Au niveau de la répression transnationale menée par Pékin, les témoins décrivent les actes d’intimidation, de surveillance et les opérations du Front uni, tandis que l’influence de Pékin à l’étranger suscite des inquiétudes quant à la sécurité nationale et à l’intégrité démocratique.
Ainsi, le 20 avril, le Parlement canadien a tenu une audition afin d’examiner « l’impact mondial de la répression transnationale ». Des témoins issus d’instituts de recherche, d’organisations de défense des droits de la personne et de communautés touchées ont témoigné des actes d’intimidation, de surveillance et d’ingérence liés au Parti communiste chinois (PCC).
Cette séance, organisée par le Sous-comité des droits de la personne internationaux, a été diffusée en direct et a permis d’entendre les témoignages d’experts, dont Marcus Kolga de l’Institut Macdonald-Laurier, Peter Mattis de la Fondation Jamestown, et des représentants de groupes marginalisés en Chine, notamment les Tibétains, les musulmans ouïghours et les pratiquants du Falun Gong.
Les témoins ont décrit comment la répression transnationale opère au-delà des frontières, les risques auxquels sont confrontés les groupes ciblés et les répercussions plus larges sur la sécurité nationale et les institutions démocratiques du Canada.
Intensification des menaces
L’un des témoignages les plus marquants est celui de Grace Wollensak, coordinatrice nationale de l’Association Falun Dafa du Canada, qui a décrit une recrudescence des menaces visant Shen Yun Performing Arts et les pratiquants de Falun Gong.
« Au Canada seulement, on a recensé 20 fausses alertes à la bombe et à la fusillade au cours des deux dernières années, et à l’échelle mondiale, ce nombre a dépassé les 270. Cette année, les cibles se sont étendues aux dirigeants canadiens et à la Colline du Parlement, avec notamment une menace affirmant : " Si Shen Yun ose se produire en mars, Justin Trudeau et Mark Carney auront des ennuis, et une explosion massive se produira sur la Colline du Parlement. " »
« Deux documents du PCC ayant fait l’objet de fuites montrent que Xi Jinping a personnellement ordonné une nouvelle campagne coordonnée. Au cours des deux dernières années, la répression transnationale s’est clairement intensifiée, notamment par la désinformation, la guerre juridique et les fausses alertes à la bombe visant Shen Yun et le Falun Gong », a-t-elle ajouté.
Bien que les forces de l’ordre aient jugé les menaces non crédibles, six représentations au Four Seasons Centre de Toronto ont été annulées. Wollensak a noté que les auteurs se sont ensuite vantés dans des courriels en chinois : « La bataille du Four Seasons Centre à Toronto a été ma plus grande réussite… Je persiste à penser que les petits politiciens canadiens ne méritent pas d’être mentionnés. »
Les enquêteurs ont retracé des numéros de téléphone jusqu’en Chine, et l’expéditeur désignait le PCC comme « le Parti communiste de ma patrie », avec des horodatages correspondant à l’heure normale de Chine. L’individu aurait également usurpé l’identité de pratiquants de Falun Gong pour proférer des menaces contre des cibles internationales, notamment la Maison-Blanche et un théâtre à Tokyo.
La désinformation comme outil
Maria Cheung, chercheuse principale, a décrit la campagne du PCC contre le Falun Gong comme un effort mondial soutenu plutôt que comme une série d’incidents isolés. « La répression transnationale du Falun Gong par le PCC est une campagne mondiale continue, et non une série de cas isolés. Lorsque ces actions se produisent sur le sol canadien, elles constituent une atteinte directe à notre souveraineté, à nos valeurs démocratiques et à nos libertés fondamentales. »
Elle a expliqué que depuis 1999, date à laquelle Pékin a lancé sa persécution du Falun Gong, cette campagne a inclus des détentions massives, des actes de torture, des assassinats et des prélèvements d’organes cautionnés par l’État en Chine.
