Suite à la publication par le Département américain de la Justice (DOJ) des dossiers Epstein, une tempête politique internationale se profile. Si l’attention du public s’est d’abord portée sur les scandales impliquant les élites occidentales, un examen systématique de plus de deux millions de documents a révélé une réalité bien plus troublante : Epstein n’était pas un simple intermédiaire pour des personnalités influentes en Occident, mais un fin stratège qui a délibérément cultivé son accès aux plus hautes sphères du Parti communiste chinois (PCC).
Des courriels révélés dans les archives mentionnent explicitement le chef d’Etat chinois Xi Jinping, Wang Qishan, un homme politique chinois aujourd’hui à la retraite qui a été l’un des principaux membres du Parti communiste chinois, et Li Yuanchao, vice-président de la République populaire de Chine de 2013 à 2018 et président honoraire de la Croix-Rouge chinoise.
Ces documents mettent en lumière un canal opaque longtemps resté caché, opérant sous la façade de « l’âge d’or » des relations sino-britanniques et de l’expansion de Wall Street en Chine. Fort de sa connaissance approfondie de la politique chinoise, Jeffrey Epstein a utilisé le prince Andrew, des financiers de Wall Street et des universitaires de renom pour tisser un réseau s’étendant jusqu’à Zhongnanhai, le centre névralgique du pouvoir politique chinois.
Xi Jinping cité dans des courriels
Parmi les révélations les plus explosives figure non pas une nouvelle accusation contre le prince Andrew, mais une phrase divulguée par le Daily Telegraph dans une correspondance liée à Jeffrey Epstein : « Le prince Andrew a passé beaucoup de temps avec Xi ». Il ne s’agissait pas d’une simple référence diplomatique. Dans les communications d’Epstein, nommer une personne dans des courriels privés signifiait généralement que cette personne figurait sur sa « liste de contacts » ou sur sa « liste de cibles ».
Pour Xi Jinping, qui accorde une importance capitale à sa sécurité politique et à son image personnelle, être associé au trafiquant sexuel le plus notoire au monde représente un sérieux handicap politique. Les documents décrivent des interactions privées plutôt que des rencontres protocolaires. Ils suggèrent des liens officieux plus profonds, tissés par Epstein lui-même.
La capacité d’Epstein à infiltrer l’élite du PCC reposait sur sa compréhension exceptionnellement fine de la culture politique chinoise. Il aurait non seulement agi comme un intermédiaire, mais aussi comme un mentor stratégique pour les financiers occidentaux cherchant à accéder au système de pouvoir opaque de la Chine.
Dans des courriels adressés à Jes Staley, cadre chez JPMorgan, en 2009, Jeffrey Epstein insistait sur l’importance du guanxi, utilisant explicitement le terme pinyin guanxi (关系) , comme fondement de la « construction d’influence » en Chine. Il soulignait que les responsables chinois accordaient la priorité à l’image, à la hiérarchie et à la déférence. Il exhortait ainsi les banquiers américains à adopter une attitude délibérément soumise. Le terme guanxi désigne le fait d’établir des liens ou des relations avec des politiciens ou des élites de haut niveau afin de servir ses propres intérêts.
Jeffrey Epstein aurait même rédigé des modèles de discours, conseillant aux dirigeants de formuler des phrases telles que : « Je souhaite nouer des relations », « Je sollicite vos conseils » et « J’ai le plus grand respect pour votre culture ». Il ne s’agissait pas de curiosité culturelle, mais d’une méthode calculée pour affaiblir les défenses politiques.
Au-delà de la rhétorique, Jeffrey Epstein a proposé des mécanismes concrets pour intégrer les responsables du PCC aux systèmes financiers occidentaux. Il a préconisé la création d’entités spécifiques à la Chine, dotées de conseils consultatifs destinés à attirer de hauts responsables chinois appréciant les voyages à l’étranger. Plus controversé encore, il a suggéré d’utiliser des instruments financiers complexes, tels que les swaps sur défaut de crédit (CDS) : un type de dérivé financier qui permet aux investisseurs de se protéger contre la possibilité d’un défaut de paiement d’un emprunteur, pour aider les responsables chinois à gérer des actifs basés aux États-Unis : un conseil qui brouillait la frontière entre facilitation des affaires et transfert illicite d’avantages.
