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Monde. Les opérations d’influence de Pékin : comment le PCC utilise son argent et son influence pour infiltrer l’élite américaine

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De récentes révélations concernant l’ancien secrétaire américain au Trésor Larry Summers et Keyu Jin, la fille d’un ancien ministre chinois des Finances, ont fait surface dans des documents judiciaires récemment rendus publics dans le cadre de l’affaire Jeffrey Epstein. Ces révélations vont bien au-delà d’un simple scandale personnel : elles mettent en lumière les mécanismes plus profonds qui sous-tendent les opérations d’influence de Pékin. 

Les responsables des services de renseignement et les analystes qualifient désormais cette affaire d’« événement majeur pour la sécurité nationale », avertissant que ses répercussions pourraient déjà se refléter dans la politique américaine à l’égard de la Chine.

Ces développements illustrent le thème central de ce rapport : la stratégie de captation des élites par le Parti communiste chinois (PCC), un système conçu pour manipuler, compromettre et, en fin de compte, influencer les élites politiques, économiques, universitaires et médiatiques des pays cibles. Il est primordial de comprendre le fonctionnement de cette stratégie pour préserver la souveraineté nationale et maintenir l’indépendance de l’élaboration des politiques aux États-Unis et d’autres pays.

Les évaluations des services de renseignement montrent que Pékin s’appuie sur trois mécanismes principaux pour développer et contrôler les élites étrangères : l’argent, les relations personnelles (y compris les relations amoureuses choisies à dessein) et l’utilisation du vaste système chinois de transplantation d’organes. Ces outils ne fonctionnent pas de manière isolée. Ils s’inscrivent dans un réseau à plusieurs niveaux conçu pour influencer des cibles allant des plus hauts niveaux du gouvernement aux institutions locales. Ce rapport examine la logique opérationnelle qui sous-tend ces mécanismes et les canaux par lesquels ils sont déployés.

Les trois piliers des opérations d’influence de Pékin pour s’emparer des élites

  1. Intérêts financiers et dépendance institutionnelle

L’argent reste l’outil le plus simple et le plus répandu. Le PCC utilise les liens financiers pour lier les intérêts des personnes et des institutions influentes aux objectifs à long terme de Pékin, créant ainsi une relation dans laquelle les deux parties « s’élèvent et tombent ensemble ».

Dans le domaine financier, Wall Street joue un rôle central. Les rapports des services de renseignement mettent en évidence deux canaux principaux :

● J.P. Morgan — un canal principal pour diriger les capitaux américains vers la Chine.
● Goldman Sachs — une plateforme clé pour canaliser les capitaux chinois vers les États-Unis.

Grâce à ces mécanismes, les intérêts économiques des grandes institutions américaines deviennent étroitement liés aux besoins politiques de Pékin, ce qui conduit souvent à des efforts de lobbying, à des critiques modérées ou à des discours favorables lorsque la Chine est accusée de porter atteinte aux intérêts nationaux américains.

Le PCC utilise un modèle similaire dans le milieu universitaire.

Des institutions telles que les Instituts Confucius, présentés comme des programmes d’échanges culturels, ont servi de leviers financiers. Sous couvert de généreux dons, elles ont créé des points d’ancrage sur les campus pour la propagande, les opérations d’influence et les pressions sur les administrateurs et les professeurs.

2. Pièges à miel et manipulation des relations

Pékin s’appuie depuis longtemps sur des agents féminins hautement qualifiés, soigneusement sélectionnées et formées, pour mener des opérations de pièges à miel visant les élites occidentales de haut rang. Ces agents se répartissent en deux catégories distinctes.

Des agents politiques de haut niveau — illustrés par Keyu Jin

● Enfants de hauts fonctionnaires du PCC
● Formés dans les meilleures institutions occidentales (par exemple, Harvard)
● Des références professionnelles irréprochables
● Une maîtrise parfaite de l’anglais
● Capables d’intégrer les cercles d’élite politiques et financiers sans susciter le moindre soupçon.

Leurs cibles comprennent d’anciens secrétaires au Trésor américain, des présidents d’université et même d’anciens directeurs de la CIA.

Ces relations peuvent exercer une influence directe sur les opinions politiques des hauts responsables américains.

Des agents chargés de missions spéciales — illustrés par Wendi Deng

● Antécédents personnels souvent difficiles, voire impossibles à vérifier de manière indépendante
● Experts en relations avec les médias et les dirigeants politiques internationaux
● Opèrent avec une discrétion exceptionnelle

Ces personnalités peuvent influencer les discours internationaux et le paysage médiatique tout en masquant leurs origines.

La relation entre Keyu Jin et Larry Summers a suscité des inquiétudes particulières. Son ascension fulgurante, notamment ses apparitions aux côtés d’anciens responsables de la CIA à seulement 32 ans, était déjà remarquable. Mais les services de renseignement avertissent que désormais le plaidoyer public de Summers en faveur de l’adhésion des États-Unis à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII) de la Chine doit être réévalué compte tenu de ses liens privés avec Jin. Ce qui apparaît en apparence comme une simple relation personnelle pourrait avoir des conséquences directes sur les intérêts nationaux américains.

3. Le levier des transplantations d’organes : l’outil le plus puissant de Pékin

Au-delà de l’argent et des relations personnelles se cache un mécanisme plus sombre : la transplantation d’organes.

L’accès illimité de la Chine à un vaste réservoir de donneurs d’organes vivants, sans contrainte éthique ou contrôle occidental, permet au PCC d’offrir des procédures vitales aux élites étrangères ou aux membres de leur famille. Une fois cette dépendance établie, la relation devient presque impossible à rompre.

Les analystes du renseignement se demandent depuis longtemps si la longévité extrême d’Henry Kissinger et ses visites persistantes à Pékin sont liées à ce levier.

