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Société. L’objection de conscience exemplaire de Franz Jägerstätter

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Franz Jägerstätter, agriculteur autrichien, refusa de servir dans l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Son refus était motivé par des raisons profondes liées à sa foi et à sa conscience morale.

La jeunesse de Franz Jägerstätter

Franz Jägerstätter vint au monde en 1907 en Haute-Autriche. Sa mère Rosalia Huber, servante dans une ferme, et son père Franz Bachmeier, n'eurent pas les moyens de se marier, ni d'élever leur enfant. Son père fut tué durant la Première Guerre mondiale. Alors sa grand-mère, aimante et pieuse, prit en charge l'éducation du tout jeune Franz.

Sa mère Rosalia épousa en 1917 le fermier Heinrich Jägerstätter. Heinrich adopta sans difficulté le petit garçon de sa femme et Franz fut légitimé. Franz était un garçon éveillé. Son grand-père adoptif participa à son éducation et le conforta dans son goût pour la lecture. 

A vingt ans, il partit travailler dans l'industrie sidérurgique. Il entrait ainsi dans un milieu social matérialiste et anticlérical, qui provoqua en lui une crise existentielle remettant en question sa croyance en Dieu. Après trois ans de cette vie d'ouvrier, il en sortit finalement raffermi dans sa foi et revint dans son village natal. Il hérita de la ferme de son père adoptif.

L'objection de conscience exemplaire de Franz Jägerstätter
Le jeune homme hérita de la ferme de son père adoptif, à Sainte-Radegonde en Haute-Autriche. (Image : wikimédia / Michael Burgholzer / Domaine public)

Sa pratique chrétienne n'était probablement pas toujours bien suivie, car il devint, hors mariage, le père d'une fille, Hildegard. La mère de cet enfant confia : « Nous nous sommes séparés en paix, il m'a demandé pardon ». Franz s'occupa d'Hildegard et entretint de bonnes relations avec elle jusqu'à sa mort. 

La rencontre d'une femme merveilleuse

En 1935, Franz rencontra Franziska, fille d'un fermier et serveuse de restaurant. Il se marièrent et, se joignant à un groupe de pèlerins, ils partirent en lune de miel à Rome. Franziska était une fervente chrétienne, avec beaucoup de charme et d'humour. 

Son mariage marqua une étape dans la vie de Franz. Ils priaient ensemble et lisaient quotidiennement la Bible. Ils prenaient part activement aux activités religieuses locales. À la fin des années 30, alors que le nazisme s'implantait inexorablement en Autriche, Franz approfondissait et affermissait sa foi en Dieu.

L'objection de conscience exemplaire de Franz Jägerstätter
Son mariage à l'église de Sainte Radegonde marqua une étape dans la vie de Franz, lui et Franziska priaient ensemble et lisaient quotidiennement la Bible. (Image : Capture d'écran / revueenroute.jeminforme.org)

De 1937 à 1940, Franz et Franziska eurent trois filles, Rosalia, Maria et Aloisa. Franz exprima un jour son bonheur à son épouse: « Je n'aurais jamais imaginé que le mariage puisse être si merveilleux. »  

L'incompatibilité de la foi chrétienne et du national-socialisme

L'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 et la pression politique et militaire qui s'exerça alors sur l'Autriche, amena l'évêque de Linz, en Haute-Autriche, à dénoncer l'incompatibilité de la foi chrétienne et du national-socialisme . Franz comprit cette ligne de conduite et refusa de coopérer avec les nazis. Il fut le seul de son village à oser voter « non » au plébiscite organisé par les nazis après l'annexion forcée de l'Autriche à l'Allemagne en 1938.    

Par deux fois en 1940 et 1941, Franz fut appelé sous les drapeaux, cependant le maire de sa commune réussit à l'en dispenser en raison de la charge de trois enfants en bas âge et de sa profession de fermier. Au troisième appel à la conscription, Jägerstätter refusa d'obéir, considérant être un péché de combattre et tuer pour la domination d'Hitler sur le monde.

L'objection de conscience exemplaire de Franz Jägerstätter
Jägerstätter refusa d'obéir, considérant être un péché de combattre et tuer pour la domination d'Hitler sur le monde. (Image : wikimédia / Unknown author / Domaine public)

Franz ne refusait pas de porter les armes. Il suivait ce qui est « formulé par le Catéchisme de l'Église Catholique : ‟Les pouvoirs publics ont dans ce cas (si les conditions de la "guerre juste" sont remplies) le droit et le devoir d'imposer aux citoyens les obligations nécessaires à la défense nationale. Ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie militaire sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples. S'ils s'acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix” (n. 2310) », indique le site revueenroute.jeminforme.org dans l'article Le bienheureux Franz Jägerstätter, laïc et martyr 1907–1943.

