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Monde. Le Royaume-Uni approuve la méga-ambassade à Londres, ravivant les craintes d’une mainmise de Pékin

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La décision du gouvernement britannique d’approuver la méga-ambassade, le plus grand complexe d’ambassade du PCC en Europe, a relancé le débat sur la politique occidentale envers la Chine. Les critiques avancent que cette initiative risque de favoriser Pékin au détriment de la sécurité nationale et des valeurs démocratiques.

Quelques jours avant la visite du Premier ministre britannique Keir Starmer en Chine, le gouvernement britannique a officiellement approuvé, le 20 janvier, l’un des projets diplomatiques les plus controversés d’Europe : un plan autorisant le Parti communiste chinois (PCC) à construire son plus grand complexe d’ambassades sur le continent, sur le site historique de la Royal Mint Court à Londres.

Cette décision a immédiatement suscité une vive réaction de la part des Britanniques, inquiets de l’influence croissante de Pékin dans la région. Sheng Xue, militante pro-démocratie chinoise de premier plan, a affirmé, dans une interview accordée à Vision Times, que cette approbation comporte des risques importants et reflète ce qu’elle a qualifié de « tournant dangereux » de la politique occidentale à l’égard de Pékin.

Méga-ambassade et concessions politiques

Sheng Xue a avancé que le moment choisi pour cette approbation, juste avant le voyage de Keir Starmer en Chine, n’était pas un hasard. « Face à l’opposition transpartisane au Royaume-Uni, aux avertissements des services de sécurité et aux manifestations continues des organisations de défense des droits humains, l’obstination du gouvernement à faire approuver ce projet équivaut à un geste unilatéral de bonne volonté et à une concession politique à Pékin avant la visite du Premier ministre », a-t-elle déclaré à Vision Times.

Elle a également souligné que les inquiétudes de l’opinion publique concernant ce projet étaient fondées. Selon elle, la méga-ambassade proposée ne doit pas être considérée comme une mission diplomatique conventionnelle, mais plutôt comme une potentielle « base opérationnelle avancée » pour exercer une influence politique et mener des activités de renseignement.

« Le MI5 a informé à plusieurs reprises que le PCC s’ingérait systématiquement dans la politique, le monde universitaire, les milieux d’affaires et la diaspora chinoise britanniques », a expliqué Mme Sheng. « Il est prouvé depuis longtemps que les missions diplomatiques chinoises sont profondément impliquées dans la collecte de renseignements, le travail du Front uni et les opérations d’influence. Permettre au PCC de construire le plus grand complexe diplomatique d’Europe au cœur de Londres ne ferait qu’amplifier objectivement ces capacités et ces risques. »

Une menace pour la sécurité nationale

Mme Sheng a précisé que cette décision pourrait avoir des conséquences considérables. « Il ne s’agit pas d’un simple aménagement urbain ou d’un accord diplomatique. Il s’agit d’un choix politique majeur qui touche à la sécurité nationale britannique, aux valeurs des droits humains et à la clarté institutionnelle ». « Si les pays démocratiques autorisent sciemment un régime, qui continue de commettre de graves violations des droits de l’homme et de se livrer à une répression transnationale, à étendre son espace opérationnel, ce qui s’érode, ce n’est pas seulement le principe moral, mais la sécurité nationale elle-même. », a-t-elle ajouté.

Elle a également évoqué le travail du China Tribunal, qui a précédemment tenu des audiences indépendantes au Royaume-Uni sur les accusations de prélèvements forcés d’organes par le PCC et a conclu que de tels actes constituaient des crimes contre l’humanité.

« Le gouvernement britannique n’ignore pas cela », a affirmé Mme Sheng. « Pourtant, dans ces circonstances, permettre une expansion spectaculaire de la présence diplomatique du PCC au Royaume-Uni crée une profonde contradiction éthique. Cela imposera également une véritable intimidation psychologique et une pression sécuritaire aux démocrates de Hong Kong, aux Ouïghours, aux Falun Gong et aux autres dissidents vivant en Grande-Bretagne », a-t-elle affirmé.

Selon Mme Sheng, une telle décision affaiblit l’engagement du Royaume-Uni à protéger les communautés persécutées et sape sa revendication de longue date de défendre les droits de l’homme et l’État de droit.

La méga-ambassade serait le signe d’un changement plus général

Sheng Xue a précisé que le Royaume-Uni n’était pas un cas isolé, mais s’inscrivait dans une tendance plus générale et inquiétante chez certains gouvernements occidentaux. Elle a souligné que le Premier ministre canadien Mark Carney s’était récemment rendu en Chine, où il avait conclu une série d’accords de coopération et déclaré publiquement son intention de travailler avec Pékin pour aider à façonner un « nouvel ordre mondial ». Le président français Emmanuel Macron a également manifesté son désir de coopérer plus étroitement avec la Chine, accueillant ouvertement l’augmentation des investissements chinois en Europe lors du forum de Davos et déclarant : « Nous avons besoin de plus d’investissements directs chinois en Europe ».

