de transaction de la Chine. Si les entreprises chinoises commençaient à convertir le renminbi en riyals à grande échelle, la monnaie saoudienne connaîtrait une hausse incontrôlable, ce qui pourrait déclencher une crise mondiale des prix du pétrole. Ce résultat constituerait une menace existentielle pour la Chine en particulier, car Pékin importe 12 millions de barils de pétrole brut chaque jour. Une explosion des prix du pétrole aurait l’effet d’une crise cardiaque économique. Aucun gouvernement rationnel ne provoque sa propre crise énergétique.

L’Europe ne viendrait pas à la rescousse de Pékin, mais profiterait de la crise pour affaiblir le renminbi

Hu Caipin a ensuite livré une analyse très juste à la fin de son exposé. Elle a fait valoir que, dans l’ensemble du système monétaire mondial, seules deux devises autres que le dollar ont suffisamment de poids pour soutenir théoriquement le commerce chinois : la livre sterling et l’euro. Et parmi ces deux devises, seul l’euro a le volume nécessaire.

L’euro est donc le dernier espoir de Pékin. Mais il y a un hic.

L’Union européenne affiche un déficit commercial d’environ 300 milliards d’euros par an avec la Chine. La Chine n’a pas besoin d’acheter des euros. Ce sont les Européens qui achètent des renminbis — en quantités considérables — pour payer les marchandises chinoises. Dans un scénario de sanctions, les détenteurs européens de renminbis ne se rallieraient pas à la défense de Pékin. Ils se débarrasseraient de cette monnaie. Tout incite à faire baisser le renminbi, et non à le soutenir. Pour les institutions financières européennes, une Chine sanctionnée et affaiblie serait une opportunité, et non une crise.

Mme Hu a appuyé son argumentation en établissant un parallèle historique qui résonne profondément dans la conscience politique chinoise. Au XIXe siècle, les puissances européennes ont exploité la faiblesse financière de la Chine pour lui imposer des traités inégaux : concessions commerciales forcées, saisies territoriales et paiements d’indemnités, que les historiens chinois appellent le « siècle de l’humiliation ». Il s’agit du traumatisme fondateur de l’identité nationale chinoise moderne, constamment invoqué par le Parti communiste lui-même pour justifier son contrôle autoritaire. L’argument de Hu Caipin est délibérément provocateur : si Pékin est sanctionné, l’Europe ne viendra pas à son secours. L’Europe fera ce qu’elle a fait il y a 150 ans : utiliser son levier financier pour soumettre la Chine. Le scénario, écrit-elle, a déjà été joué.

La loi Protect Taiwan Act s’inscrit dans le cadre d’une expansion rapide et multiforme des relations entre les États-Unis et Taïwan

États-Unis : la Chambre des représentants vote une loi excluant Pékin de la finance mondiale en réponse aux menaces pesant sur Taïwan
Dans l’ensemble, la tendance est indéniable. En l’espace d’une seule session législative, Washington a pris des mesures pour armer Taïwan, sanctionner ses ennemis et intégrer ses institutions, sur le champ de bataille, dans le système bancaire et en orbite. (Image : wikimedia / AngMoKio, CC BY-SA 3.0)

La menace financière n’est pas la seule mesure prise par Washington. Le président Trump a récemment signé un projet de loi de financement global allouant 1,4 milliard de dollars à la défense de Taïwan, un engagement militaire concret inscrit dans le budget fédéral.

Le 4 février, la Chambre des représentants a également adopté la loi sur l’assistance spatiale entre les États-Unis et Taïwan. Le représentant démocrate Jake Auchincloss a déclaré que ce projet de loi permettait à la NASA, à la NOAA et au département d’État de coordonner directement leurs programmes spatiaux avec ceux de Taïwan. Son objectif explicite : démanteler les restrictions imposées depuis des décennies à la coopération spatiale entre les États-Unis et Taïwan par la politique d’une seule Chine.

Dans l’ensemble, la tendance est indéniable. En l’espace d’une seule session législative, Washington a pris des mesures pour armer Taïwan, sanctionner ses ennemis et intégrer ses institutions, sur le champ de bataille, dans le système bancaire et en orbite.

États-Unis : la Chambre des représentants vote une loi excluant Pékin de la finance mondiale en réponse aux menaces pesant sur Taïwan
Pour les institutions financières européennes, une Chine sanctionnée et affaiblie serait une opportunité, et non une crise. (Image : GoldenDayz / envato)

Rédacteur Yasmine Dif

Source : PROTECT Taiwan Act: House Votes 395–2 to Cut Beijing Out of Global Finance Over Taiwan Threat

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