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Société. Des plantations de haies pour une meilleure qualité de l’eau

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Le remembrement de parcelles agricoles à la fin du siècle dernier, fut dévastateur pour le bocage en Bretagne. La replantation de haies répond maintenant à une urgence : retrouver une eau de bonne qualité et une agriculture respectueuse des équilibres naturels.  

Le métier de Léa le Gentilhomme est nouveau : technicienne bocage, et il correspond un travail très concret et utile en Bretagne. Elle organise, gère et réalise l'implantation de nouvelles haies sur des terres remembrées. 

Léa travaille à quelques kilomètres au sud de Rennes, sur la commune de Martigné-Ferchaud.  « L'eau est vraiment de mauvaise qualité sur notre bassin et donc, il va falloir vraiment faire des actions fortes pour inverser la tendance. », affirme le maire de cette commune, Patrick Henry, dans un documentaire de la chaîne parlementaire Public Sénat, Le village qui voulait replanter des arbres.

Une politique nationale d'agrandissement et de rationalisation des fermes pour augmenter la productivité agricole

Dans les années 60 à 80, tout le paysage dans cette partie de la Bretagne, comme dans beaucoup d'autres régions de France, fut refait de manière à obtenir des parcelles agricoles beaucoup plus grandes et plus rationnelles à exploiter. Cela semblait une bonne idée de regrouper les terres d'une même exploitation, mais n'était-ce pas réalisé de façon trop démesurée ?

D'après une archive retransmise sur le documentaire vidéo de Public Sénat, il y avait dans les années 50, 150 millions de parcelles, imbriquées les unes dans les autres, cultivées ou entretenues par environ 3 millions d'exploitants, soit en moyenne 50 parcelles par exploitation. Cependant le remembrement allait détruire les trois-quart du bocage français.

Des plantations de haies pour une meilleure qualité de l'eau
Le paysage, dans cette partie de la Bretagne, fut refait de manière à obtenir des parcelles agricoles beaucoup plus grandes et plus rationnelles à exploiter. (Image : wikimedia / Nigel Chadwick / CC BY-SA 2.0)

Ce remembrement fut décidé et co-financé par le gouvernement français. Le but était de regrouper les champs, viabiliser les routes, désenclaver les fermes isolées. Après la guerre, l'espoir d'une nouvelle prospérité, d'une nourriture abondante fit naître des projets ambitieux. Les grandes cultures comme le blé et le maïs, favorisées par la mécanisation, remplacèrent de plus en plus le système de polyculture et élevage. 

À Martigné-Ferchaud,  100 000 grands arbres furent abattus lors du remembrement de 1983. Faute de main d'œuvre et d'entretien, au gré du regroupement des terres, le bocage allait continuer à disparaître les années suivantes. Le nombre de fermes a été divisé par dix en quarante ans . 

Les conséquences réelles mais négligées de l'arasement des haies

Il a fallu des années de négociations entre les nombreux propriétaires concernant la valeur, l'échange et le regroupement de parcelles agricoles trop petites, dispersées et peu rentables selon les normes de cette époque. « Bien peu d'agriculteurs ont contesté l'arasement des haies. Sur une centaines de recours administratifs, un seul courrier proteste contre la disparition des arbres », selon le documentaire.

Un ancien directeur de l'École d'agronomie de Rennes, Paul Matagrin, s'alarmait : « Il y a des conséquences très importantes de tous ordres (..). Il s'agit d'abord du régime des eaux qui est contrarié , il s'agit de l'érosion par les vents, l'érosion du sol dont nous avons déjà constaté les effets, il s'agit également et d'une façon beaucoup plus générale d'une rupture de l'équilibre biologique ancestral de nos régions ».

En 1977, dans le dossier du remembrement sur Martigné-Ferchaud, une étude environnementale recommandait déjà fortement la replantation de haies pour conserver la biodiversité, limiter l'érosion des sols, préserver l'eau. Mais il n'y eut pas dans ces années-là, la volonté de replanter des arbres autour des nouvelles parcelles.

Des plantations de haies pour une meilleure qualité de l'eau
Une étude environnementale recommandait fortement la replantation de haies pour conserver la biodiversité, limiter l'érosion des sols, préserver l'eau. (Image : wikimedia / Bob Forrest / CC BY-SA 2.0)

La plupart des cours d'eau du département furent redressés à la pelleteuse pour permettre de réaliser des champs rectilignes. Des zones humides et des mares furent drainées et supprimées. Le cycle de l'eau s'est accéléré, la terre s'est dégradée et la pollution par les nitrates et les pesticides s'est amplifiée. Aujourd'hui, sur le bassin de La Vilaine, des pelleteuses creusent à nouveau l'ancien lit de la rivière tout en méandres, pour la ralentir et tenter de réparer les erreurs du passé. 

Une prise de conscience, et malgré tout, une destruction encore actuelle et continue des haies 

La plupart des agriculteurs prennent conscience maintenant du problème de la pollution de l'eau, suite aux intrants chimiques incorporés en quantité dans la terre. Le tassement du sol par des machines et des tracteurs toujours plus lourds empêche l'eau de partiellement se purifier en circulant dans le sol, surtout sur les parcelles en pente. 

De plus, une grande partie du système naturel de recyclage de l'eau a disparu avec le remembrement inconsidéré au siècle dernier. A cette période, dans cette région, les trois-quart des arbres furent abattus. Le cycle naturel de l'eau, la richesse en humus des sols et la biodiversité furent bouleversés.