Au Canada, a-t-elle déclaré, la répression a pris de multiples formes pendant près de trois décennies, notamment des campagnes de désinformation, la surveillance, le harcèlement, les cyberattaques, l’ingérence politique et les menaces contre les membres de la famille en Chine. Elle a noté qu’un ancien diplomate chinois de haut rang ayant fait défection a témoigné que la persécution du Falun Gong était une tâche courante pour les missions diplomatiques chinoises à l’étranger.
Mme Cheung a souligné le rôle central de la propagande : « La désinformation est l’un des principaux outils du PCC, et un outil persistant. » Elle a ajouté : « Les instances judiciaires canadiennes ont reconnu que de tels contenus sont diffamatoires et incitent à la haine, et ont confirmé que le Falun Gong est une croyance protégée. »
« La désinformation persistante a engendré l’apathie sociale, affaibli le soutien du public et compromis la capacité du Canada à réagir aux graves violations des droits de la personne et à la répression qui se produisent à l’intérieur de ses frontières », a-t-elle déclaré.
Système du Front uni : une infrastructure clé de la répression transnationale
Les témoignages ont également mis en lumière le système du Front uni du PCC comme une infrastructure clé de la répression transnationale. Selon une étude citée par la Fondation Jamestown, le Canada compte l’une des plus fortes concentrations d’organisations liées au réseau du Front uni du PCC parmi les grandes démocraties, avec environ 575 groupes de ce type.
Mattis a décrit ce système comme une « machine de mobilisation politique permanente » infiltrée au sein des partis, du gouvernement et des institutions sociales. Ses activités consistent notamment à influencer les médias, les établissements d’enseignement, les groupes communautaires et les entreprises afin de façonner les récits, d’identifier les menaces perçues et d’étendre son influence politique.
Bien que certaines de ses opérations soient manifestes, Mattis a averti que son objectif ultime demeure la « subversion et le contrôle ». Il a exhorté les décideurs politiques à évaluer le système en fonction de sa structure et de son intention de protéger les institutions démocratiques.
Appels à l’action
Les témoins ont exhorté le gouvernement canadien à prendre des mesures plus fermes pour contrer l’ingérence étrangère. Wollensak a recommandé de condamner publiquement la répression transnationale du PCC, d’ordonner aux services de sécurité d’enquêter sur les menaces telles que l’ingérence étrangère organisée et de mettre en œuvre les dispositions du projet de loi C-70 pour lutter contre l’influence étrangère. Elle a également demandé des directives claires à l’intention des salles de spectacle confrontées à de fausses menaces, soulignant que les événements culturels légaux ne devraient pas être annulés en l’absence de danger crédible.
« Si le Canada annule des spectacles sans comprendre l’ingérence étrangère, il envoie un signal dangereux : cela revient à céder au PCC », a-t-elle déclaré.
S’appuyant sur sa propre expérience de sanctions et de harcèlement, Kolga a exhorté le Canada à considérer la répression transnationale comme une menace pour la sécurité nationale et à établir des mécanismes de signalement plus clairs ainsi qu’une coordination renforcée entre les services de police et de renseignement.
Le représentant ouïghour, Zumretay Arkin, a mis en garde contre l’escalade de la répression visant les communautés de la diaspora, notamment la coercition des membres de la famille et la surveillance, tandis que le représentant tibétain, Sherap Therchin, a souligné les efforts déployés depuis des décennies pour contrôler le bouddhisme tibétain, y compris l’ingérence dans la succession du dalaï-lama et du panchen-lama.
L’audition a mis en lumière l’inquiétude internationale croissante face à l’ampleur et à la sophistication de la répression transnationale liée au PCC. Alors que les gouvernements démocratiques sont confrontés à l’ingérence étrangère, les témoins ont souligné que la sauvegarde de la souveraineté, la protection des communautés ciblées et la préservation des institutions démocratiques exigeront des réponses coordonnées et soutenues.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Canadian Parliament Hearing Spotlights Beijing’s Transnational Repression Tactics
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