Des préoccupations similaires ont fait surface à Taïwan, où plusieurs personnalités politiques ou leurs proches se seraient rendus en Chine continentale pour y subir des transplantations et auraient ensuite adopté des positions nettement pro-Pékin.

La Chine a encore étendu ce système en créant des « parcs scientifiques » dans des régions telles que le Cambodge, industrialisant ainsi efficacement le prélèvement d’organes dans des zones échappant à la surveillance internationale. Les victimes des parcs de fraude téléphonique et d’autres réseaux criminels feraient partie de cette chaîne d’approvisionnement.

Ces trois piliers fonctionnent de concert, tissés dans un réseau cohérent d’opérations d’influence.

Un réseau d’influence à plusieurs niveaux

L’infiltration du PCC n’est ni aléatoire ni isolée. Elle suit une structure opérationnelle claire avec une répartition des tâches bien définie.

  1. Infiltration au sommet : Agents politiques nationaux 

Des agents comme Keyu Jin sont les armes stratégiques de Pékin.

Leur mission consiste à intégrer les cercles universitaires, politiques et économiques les plus influents, puis à tisser des liens personnels étroits avec les décideurs nationaux capables d’influencer la politique américaine.

2. Formation des cadres intermédiaires : « étoiles montantes » de la politique locale

Des cas comme celui de Christine Fang montrent comment Pékin identifie les politiciens américains au niveau des districts qui ont un potentiel fédéral, puis investit tôt – par le biais de dons, de relations personnelles et de soutien logistique – afin de s’assurer une influence à long terme.

3. Réseaux locaux : associations communautaires

Un vaste réseau d’« associations locales », de « groupes d’étudiants » et d’organisations civiques aide le PCC à influencer la politique locale, à orienter les votes communautaires et à faire pression sur les politiciens sino-américains. On peut citer comme exemples l’ancien sénateur de l’État de New York John Liu et l’ancien candidat au Congrès Meng Guangrui.

Ce niveau sert de base à des opérations d’influence plus larges.

Pourquoi Harvard est-elle devenue une cible privilégiée ?

L’importance symbolique et fonctionnelle de Harvard la rend particulièrement précieuse pour le PCC.

En tant qu’incubateur mondial des futures élites, des décideurs politiques aux PDG en passant par les lauréats du prix Nobel, Harvard offre un canal d’influence sans égal.

Historiquement, les liens de l’université avec la Chine remontent à John K. Fairbank, dont les travaux universitaires ont façonné des décennies de politique américaine envers la Chine.

Un tournant décisif s’est produit dans les années 1980, lorsque la famille de l’ancien seigneur de guerre du Yunnan, Long Yun, aurait joué un rôle dans l’entrée à Harvard de la première génération de « princes » chinois. La loi américaine interdisant l’immigration aux membres du Parti communiste, nombre d’entre eux seraient arrivés sous de fausses identités avec l’aide d’intermédiaires liés à Harvard.

Ce canal précoce est devenu la principale porte d’entrée de Pékin pour implanter des réseaux de haut niveau au sein des meilleures institutions américaines.

Infiltration contemporaine : des mille talents à la coordination militaire 

Au début des années 2000, l’infiltration du PCC à Harvard est devenue plus systématique.

Le plan des mille talents

L’ancien président du département de chimie de Harvard, Charles Lieber, a été condamné pour avoir accepté des paiements secrets de l’université technologique de Wuhan, illustrant les efforts de Pékin pour recruter les meilleurs scientifiques et obtenir des recherches de pointe.

La formation de responsables chinois 

La Kennedy School de Harvard accueille depuis longtemps des hauts fonctionnaires du PCC, dont l’ancien vice-Premier ministre Liu He, permettant ainsi aux élites chinoises de s’imprégner des modèles de gouvernance occidentaux tout en nouant des liens personnels avec les futurs décideurs politiques américains.

L’éducation des enfants des élites du PCC

De nombreux « princes » du Parti, tels que Bo Guagua, Xi Mingze et Keyu Jin, ont étudié à Harvard, faisant du campus un pôle d’attraction pour la prochaine génération d’élites politiques et financières de Pékin.

Une formation liée à l’armée

Harvard aurait coopéré à la formation d’officiers supérieurs de l’APL dans le cadre de programmes d’administration publique, ce qui soulève d’importantes préoccupations en matière de sécurité nationale.

Ces développements reflètent une planification délibérée et générationnelle de la part de Pékin.

Un tournant pourrait être en train de se dessiner

Au fil des ans, ces schémas ont mis en évidence une chose : en combinant des réseaux personnels établis de longue date, des incitations financières et des partenariats universitaires, le PCC a progressivement transformé Harvard, d’un centre d’enseignement traditionnel, en une plateforme clé pour façonner les élites américaines, accéder à la recherche de pointe, cultiver des alliances à long terme et faire avancer des objectifs stratégiques plus larges, notamment ceux liés au développement militaire de la Chine. C’est le résultat de décennies d’un travail méthodique et constant.

Malgré la gravité de la situation, certains signes indiquent qu’elle pourrait être en train de changer. Les récentes révélations liées aux dossiers Epstein ont attiré à nouveau l’attention du public sur la question de l’infiltration des élites. Et, plus important encore, le président Donald Trump et son équipe ont ouvertement reconnu l’ampleur de la stratégie de captation des élites mise en place par le PCC et ont commencé à prendre des mesures pour la contrer. Ensemble, ces développements suggèrent qu’une prise de conscience plus large pourrait enfin s’ancrer dans les institutions américaines.

Rédacteur Yasmine Dif

Source : How the CCP Uses Money and Influence to Penetrate America’s Elite

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