Cependant les agriculteurs souhaitent-ils vraiment retrouver un maillage de haies, avec les bienfaits certes, mais aussi les contraintes qui y sont associées? Léa doit trouver des agriculteurs qui veulent bien replanter des haies sur leurs terres. Vivant elle-même avec un agriculteur, elle connaît et comprend bien leurs réticences. 

Des plantations de haies pour une meilleure qualité de l'eau
La plupart des agriculteurs prennent conscience maintenant du problème de la pollution de l'eau, suite aux intrants chimiques incorporés en quantité dans la terre. (Image : wikimedia / Gwen4435 / CC BY-SA 3.0)

Beaucoup sont conscients d'une trop grande destruction de haies lors des remembrement des années 60 à 80. L'agriculteur Alexandre Bernard l'exprime ainsi : « Le massacre qu'on a fait ! On mettait des arbres dans un trou et on les laissait pourrir là. C'était honteux de voir ça. Et puis maintenant on cherche le bois ». Malgré les initiatives de replantation dans certaines régions de France, cela ne compense pas la destruction de haies qui continue encore aujourd'hui. 

« On se retrouve aujourd'hui obligés de fermer certains captages, qui sont impropres à la consommation à un moment où on va en avoir absolument besoin, avec les problématiques de canicule et de sécheresse. Donc gardons ces haies qui vont permettre d'avoir des filtres pour limiter les pollutions des eaux de surface. (...) Sur 2017 à 2022, l'arasement des haies s'est accéléré, on arase (...) 23 500 kilomètres de haies par an alors qu'on en replante que 3000 », explique Daniel Salmon, sénateur d'Ille-et-Vilaine. 

Une initiative pour redonner de la valeur au bois des haies

Cependant, beaucoup d'agriculteurs ont aussi des réticences à des normes écologiques toujours plus contraignantes et qui sont dictées le plus souvent par l'administration européenne. La haie peut être un motif de mécontentement si son utilité n'est pas bien comprise et si par ailleurs, l'agriculteur ne disposant que de faibles revenus de son travail, on lui demande, en outre, d'entretenir des haies. Cet entretien coûterait environ 450€ du kilomètre par an, donc sans compensation il ne va pas être d'accord.

Léa confie : « Pour la jeune génération, se réapproprier quelque chose qu'on ne connaît pas, ce n'est pas simple. Quand j'ai fait le tour de certaines exploitations, on longe la haie, et je dis : « là vous avez un alisier », ce sont des arbres qu'ils ne connaissent plus. Souvent le chêne oui, le châtaignier souvent quand même, mais le reste ils ne connaissent plus du tout ! »  

Pour redonner de la valeur au bois de haies, en Ille-et-Vilaine, une filière bois-énergie s'est créée. Une association locale, fondée par des agriculteurs, récolte du bois, dans tout le département, provenant de l'entretien de haies durablement gérées. À ceux qui hésitent à planter des haies à cause de l'entretien, l'association propose ses services. 

Des plantations de haies pour une meilleure qualité de l'eau
Pour redonner de la valeur au bois de haies, en Ille-et-Vilaine, une filière bois-énergie s'est créée, qui produit principalement du bois en plaquettes. (Image : wikimedia / Rick Kimpel from Spring / CC BY-SA 2.0)

Concrètement, l'association entretient gratuitement les haies et achète le bois récolté à l'agriculteur. Une autre forme de compensation peut être de lui laisser tout ou partie du bois, s'il en a une utilisation particulière. Le bois acheté par l'association est déchiqueté et séché, ensuite ce bois en plaquettes va alimenter les réseaux de chaleur des écoles, ehpad, salle de sport et mairies de plusieurs communes.

Acquérir certaines connaissances de l'environnement et favoriser les cycles naturels

L'association forme aussi les jeunes agriculteurs à la connaissance et à l'entretien des haies. Les jeunes qui ont suivi une formation agricole de plusieurs années, ne connaissent rien des haies et les voient surtout comme des obstacles. Selon un membre de l'association, il faut sans doute revoir ce qui leur est enseigné dans les écoles d'agriculture.

Yann-Aël Bougeard, un des animateurs de l'association, estime que l'optimum, pour un agriculteur d'aujourd'hui , serait de disposer de parcelles d'environ 4 ha, entourées de haies. Il y aurait ainsi le meilleur bénéfice des haies sans baisse de productivité importante. 

Des plantations de haies pour une meilleure qualité de l'eau
L'optimum, pour un agriculteur aujourd'hui, serait de disposer de parcelles d'environ 4 ha, entourées de haies. (Image : wikimedia / John Haynes / CC BY-SA 2.0)

Les arbres sont essentiels, qui par leur métabolisme transforme le gaz carbonique en oxygène, et créent un environnement favorable à toutes sortes de vies. Ce sont des oiseaux et des insectes qui vont y trouver un abri et une source inépuisable d'éléments naturels pour y subsister. Ce sont aussi les systèmes racinaires gigantesques des arbres  qui se développent dans le champ à différentes profondeurs, aérant et stimulant la vie dans le sol.

Il n'est pas souhaitable, selon Léa, de recréer le bocage d'avant le remembrement, mais il faut un bocage fonctionnel, avec une continuité et une densité suffisante. Il est nécessaire aussi de bien entretenir le bocage encore existant et celui qui a déjà été reconstitué. Léa recrée quinze kilomètres de haies par an. Les volontaires pour faire des plantations sur leurs fermes viennent maintenant plus spontanément pour demander ses conseils et ses services.

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