Covid-19 : les dangers pour la sécurité alimentaire mondiale

Par Troy Oakes
Le 11/08/2020
Les marchés agricoles et alimentaires sont confrontés à des perturbations continues dues à la pénurie de main-d’œuvre résultant du confinement, et à d’importantes variations dans la demande alimentaire résultant de pertes de revenus et de la fermeture d’écoles et de restaurants. (Image : pixabay / CC0 1.0)
Les marchés agricoles et alimentaires sont confrontés à des perturbations continues dues à la pénurie de main-d’œuvre résultant du confinement, et à d’importantes variations dans la demande alimentaire résultant de pertes de revenus et de la fermeture d’écoles et de restaurants. (Image : pixabay / CC0 1.0)
 

Le Covid-19 a entraîné un ralentissement économique mondial qui affecte les quatre piliers de la sécurité alimentaire - disponibilité, accès, utilisation et stabilité - selon un nouvel article de chercheurs de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), publié dans la revue Science. Les marchés agricoles et alimentaires sont confrontés à des perturbations continues en raison de la pénurie de main-d’œuvre résultant du confinement, ainsi qu’à d’importantes variations dans la demande alimentaire découlant des pertes de revenus et de la fermeture d’écoles et de restaurants.

Les principales conclusions mettent en évidence l’impact de Covid-19 sur les systèmes alimentaires, l’économie mondiale, la pauvreté, la santé et le commerce. Johan Swinnen, co-auteur et directeur général de l’IFPRI, a déclaré : « L’impact le plus important de la pandémie sur la sécurité alimentaire est la baisse des revenus qui met en danger l’accès à la nourriture. Cela est particulièrement préoccupant pour les personnes extrêmement pauvres, qui consacrent en moyenne environ 70 % de leur revenu total à l’alimentation ».

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit un déclin de 5 % de l’économie mondiale en 2020, soit une récession mondiale plus grave que celle qui a eu lieu lors de la crise financière de 2008-2009. Les simulations basées sur des modèles de l’IFPRI suggèrent qu’une récession aussi profonde pousserait 150 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté, soit une augmentation de 24 % par rapport aux niveaux actuels. L’augmentation de la pauvreté sera principalement concentrée en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. a déclaré M. Swinnen : « Les perturbations des systèmes alimentaires contribuent à la fois à l’augmentation de la pauvreté, en affectant une source de revenus essentielle pour de nombreux pauvres dans le monde, et exacerbent également les effets de la pauvreté en réduisant l’accès à la nourriture, en particulier aux aliments nutritifs ».

 

La production alimentaire dans les pays pauvres exige plus de main-d’œuvre, et la production de nombreuses denrées de base, telles que les fruits et légumes, dans le monde entier exige que les travailleurs soient à proximité immédiate.  (Image : pixabay / CC0 1.0)
La production alimentaire dans les pays pauvres exige plus de main-d’œuvre, et la production de nombreuses denrées de base, telles que les fruits et légumes, dans le monde entier exige que les travailleurs soient à proximité immédiate.  (Image : pixabay / CC0 1.0)
 

Les chercheurs notent qu’une baisse des revenus aurait une incidence sur la consommation d’aliments riches en nutriments, tels que les fruits, les légumes et les produits d’origine animale. De nouvelles données en provenance d’Éthiopie confirment cet impact et indiquent en outre que l’on s’attend à une aggravation des carences en micronutriments au sein de la population, ce qui peut engendrer des problèmes de santé et une sensibilité accrue au Covid-19. Partout dans le monde, les gouvernements ont tenté de garantir la disponibilité des aliments de base et ces chaînes d’approvisionnement ont généralement bien résisté, même dans les pays où les exigences en matière de distanciation sociale sont strictes.