La stratégie s’est avérée efficace. Jes Staley a par la suite rapporté des rencontres fructueuses avec Wang Qishan, à l’époque principal responsable de la supervision financière et de la lutte anticorruption en Chine, ainsi qu’une discussion privée de près de deux heures avec Li Yuanchao, alors à la tête du puissant Département de l’Organisation du PCC. Par le biais d’intermédiaires, Jeffrey Epstein s’était de fait infiltré dans la structure de commandement aux niveaux des employés et des finances du PCC.
Trois canaux d’influence occultes à Zhongnanhai
Les documents révèlent que Jeffrey Epstein ne s’appuyait pas sur une seule voie d’influence. Il a plutôt mis en place un réseau à trois volets l’amenant au plus près de Xi Jinping.
Premier volet : accès à la famille royale via le prince Andrew
Jeffrey Epstein avait compris le pouvoir symbolique que l’aristocratie occidentale détenait aux yeux des élites du PCC. Le prince Andrew servait d’intermédiaire prestigieux. Il a été photographié dînant avec Xi et entretenait une correspondance directe avec lui, y compris des messages personnels pour son anniversaire.
Ce niveau de contact privé dépassait le cadre du protocole diplomatique habituel. Par le biais d’initiatives telles que Pitch@Palace : un concours de start-ups où les entrepreneurs pouvaient présenter leurs idées à des investisseurs potentiels, fermé aujourd’hui, le prince Andrew a facilité les rencontres entre élites en Chine, ce qui a par la suite attiré l’attention des services de renseignement britanniques.
Deuxième volet : influence financière via Wall Street
En utilisant des banquiers de haut rang comme intermédiaires, Jeffrey Epstein est parvenu à accéder au cœur économique et politique du PCC. Les relations qu’il entretenait avec Wang Qishan et Li Yuanchao ont permis à Jeffrey Epstein d’étendre son influence au plus près des institutions financières et des services de gestion du personnel chinois, des domaines essentiels à la stabilité du régime.
Troisième volet : canaux occultes universitaires et idéologiques
La voie la plus discrète passait par le milieu universitaire d’élite. Jeffrey Epstein s’est appuyé sur l’éminent mathématicien sino-américain Yau Shing-Tung pour proposer un projet confidentiel de « campus Tsinghua-Boston », classé « confidentiel », et a servi d’intermédiaire auprès du président de l’université Tsinghua, Qiu Yong : une figure proche de Xi Jinping. Jeffrey Epstein a même été invité à visiter l’université Tsinghua, ce qui souligne son influence au sein du milieu idéologiquement sensible de l’enseignement supérieur chinois.
Les dossiers Epstein révèlent réseau complexe d’influence
Les dossiers Epstein démantèlent l’image soigneusement entretenue par le PCC d’une élite intègre. Les preuves, qui comprennent des centaines de milliers de courriels, de documents financiers et de correspondance, suggèrent non pas des spéculations, mais une opération d’influence structurée.
Même sous le pouvoir centralisé de Xi Jinping, ce trio composé de membres de la royauté, de capitaux et du monde universitaire semble avoir contourné les voies diplomatiques officielles et les barrières de sécurité, façonnant ainsi l’accès et les relations au plus haut niveau.
Un commentateur de la plateforme d’information américaine U.S. Hot Search a observé qu’à partir du moment où le nom de Xi est apparu dans les courriels d’Epstein, « il n’était plus seulement un dirigeant lointain, mais une cible de grande valeur au sein d’un réseau international de transactions de pouvoir ».
On ignore encore si Jeffrey Epstein avait finalement contrôlé ces relations ou s’il s’était contenté de les exploiter. Ce qui est certain, c’est que les documents déclassifiés ont mis à mal le discours du PCC sur son isolation morale, révélant à quel point les réseaux d’influence extérieurs ont pu s’immiscer dans les plus hautes sphères du pouvoir chinois.
Rédacteur Yasmine Dif
Source : Epstein Files Name Xi Jinping, Exposing Shadow Network Linking Western Elites to Beijing
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