« Ce regain de dépendance économique vis-à-vis du PCC n’apportera pas de véritable reprise », a avancé Mme Sheng. « Au contraire, il affaiblira l’indépendance et la résilience de l’Europe sur les plans politique, sécuritaire, industriel et des valeurs. L’histoire a montré à maintes reprises que la dépendance vis-à-vis du PCC n’est jamais un choix économique neutre ; il s’agit d’un acte stratégique d’auto désarmement. »

Elle a comparé cette approche à celle préconisée par Donald Trump, qui met l’accent sur la souveraineté, la sécurité, la restructuration de la chaîne d’approvisionnement et la réduction de la dépendance vis-à-vis de la Chine. « Ce contraste est profondément troublant », ajoutant : « Il risque de repousser le monde libre sur une voie qui s’est déjà révélée extrêmement dangereuse. »

« Se rapprocher de Pékin »

Le commentateur politique connu Zhang Tianliang a fait écho à ces préoccupations, affirmant que dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, notamment les différends déclenchés par la pression exercée par Trump sur le Groenland, des pays comme le Royaume-Uni et la France montrent des signes de « rapprochement avec Pékin ».

Il a suggéré que l’approbation de l’ambassade par la Grande-Bretagne semblait viser à apaiser le PCC au détriment des intérêts américains. Selon lui, l’invitation publique d’ Emmanuel Macron à davantage d’investissements chinois aligne effectivement l’Europe avec Pékin contre Washington. Le Canada, quant à lui, a ouvert son marché automobile à la Chine, tandis que l’Union européenne, malgré ses menaces de droits de douane, a cédé à Pékin un levier essentiel dans sa transition énergétique.

« Ces actions découlent d’une dépendance économique et d’une faiblesse stratégique », a déclaré Zhang, qualifiant cette tendance de « dangereux désarmement stratégique ».

Le Royaume-Uni approuve la méga-ambassade à Londres, ravivant les craintes d’une mainmise de Pékin

Une controverse de longue date

Le ministre britannique du Logement, Steve Reed, a annoncé l’approbation le 20 janvier 2026, en y attachant des conditions liées au renforcement des mesures de sécurité et à la préservation du patrimoine. Selon Radio France Internationale, cette décision a été prise à la veille du voyage du Premier ministre. Il s’agira de la première visite d’un dirigeant britannique en Chine depuis 2018.

Pékin a acheté le site de Royal Mint Court en 2018 pour 255 millions de livres sterling, avec l’intention d’y construire un complexe diplomatique de 55 000 mètres carrés qui dépasserait l’ambassade américaine à Londres et deviendrait la plus grande installation diplomatique chinoise en Europe.

La proposition est controversée depuis sa présentation en 2020. Le conseil municipal de Tower Hamlets l’a rejetée en 2022, et la Chine a initialement choisi de ne pas faire appel. Après l’arrivée au pouvoir du Parti travailliste en 2024, la décision d’approbation a été centralisée au niveau du gouvernement national. En 2025, la police londonienne a retiré ses objections, ce qui a déclenché des manifestations de masse, dont deux en février et mars qui ont rassemblé plus de 4 000 participants, parmi lesquels des militants hongkongais, des Tibétains, des Ouïghours et des Falun Gong.

Les principales préoccupations concernent les risques liés à la surveillance des câbles souterrains, notamment le fait que le site se trouve au-dessus d’une importante infrastructure de communication reliant la City de Londres et Canary Wharf, un quartier d’affaires d’une quarantaine d’hectares développé en bordure de la Tamise, et qu’il est le théâtre d’actions récurrentes impliquant d’éventuelles opérations de renseignement.

Donald Trump avait publiquement annoncé en juin 2025 que le partage de renseignements entre les États-Unis et le Royaume-Uni serait réévalué si le projet était mené à bien. Le MI5 a mis en garde à plusieurs reprises contre l’ingérence du PCC dans la politique britannique. De plus, l’abandon des poursuites en novembre dernier contre deux Britanniques accusés d’espionnage pour le compte de la Chine a encore intensifié les critiques.

Un coup de poignard dans le dos

Le Royal Mint Court remonte au XIVe siècle. Isaac Newton y a autrefois jeté les bases de l’étalon-or, faisant de ce site un symbole de l’ancienne domination financière de la Grande-Bretagne. Situé près de la Tour de Londres et entre deux grands centres financiers, il forme ce que beaucoup appellent un « triangle du pouvoir ».

Pour de nombreux Britanniques, autoriser la Chine à construire une « méga-ambassade » dans leur pays symbolise un renversement historique, depuis les guerres de l’opium et les traités inégaux jusqu’à l’essor économique moderne de la Chine. Le site a également une profonde résonance politique : la première légation chinoise au Royaume-Uni a été établie en 1877, et l’« incident de Sun Yat-sen à Londres » en 1896 a souligné à quel point les ambassades peuvent devenir des points chauds de confrontation politique.

Les relations entre le Royaume-Uni et la Chine se sont fortement détériorées depuis « l’âge d’or » de 2015, dans un contexte de répression à Hong Kong et d’interdiction de la 5G de Huawei. Le gouvernement travailliste a cherché à adopter une approche plus « pragmatique » et a obtenu une promesse d’investissement chinois de 600 millions de livres sterling en 2025. Les partisans de cette décision considèrent l’approbation de l’ambassade comme un compromis calculé. Les détracteurs, qu’il s’agisse des conservateurs, des libéraux-démocrates ou des groupes de défense des droits de l’homme, y voient quant à eux une grave erreur.

Les habitants de la région ont déjà fait savoir qu’ils allaient demander un contrôle juridictionnel. Dave Lake, représentant de la communauté, a déclaré à Reuters : « C’est loin d’être terminé ». Il craint que cet immense complexe n’attire des manifestations constantes et ne devienne un risque pour la sécurité.

Rédacteur Yasmine Dif
Collaboration Alina Wang 

Source : UK Greenlights CCP ‘Mega-Embassy’ in London, Fueling Fears of a Beijing Takeover

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