 

Les restrictions à l’exportation des denrées alimentaires de base comme le riz et le blé, imposées par 21 pays au cours des premiers mois de la pandémie, ont exacerbé les incertitudes et la volatilité sur les marchés mondiaux des denrées alimentaires. (Image : pixabay / CC0 1.0)
Les restrictions à l’exportation des denrées alimentaires de base comme le riz et le blé, imposées par 21 pays au cours des premiers mois de la pandémie, ont exacerbé les incertitudes et la volatilité sur les marchés mondiaux des denrées alimentaires. (Image : pixabay / CC0 1.0)
 

Mais les chaînes d’approvisionnement alimentaire diffèrent selon les pays et les cultures, tout comme l’impact du Covid-19 sur les approvisionnements. Les chaînes de valeur alimentaires à forte intensité de capital et hautement mécanisées (prédominantes dans les pays riches pour les cultures de base telles que le blé, le maïs et le soja) ont continué à fonctionner avec peu de perturbations. En revanche, la production alimentaire dans les pays pauvres demande plus de main-d’œuvre, et la production de nombreux produits non essentiels, tels que les fruits et légumes, dans le monde entier exige que les travailleurs soient à proximité immédiate.

Ces chaînes de valeur alimentaires ont connu davantage de ruptures d’approvisionnement en raison du risque de transmission de maladies, de la pénurie de main-d’œuvre et des perturbations dans le transport et la logistique. Certaines parties des secteurs de la transformation alimentaire dans les pays riches ont également été sensibles à ces perturbations, comme le montre le cas des États-Unis et de l’Europe, où 30 000 travailleurs de l’industrie de la transformation de la viande ont été testés positifs au Covid-19, ce qui a entraîné de nombreuses fermetures d’usines. Le directeur de la division « Marchés, Commerce et Institutions » de l’IFPRI, Rob Vos, a déclaré : « Il est essentiel d’exempter les pratiques et les acteurs agricoles des mesures de confinement dues au Covid-19 pour assurer un flux adéquat de nourriture de la ferme à l’assiette ».

Les chercheurs citent en exemple les « voies vertes » que le gouvernement chinois a créées pour faciliter le transport, les processus de production et la distribution des intrants agricoles et des produits alimentaires. Le commerce est également essentiel pour résoudre les problèmes de disponibilité et de stabilité. Il assure la diversification des approvisionnements, réduit les écarts de production et contribue à stabiliser les marchés mondiaux.

 

Les chercheurs ont fait remarquer que la baisse des revenus affectera particulièrement la consommation d’aliments riches en nutriments, tels que les fruits, les légumes et les produits d’origine animale. (Image : pixabay / CC0 1.0)
Les chercheurs ont fait remarquer que la baisse des revenus affectera particulièrement la consommation d’aliments riches en nutriments, tels que les fruits, les légumes et les produits d’origine animale. (Image : pixabay / CC0 1.0)
 

Les restrictions à l’exportation des denrées alimentaires de base comme le riz et le blé, imposées par 21 pays au cours des premiers mois de la pandémie, ont exacerbé les incertitudes et la volatilité sur les marchés mondiaux des denrées alimentaires. David Laborde, co-auteur et chercheur principal à l’IFPRI, a déclaré : « Heureusement, nombre de ces restrictions à l’exportation ont été levées depuis, et les prix du marché mondial du riz, par exemple, ont baissé après la fin de l’interdiction d’exportation imposée par le Vietnam ».

Les chercheurs recommandent aux gouvernements de ne plus recourir à des politiques perturbatrices comme les restrictions à l’exportation de denrées alimentaires, de maintenir des politiques conformes aux règles convenues à l’OMC et de conserver des échanges commerciaux ouverts. La crise sanitaire actuelle et les défis budgétaires auxquels sont confrontés les pays à faible et moyen revenu pourraient avoir de fortes retombées économiques au niveau mondial. Le soutien et la réponse des pays à revenu élevé et des organisations internationales sont essentiels pour les pays pauvres dont la marge de manœuvre budgétaire est limitée. Will Martin, co-auteur et chercheur principal à l’IFPRI, a conclu en disant : « Un tel soutien aiderait non seulement à la reprise économique mondiale, mais atténuerait également les énormes coûts humanitaires liés à la tragédie sanitaire du Covid-19 et à la crise alimentaire qui en découle ».


Fourni par : Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Note : le contenu et la longueur des documents peuvent être modifiés).

Traduit par Fetty Adler

Version en anglais : Economic and Food Supply Chain Disruptions Endanger Global Food Security