Néanmoins, Jägerstätter estimait que combattre et asservir les peuples pour le régime nazi impie était une guerre injuste. Il prit conseil auprès du nouvel évêque de Linz, mais celui-ci le dissuada, comme tous ses proches, de résister à la conscription. Il comprit alors que beaucoup avaient peur et s'étaient déjà résignés. Seule sa femme Franziska le soutint dans sa décision.

L'objection de conscience exemplaire de Franz Jägerstätter
Il comprit que beaucoup avaient peur et s'étaient déjà résignés, seule sa femme le soutint dans sa décision. (Image : wikimédia / Annemarie Schwarzenbach / Domaine public)

Le refus de prendre les armes pour une cause injuste

Franz écrivit en mai 1942 : « Est-ce aujourd'hui la même chose de faire une guerre juste ou injuste ? Y a-t-il quelque chose de pire que de devoir assassiner et dépouiller des hommes qui défendent leur patrie, seulement pour aider un pouvoir antichrétien à triompher pour établir un empire sans Dieu ? »

Il fut de nouveau convoqué par l'armée allemande le 1er mars 1943. En accusant réception, il se dit : « Je viens de signer mon arrêt de mort ».

Il avait pensé d'abord se cacher ou s'enfuir, mais il ne voulait pas provoquer de représailles pour sa  famille. Il rejoignit alors sa compagnie militaire, déclarant cependant qu'en raison de ses convictions religieuses, il refusait de se servir des armes, mais était disposé à servir comme infirmier militaire ou d'autres services non violents.

Sa demande fut refusée et il fut incarcéré à la prison militaire de Linz. Pendant deux mois il subit la torture et les mauvais traitements. Puis il fut transféré dans une prison militaire de Berlin. Il n'était pas le seul à avoir refusé de combattre pour le national-socialisme. D'autres étaient là aussi pour leurs actes héroïques de résistance. Il aida plusieurs d'entre eux à se convertir et accepter leur mort prochaine.

L'objection de conscience exemplaire de Franz Jägerstätter
Il avait pensé d'abord se cacher ou s'enfuir, mais il ne voulait pas provoquer de représailles pour sa  famille. (Image : Capture d'écran / revueenroute.jeminforme.org)

En juillet 1943, il est jugé et condamné à mort pour sédition et atteinte au moral des troupes. « L'aumônier de la prison fut frappé par la sérénité de l'homme. Lorsqu'on lui proposa le Nouveau Testament, il répondit : " Je suis en communion profonde avec le Seigneur, et toute lecture ne ferait que interrompre ma communication avec Dieu" », est-il rapporté dans l'article Franz Jägerstätter (1907-1943) du site vatican.va. 

Franz Jägerstätter écrit dans sa lettre d'adieu avant son exécution : « Aussi longtemps qu'un homme est en vie, c'est notre devoir de l'aider par notre amour à marcher sur le chemin du Ciel. » 

La réhabilitation judiciaire de Franz Jägerstätter et l'objection de conscience aujourd'hui

Le 7 mai 1997, la peine de mort fut annulée par le tribunal de district de Berlin, cela équivalait à un acquittement et constituait une justification morale et légale de ses actes. Dans sa biographie de Franz JägerStätter, le site diocese-linz.at indique :  « Le tribunal fonda sa décision sur le principe que la Seconde Guerre mondiale n'avait pas servi les intérêts du peuple, mais bien la soif de pouvoir des nazis. Quiconque, comme Jägerstätter, s'oppose à un crime ne peut être considéré comme un criminel ». 

L'objection de conscience exemplaire de Franz Jägerstätter
Franz JägerStätter fut béatifié en 2007, en présence de son épouse Franziska, âgée de 94 ans. (Image : Capture d'écran / revueenroute.jeminforme.org)

Cette question de l'objection de conscience se pose peut-être encore plus gravement aujourd'hui, concernant les lois homicides promulguées dans certains pays démocratiques maintenant. Dans son encyclique Evangelium vitæ du 25 mars 1995, le Pape Jean-Paul II écrivait : « Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience ».

Ainsi les lois approuvant et réglementant le suicide assisté et l'euthanasie bouleversent intérieurement toutes les femmes et tous les hommes ayant une foi sincère. Comment, à l'exemple de Franz JägerStätter, rester fidèles aux valeurs fondamentales de l'humanité ? Quels recours, quelles solutions aura-t-on face à des lois homicides qui pourraient s'imposer toujours plus dans la société et devenir de nouvelles normes morales acceptées ?

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